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Santiago de Cuba - Juillet

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FRAGMENTS MÉMORIELS SUR LES PLANTEURS FRANÇAIS À CUBA
ET LEUR DESCENDANCE

AUTOUR DE TROIS RENCONTRES FAÎTES EN 1993, par Daniel Chatelain.


Au fil des années des souvenirs se voient sous un nouveau jour et se complètent de nouvelles informations qui les relient à l'Histoire. Mais ce processus est destiné à être complété... Le texte et les notes du premier volet donneront des clés sur le pourquoi de ces rencontres...
DC, janvier 2021

1. LES SŒURS BEGUÉ BELÓN A GUANTANAMO


  

soeurs Begué Bellon

Isabel  & Josefa "Fefa" Begué Belón (prénoms identidié par la famille Belón lointaine en ...janvier 2001)

 

    Ce jour de janvier 1993, les deux sœurs Begué Belón, 82 et 84 ans m’accueillent dans leur salon d’une maison centenaire de la ville de Guantanamo. Je suis loin de me douter qu’elles vont me faire découvrir un pan méconnu des relations franco-cubaines. En effet, ces deux sœurs qui ne sont jamais sorties du pays, qui ne parlent pas français, ont été décorées par la République Française (du moins c'est ainsi qu'elles l'on vécu) après la seconde guerre mondiale… Comment est-ce possible ?

    Leur père était né en France, héritier lui même d’un siècle de présence des Français à la suite des créations des plantations de café par les planteurs fuyant les troubles de Saint-Domingue et la création de la République Noire d’Haïti[1]. Premier indice de sa provenance métropolitaine, un baromètre rouillé de Bordeaux accroché à un pilier. Il est mort à la veille de la première guerre mondiale alors que ses filles n’ont que deux et quatre ans, trop tôt pour leur avoir transmis sa langue. De leur mère, de nom de famille Belón nous[3] n’apprendrons rien à ce moment sinon une ascendance locale, liée elle-même à cette présence des planteurs francophones qui ont créé l’économie à l’origine de la ville de Guantanamo, une des moins anciennes du pays…


piano
Sur le piano, le père en costume militaire, identifié longtemps après la visite comme Pierre Bégué... et le général de Gaulle

 

    D’emblée, la surprise de voir posé sur le piano qui trône dans le salon un grand portrait du général de Gaulle, ici à 8.000 km de la métropole. Sur le même piano le portrait d’un militaire français de belle allure, le père. Devant notre surprise, comme pour l’augmenter davantage, elles vont chercher une cocarde tricolore portant la mention de la République française et l’aînée accroche ce qui a les apparences d'une décoration sur son chemisier, prête pour une photo. Elles commencent à nous expliquer une histoire inouïe, au sens propre du terme.

 

Isabel Bégué sur son perron, ville de Guantanamo

    Au début des années ’40, ces cubaines typiques, telles qu’elles nous sont apparues sur leur perron, cousaient des uniformes… français. Des descendants de Français du monde des plantations des hauteurs entourant la ville, là même où on « dansait français », c’est à dire la tumba francesa, un peu partout,  s’étaient constitués en réseau et le Consul de France de Santiago[4], en signe de rupture avec le régime de Vichy, venait les rassembler et les envoyait par bateau à Londres, à destination de la France Libre de De Gaulle. Le chroniqueur Emilio Bacardí Moreau[5], qui fut le premier maire républicain de la ville de Santiago écrivit que parfois, dans ces plantations on croisait le drapeau cubain et le drapeau français le 14 juillet. Quelle résonnance contemporaine, six décennies après que l’esclavagisme fondateur des plantations avait fini par être éradiqué et la prospérité économique du réseau des premiers planteurs mise à terre, à la suites des torches incendiaires venues à bout des plantations pendant la guerre d'indépendance! [6] Ce tout autre réseau constitué pendant la seconde guerre mondiale entre en écho avec le comité de la France Libre de la voisine Haïti, qui participa activement à la Résistance et à la Libération de la France (un de ses héros, Haïtien d’origine guadeloupéenne, fut fusillé par les nazis).

    Mais y avait-il tant de Français à Guantanamo pour être le terreau d’un tel réseau? Les caféières françaises avaient été incendiées pour un grand nombre d’entre elles, certaines dès les débuts des affrontements entre les espagnols et les insurgés indépendantistes, selon une politique de la terre brûlée. La fin définitive de l’esclavage en 1886 avait mis fin au système économique dont ces plantations tiraient leur richesse. Des départs des zones rurales vers des destinations diverses devaient suivre, incluant la métropole française. Mais la correspondance consulaire française révèle qu’il y avait encore 500 français dans cette partie la plus orientale de Cuba en 1896 (un nombre comparable à celui de la capitale cosmopolite et phare culturel La Havane !). Quatre décennies après, un nombre significatif était encore présent, bien que l’on soit passé d’une « colonie » nombreuse du XIXe siècle à une région délaissée et appauvrie par deux insurrections, la majorité des plantations françaises de la région orientale étant détruites par la première insurrection et les quelques unes qui avaient subsisté ont été réduites à néant par la Guerre Hispano-américaine.

    "Il semblerait que ce dernier conflit ait été, en plus des raisons économiques, l’une des principales causes du départ massif des Français. En effet, l’insurrection des rebelles cubains démarre en 1895 dans la province de Santiago de Cuba, qui restera un important théâtre d’opérations. Emilio Bacardí Moreau, Alcalde de Santiago de Cuba au moment de la Guerre d’Indépendance, a été le témoin de la fuite des Français, menée par le Consul de France en charge de l’agence santiaguera. Dans les chroniques qu’il rédige au sujet de sa ville il relate le vent de panique qui souffle dans la communauté française en juillet 1898, trois mois après l’entrée en guerre des Etats-Unis." (Nathalie Belrose)

    Beaucoup de Français réunis d’abord à Santiago fuient la ville pour la localité d’El Caney où ils sont rassemblés en masse sans abri. Beaucoup partiront vers l’Ouest. Dans la région de Guantanamo, la majorité des caféières qui survivaient encore furent détruites et leurs propriétaires ruinés (il n’y eut aucune indemnisation après l’indépendance obtenue avec l’appui américain). En conséquence de tous ses événements la production de café de Cuba a chuté dramatiquement à la fin du XIXe siècle. Á tel point que ce pays, certes grand consommateur, mais surout grand exportateur dans la première moitié du XIXe siècle, devient, au début du XXe, la première destination pour le café de Porto Rico (où l'essor de cette production a aussi été liée à des Français, en particulier des Corses).


Registre des Français

Registre d’immatriculation des Français de Guantanamo établi par l’agent consulaire, le Dr Dupont (un prédécesseur de Félix Bégué) en 1887. Le contenu en est malheureusement très abîmé. © Nathalie Belrose.


    Cependant, à la charnière du début du XXe siècle, d'autres Français s'installèrent à Cuba et certains profitèrent des prix de la terre redevenus particulièrement bas dans l'extrêmité Est de Cuba, autour de Guantanamo, pour se créeer de nouvelles grandes propriétés.

    Récemment, un coin de voile nous a donné un nouvel éclairage sur notre anecdote. Le travail de thèse de Nathalie Belrose datant de 2012 sur «Les colonies françaises à Cuba » donne un exemple de la relation entre les consuls et les agents consulaires, en l’occurrence le consul de Santiago et l’agent consulaire de Guantanamo :

    « Les fiches nominatives placées en annexe, et attestant de la désignation d’un agent par le Consul général pour occuper un poste, étaient transmises au Ministère des Affaires Étrangères comme documents officiels, et souvent accompagnées de missives dans lesquels le consul se chargeait de rapporter quelques informations au sujet du candidat choisi. Le consul est dans l’obligation «d’adresser (...) des notes confidentielles (...), relatives au personnel placé sous [ses] ordres».

    Ainsi, en 1908, le Consul de Santiago de Cuba, après avoir procédé à la nomination de son nouvel agent en charge de l’agence de Guantanamo, écrit au Ministre des Affaires Étrangères pour lui dire que :

    «M. Félix Bégué est français, agriculteur et dans une excellente position de fortune. Il est très honorablement connu et apprécié de tout le monde; et je me suis assuré que sa nomination serait très favorablement accueillie tant par ses compatriotes que par l’élément officiel et étranger de Guantanamo. (...)». Ces quelques mots au sujet de M. Bégué nous fournissent pratiquement tous les critères que recherchent les consuls chez leurs futurs agents : il faut être d’un niveau social assez élevé, avoir une certaine notoriété, ou à défaut une bonne réputation, en particulier auprès des notables de la région, qu’ils soient français ou non. Le niveau de fortune, les revenus que perçoivent les agents consulaires grâce à leurs professions respectives font l’objet de la plus grande attention de la part du consul dans la mesure où il semble que le titre d’agent consulaire ne soit pas synonyme de rémunération.»

    Au moment de sa prise de fonction d’agent consulaire il a déjà 53 ans (d'après un autre document consulaire) et des filles en bas âge. J'ai supposé dans un premier temps que Félix, personnage-clé des Français de Guantanamo au début du 20e siècle était le père de nos deux sœurs, mais il n'en est rien.

    A partir de l'existence de Félix, les recherches généalogiques font apparaître (en 2021!) un frère, Pierre. Pierre s'est marié avec Emilia Belón. voici les parents de nos deux sœurs!

    Nous pouvons ensuite remonter l'arbre de la famille Belón : la maman Emilia et sa sœur Inés (née à El Diamante en 1888) étaient les filles de Pierre / Pedro Belón (propriétaire de la plantation El Diamante) et de Magdalena Chibás, d'ascendance afro-cubaine. Pierre Bélon venait des actuelles Pyrénées-Atlantiques (commune de Ger), le nom se transformera en Belón dans l'usage cubain. Inés, en épousant Charles Dérivet, originaire de Haute-Saône, introduit ce patronyme dans la descendance de Pierre Belón (lequel patronyme qui arrivera à Miami en 1960). Un Pedro Belón Jr, appelé dans la famille Pedrito hérita de El Diamante. Mais en fait, il redonna des sommes importantes à ses sœurs, de manière que toute cette génération Belón s'installa dans de nouvelles plantations. Aujourd'hui El Diamante n'existe plus, devenue zone militaire.

    Pour Pierre Bégué, nous savons qu'il voyage de Le Havre à Cuba en 1903 aux côtés du fondateur de la famille Bénégui à Cuba, Jean-Baptiste et du jeune Charles Dérivet (1877-1935), qui n’a alors que quinze ans. Il est probable que Pierre Bégué soit devenu officier français avant ce voyage.

    Selon les dates à notre portée, Mr Pierre Bégué aurait décédé en 1912 ou 1913 juste avant la première guerre mondiale. Mais sa relation particulière avec la France et la communauté ont été suffisamment puissante pour maintenir chez ses filles un lien particulier avec la France, bien qu’elles n’aient pas eu accès à un enseignement de la langue du père.

    Nous savons désormais grâce à Laurent Bénégui[7], que lui survivra un autre Bégué de cette province nommé  Francisco Bégué, de la même génération que Félix et Pierre, prospère homme d’affaires de Guantanamo associé en affaire et familialement à Pedro / Pedrito Belón. Ce dernier se maria à une Bégué. Que de liens entre ces deux familles!

    Pour continuer à propos de Félix Bégué : il est né dans la commune béarnaise d'Athos-Aspis en 1874. Nous avons aussi appris qu'il était marié à une native de Tiguabos, l'agglomération de l'extrême-Est de Cuba qui a précédé dans ses activités Guantanamo et comportant des dizaines de propriétaires français : Marie/Maria Bouly (un nom toujours porté à Cuba), de famille originaire de la commune béarnaise de Barzun a 16 ans de plus que lui. Elle termine ses jours à Santiago de Cuba (1916). En 1894, Félix avait été porté déserteur, pour être déjà à Cuba, parti rejoindre son grand-père. En effet, la famille Bégué est établie de longue date à Guantanamo tout en maintenant les liens avec la France.

    Félix voyage avec sa femme dans son terroir d'origine autour de 1900, ils y règlent à Pau l'héritage du père de Marie. Sa situation avec les autorités militaires avait donc dû s'arranger. En 1917 il est porté à nouveau déserteur! (absent de France, mais il était probablement déjà décédé).

    Les frères Félix et Pierre ont laissé en France une sœur, Marie Catherine (mariée à un Hontarrède de Pau). Leurs parents sont Jean Begué (Athos-Aspis, 1842) et Marie Joseph Begué, dite Joséphine (Saltadero, 1845 - Athos-Aspis 1894), il y a du cousinage dans ce patronyme commun. Ce bourg de Saltadero est à l'emplacement de la future ville de Guantanamo. Ils se sont mariés à Athos-Aspis, Basses-Pyrénées en 1867. C'est le grand-père maternel qui était déjà établi à Cuba.


Bella Vista
Bella Vista à Yateras. Productrice de café à 70%. La plus grande des propriétés de Jean Begué / Juan Vegué. Les bâtiments sont actuellement entièrement détruits. Photo Maurice Hargous (entre 1892 et 1894).

    En effet, leur mère Marie Joseph Begué a elle-même un père nommé aussi Jean Begué, le fondateur de la famille Bégué de l'Est de Cuba (né en 1809 à Osserain-Rivareyte, une commune à cheval entre la langue basque et le béarnais, mais d'origine béarnaise, décédé à Guantanamo en 1867) et une mère nommée Louise Faure. Rien n'est connu de certain sur Louise Faure, tout juste apparaît le même nom de famille dans les propriétaires de l'Est de Cuba en1843 (Joseph Faure, sur une caféière de bonne taille nommée Hermon).

    Une fois éclairci tout ceci, nous découvrons un deuxième Félix Bégué Bégué de la même génération, ce qui pourrait porter à confusion. Un célibataire de 25 ans né en France et qui s'engage dans l'armée indépendantiste de Cuba en 1896. Il mourra sous l'uniforme l'année suivante pris de fièvres dans les marais de la Ciénaga de Zapata (actuelle province de Matanzas). Magré des arbres généalogiques comportant des dizaines de Bégué en France et à Cuba, nous n'avons pas à ce jour d'indication de son ascendance directe.


UN HÉROS MYSTÉRIEUX


Notre recherche sur la famille Bégué à Cuba a en effet fait apparaître un parfait homonyme de Félix Begué Begué, l'agent consulaire de France à Guantanamo et frère de Pierre Bégué (père de nos deux aïeules).

En effet, parmi les vint-trois enrôlés venus de France dans la guerre d'indépendance de 1995-98 répertoriés dans des documents inédits en notre possession nous rencontrons un deuxième Félix Bégué Bégué. Il est décrit ainsi : Français de 25 ans, célibataire, Incorporé à l'armée de libération cubaine le 20 avril 1896 comme simple soldat (Corps 1, Légion 4, Exp. 86), mort le 5 août 1897. Il est mort de fièvres à Hondones, dans la Ciénaga de Zapata. Il fait partie des huit volontaires venus de France dont la mort a été enregistrée dans cette guerre.

Son nom le rattache à la nombreuse famille béarnaise des Begué, où la double descendance paternelle et maternelle Begué n'est pas une rareté et où l'émigration "en cascade" vers Cuba se poursuit sur des dizaines d'années. Rien ne permet jusqu'ici de connaître ses attaches précises, familiales ou autres avec ce pays. L'enracinement de la famille Bégué à Cuba et et sa prospérité avant la guerre d'indépendance n'est pour l'instant qu'un indice.


    Francisco Bégué cité plus haut, est d'une autre lignée Bégué que les frères Félix et Pierre. Francisco, est né Jean-François Bégué-Rousseau(x)à Guantanamo en 1873 : ses parents sont Jean Bégué, d'Athos-Espis, 1840 et Justine Rouseau, 1850 ; il a un frère, Octavio Bégué Rousseaux né en 1870 à Guantanamo). Le nom Rousseau est par ailleurs connu comme étant celui d'une famille de planteurs (qui a eu précédemment des liens avec Casamajor), avec une descendance à Yateras (appelée Rosseaux en pratique)..

    On apprend de plus qu'en 1885 et 1886, respectivement émigrent vers Cuba les jeunes hommes Gustave Justin Bégué et Joseph Bégué, tous les deux nés à Athos-Aspis comme Jean Bégué.Leurs liens avec les autres Bégué ne sont pas encore précisés.

décoration

Isabel Bégué vec l'insigne patrotique.

    On connaît le ralliement immédiat des pêcheurs de l’Ile de Sein à la France Libre, on oublie trop souvent la contribution d’un réseau haïtien à la Résistance et à la Libération, mais ce fait méconnu d’une assistance cubaine de descendants de Français, s’il ne fut jamais connu du public en France, n’a pas été ignoré des Gaullistes de Londres et des Libérateurs. Deux ans après la Libération, si la mémoire de leur récit ne nous fait pas défaut, un émissaire, venu de France peut-être, passé par le Consulat en tout cas, frappa à leur porte et les décora de la fameuse cocarde. Pour les sœurs Bégué, elle avait toutes les apparences d'une décoration officielle. Selon les informations obtenues du Musée de la Résistance, il n'en était rien. C'est une insigne patriotique que l'officiel venu de loin apposa sur les corsages de ces filles de Français. Plus précisément l'insigne du "comité cubain de soutien à la France libre", que nous découvrons par cette même occasion et qui soulève des pans oubliés de l'Histoire.

    Robert Belot (cf bibliographie) informe, après Jacques Soustelle, que le comité de Cuba a été « l’un des premiers au monde ». Les gaullistes créent à La Havane, dès la fin 1941, une « délégation du Comité national français auprès des Républiques de Cuba et d’Haïti » (qui deviendra en 1943 « Délégation du Comité français de la Libération nationale ») imaginée à Londres. Ces efforts conjugués reçoivent une oreille favorable de l'Etat cubain : dès avril 1942, Cuba fut le premier pays à reconnaître la France Libre. La plupart des pays d'Amérique latine suivent cet exemple. Comme le comité cubain ils adoptent la devise de la République "Liberté Egalité Fraternité", parfois-même avant que de Gaulle éclaircisse le caractère républicain de son projet. Les membres actifs du comité cubain sont 84, 34 ont la nationalité française.

    Les activités pendant la guerre des sœurs Begué Belón sont bien répertoriées dans le descriptif des activités du comité cubain : "dès mai 1943, à l’initiative de Philippe Grousset, représentant du CNF, la création d’une section d’anciens combattants à Cuba est envisagée, qui comprendra aussi les engagés volontaires dans les forces françaises libres, manière de souligner la solidarité qui unit « les générations ». La présidence échoit au capitaine Charles Kaufman, croix de guerre. Les comités participent à des œuvres françaises : collèges, ouvroirs. Des groupes féminins se constituent pour fabriquer des pièces de lingerie et des vêtements destinés aux prisonniers. Un « vestiaire de la Libération » a été créé." (R. Bellot).

    En même temps que le comité cubain reconnu ont lieu d'autres initiatives : "À Cuba, la France n’est pas représentée que par le comité France Libre et le délégué du CNF. Il existe des associations et des organisations françaises sur lesquelles on sait très peu, mais que le comité entend associer à son œuvre : Comité démocratique français, Comité France-Amérique, Société française de bienfaisance (que le comité France Libre finance), Circulo social progresista Frances, French progressist Movement, Chambre de commerce française de La Havane (qui offre un local au comité de la France Libre dès décembre 1941)." (id.)


Insigne du comité de soutien cubain à la France Libre. Collection privée M. B. Remerciements à Fabrice Bourrée (Fondation de la Résistance). .

    Le président du comité de Cuba a tendance à se considérer "comme dépositaire d’une autorité publique qui lui permet de taxer ses compatriotes et de les solliciter fortement au titre d’un impôt révolutionnaire : « Certes, ces impôts ne sont chiffrés sur aucun rôle de contributions établi par un contrôleur des finances. Pour chiffrer leur importance, il est simplement fait appel à la conscience de chacun de nous. Aussi, chaque mois, en un examen de conscience intime, demandons-nous : ai-je été généreux, juste, ou mesquin dans l’établissement de ma feuille d’impôt ? » Cette technique a été efficace : en 1942 c’est plus de 34 000 dollars qui ont pu être récoltés, et en 1943 près de 50 000 dollars". (id.)

    Pour un "Noël des volontaires français", le comité de La Havane est le quatrième donateur, après le comité américain, le Venezuela et le Brésil...."Outre l’argent, le comité envoie à la Société d’Entraide Française des vêtements et objets de lingerie (souvent confectionnés par la section féminine), des confitures, du tabac, du sucre, des boîtes de corned beef, du lait en poudre, des savons « sunlight », des caisses de rhum et, vers la fin de la guerre, des médicaments". En général les dons sont acheminés par New York. "Pour le convoi de décembre 1944, le trésorier du comité de Cuba a réussi à obtenir la gratuité du fret Havane/New York, l’exonération de la taxe de quai, et la gratuité des services de l’agent en douane. Une négociation est conduite relative à la taxe d’exportation. Le comité a dû assumer les assurances". Le comité cubain publie un bulletin hebdomadaire en espagnol : Francia Libre. Comite de la Habana. Boletin oficial. (id.) Des émissions de radio sont la voix de la France Libre à Cuba.

    Revenons aux sœurs Begué Belón, qui ont pris place au centre des activités féminine du comité à Guantanamo. Probable que le portrait du Général vint par la même occasion que l'insigne patriotique. Y eût-il délivrance d'autres insignes honorifiques? nous n’en avons pas mention, pas plus que le nom de l'officiel, le Consul, avions nous compris.

    Il manque encore des pans entiers de cette histoire, la visite ne fut malheureusement pas renouvelée, plus de 30 ans ont passé, nous n’avons pas retrouvé jusqu'ici le prénom des deux sœurs. Espérons que des guantanameros complètent ces informations, que les archives parlent un jour et rendent justice et confirmation de leur récit à ces dignes aïeules cubaines…

    La survivance d’un patriotisme chez les descendants de Français à Cuba et même sa puissance peut être mesurée par un document étonnant, une feuille dactylographiée rédigée à Santiago de Cuba en 1948 par un Louis Vidaud Despaigne, de longue ascendance à Cuba, tant du côté des Despaigne que des Vidaud, adressée à sa fille Cybèle Eugénie afin qu’elle n’oublie pas l’hymne français, la langue et les valeurs républicaines de ses ancêtres[8] :

 

La Marseillaise


Merci à Raymond Puentes, Bertrand Monraisse, Lili Casassus (contributions généalogiques), à Daniel Mirabeau et au Musée de la Résistance en ligne.


ÉLÉMENTS BIBLIOGRAPHIQUES :

Robert Belot. "Les comités de la France Libre en Amérique latine pendant la guerre : enjeu symbolique, politique et diplomatique" in De Gaulle et l'Amérique Latine, éd. Maurice Vaïsse, Fondation Charles de Gaulle, Presses Universitaires de Rennes. 2014.

Nathalie Belrose. Les Colonies Françaises de Cuba (1887-1914). Master II de Recherche. 2012.

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Deuxième fragment mémoriel :

Visite à Yateras. Un couple qui termine la tradition bicentenaire des planteurs français de Cuba : René et Lina Bénégui.


Troisième et dernier :

L'isolement des Castelnau

 



[1] Nous en dirons plus là dessus dans notre deuxième volet autour de René et Lina Bénégui.

[2] Note supprimée. Concernant la famille Belón, voir plus loin dans le texte.

[3] Cette visite a eu lieu en commun avec Séverine Deluc, alors étudiante en cinéma à l’université Paris 8, où je travaillais, pour un projet de film sur la présence française à Cuba pour lequel j’étais son informateur et conseiller. Projet que la future assistante-réalisatrice ne concrétisa pas.

[4] Ce consulat disparaîtra par la suite. Au moment de la création de l’Alliance Française de Santiago de Cuba au début des années ’90, renaîtra une représentation consulaire en la personne du directeur ou de la directrice de l’Alliance.

[5] Maire de la capitale de la Province d’Oriente partir de 1902, patriote cubain d’ascendance paternelle catalane et maternelle française, marié successivement à deux descendantes de Français, auteur de deux romans sur les plantations des Français.

[6] Nous reviendrons dans le deuxième volet sur la différence de nature entre la première colonie française du XIXe siècle, initiée par les réfugiés de la colonie de Saint-Domingue et les émigrés ruraux des dernières années du XIXe siècle et des premières décennies du XXe siècle.

[7] Laurent Bénégui. Retour à Cuba. Ed. Julliard. Paris 2021.

[8] Source : Blog tenu par un descendant Vidaud Caignet aux États-Unis https://robertissimus.wordpress.com Il est précisé que Louis Despaigne Vidaud est né à El Cobre, près d’une plantation de café et de cacao attribuée à la famille Vidaud Caignet, La Réunion, et que son père s’appelait Severo (Sévère) Vidaud Caignet. Les Vidaud Caignet ont quitté Santiago de Cuba, dans laquelle ils s’étaient bourgeoisement installés, pour les États-Unis, à la suite de la victoire de Fidel Castro.



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