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Santiago de Cuba - Juillet

Mise en ligne de la page : le 02/05/2020 / dernière modification 09/07/2020.

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DU « PETIT FRANÇAIS » FILS D’ESCLAVE ET DE COLON,
LE GÉNÉRAL INDÉPENDANTISTE FLOR CROMBET


À SON PETIT FILS, ROMULO LA CHATAIGNERAIS
PIONNIER DES ETUDES AFRO-CUBAINES


Flor CrombetLachatañere
Flor Crombet, Romulo Lachatañere

1. LE « PETIT FRANÇAIS » FILS D’ESCLAVE, LE HÉROS CUBAIN FLOR CROMBET


Flor Crombet est né le 22 novembre 1850 dans la caféière La Ninfa (La Nymphe), dans le « quartier » de Brazo del Cauto, non loin d’El Cobre (nous pensons cette date plus crédible que le 17 septembre 1851 indiquée dans d'autres publications). Sa famille paternelle est française, venue de l’île de La Grenade (qui a été par deux fois française entre 1690 et 1785). Il était fils de l’esclave María del Rosario. Dans son testament de 1852 le père, François/Francisco déclare avoir deux enfants naturels, Manuel et « Flores ». Ses parents meurent du choléra alors qu’il est très jeune.

Il est recueilli par le frère de son père Emmanuel/Manuel Crombet et Isabel(le) Ballon - tous les deux nés à Cuba - et est élevé dans une autre caféière, Bella Vista dans le quartier de Hongolosongo, également près d’El Cobre (ces caféières étaient nommées le plus souvent en français par leurs propriétaires : La Nymphe, Belle Vue etc, mais c’est la traduction castillane qui a été reconnue). Bella Vista, une des grandes caféières « de Français » répertoriée, située à environ 450 m. au dessus de la mer, est connue localement pour son « minaret » qui domine toujours le paysage environnant.

Du côté de Hongolosongo
Du côté de Hongolosongo

Manuel et Isabel le reconnaissent comme fils légitime sous le nom de Francisco Adolfo Crombet. Quand il se mariera au Costa Rica (en exil) en 1892 il dit s’appeler Adolfo Flor Crombet Tejera, mais déjà il n’est connu exclusivement que comme Flor Crombet.
Le jeune métis reçoit la meilleure éducation dans la plantation familiale et s’y relaient des professeurs de la communauté française. Au français et à l’espagnol s’ajoutent l’enseignement de l’anglais et de l’italien. Il devait aussi parler le créole qui servait de langue de communication dans ces plantations, mais on n’en connaît pas de témoignage.

timbre

Au début du soulèvement indépendantiste en 1868, à 17 ans, il intègre une « compagnie » indépendantiste nommé « La Francesita » (La petite française), aux côtés du commandant Coureau, de son frère Emiliano Crombet et des esclaves libérés Camilo Crombet, Noel Crombet & Cefiro Coureau. Son frère Emiliano meurt en janvier 1872 dans l'attaque d'une caféière défendue par l'armée espagnole, l'Eden***. A la mort du commandant Coureau, la compagnie est dirigée par Flor, et sera connue plus tard sous le nom de « La Criolla » (La Créole).

Le président de la République en arme Carlos Manuel de Cespedes, qui a lui-même libéré ses esclaves et les a enrôlé dans la guerre, le décrit dans une lettre de 1872 comme un «francesito » (petit français) créole, grand et fin, très élégant et sympathique ; il promet d’être un de nos meilleurs chefs ». Cet irréductible gagne ses galons sur le champ de bataille et participe en effet aux trois guerres d’indépendance, en unissant ses efforts avec le général Antonio Maceo. Il refuse tout contact avec l’ennemi et fait même reproche à Macéo d’avoir envisagé des pourparlers dans la première.


Crombet, Maceo...
 Leaders cubains (1895) avec de gauche à droite et de haut en bas : Commandant Antonio Collazo, Général Flort Crombet, Général Antonio Maceo, Brigadier Cedreco, Colonel Salvador Rosado, Brigadier Morua, Commandant Borja, Colonel Aurelio Castillo, Commandant Manuel Peña, Commandant Castillo... et le chien d'Antonio Maceo appelé "Cuba libre" (Source : Nostalgia Cuba)


Issu du monde des caféières françaises de Cuba, le paradoxe est qu’il participe aux combats qui aboutisent aux premières destructions par le feu des cafetales des Français, quasi-généralisées au fil de la guerre, entre assauts et politique de la terre brûlée. Tandis que Gomez et Maceo ont établi leur base d'opération dans la caféière Aguacate du Mont Taurus (Monte Rus) dans l'actuelle Province de Guantanamo, il participe entre autres aux prises contre les troupes espagnoles de “Nueva Málaga”, “La Dorotea” (1868), “La Matilde”, “La Aurora” (1869), “El Cristal”, gagnant ses galons un à un et, déjà comme commandant, de la cafetal La Indiana” (1871). Une photo le montre à la droite du "géant" Macéo avec le port de chapeau d'un fier vigneron du Languedoc et une lavalière très "fleur au fusil". La moustache cache une cicatrice à la lèvre supérieure issue d'un combat. 

Maceo et Flor Crombet
Maceo et Crombet dans la série télévisée "Duaba. La Odisea del Honor"


En 1895, avec le titre de général, il a le commandement de la goélette qui ramène à Cuba les frères Antonio et José Macéo. Une fois effectué ce qui sera connu comme le débarquement de Duaba, il cède le commandement au prestigieux Antonio Macéo.

Dans ce débarquement de 23 hommes, figure entre autres héros un colonel très proche de Macéo, le "negro frances" (Noir français) Aquiles
(dit Arcid...) Duverger Lafargue , d'une famille de propriétaires de petite plantation de café originaire de Saint-Domingue, installée à Palmar de Yateras. Combattant des trois guerres d'indépendance, il mourra en 1995. "un des chefs les plus intrépides des fils de Guantanamo, déclara Maximo Gómez.

Les débarqués se divisent en deux colonnes, Flor mourra au combat peu après, des mins de descendants amérindiens combattants du côté espagnol. Les frères Macéo se sortent eux, de ce guêpier, ce qui permet à Antonio Macéo de conduire "l'invasion" de l'Ouest du pays.


Un fils de Flor Crombet était né au Costa Rica. ll reviendra au petit-fils de Flor Crombet, Hugo Crombet, lui aussi né dans ce pays mais devenu colonel cubain de faire le récit du débarquement héroïque de son grand-père dans un livre intitulé "La Expedición del Honor". Ce récit sera à son tour magnifié en 2013 dans une série télévisée cubaine de 17 volets "Duaba. La Odisea del Honor".

Le monument 

A Duaba, le monument au débarquement des frères Maceo et Flor Crombet

placita Flor Crombet
A Santiago de Cuba, le parc connu sous trois noms différents : Placita de Santo Tomás, Placita de los Mártires et Parque Flor Crombet, se dernier étant le nom officiel. Avec l'obelisque dédié à Flor Crombet, en minerai de de la mine d'El Cobre, de son territoire d'origine. Photo Miguel  Rubiera Justiz/sdl

 José Marti a dit de lui après l’avoir rencontré «...Flor a un cœur noble, un jugement sain et pense comme je pense sur le futur destin de Cuba».

Sur l'alignement des héros à Santiago de Cuba
Alignement des héros, Santiago de Cuba


Dans le même "quartier" rural, la même année, dans le même milieu des planteurs français, est né un autre général des insurgés cubains, José Lacret Morlot (1850-1904), qui fut d'abord aide de camp de Antonio Macéo, donc un homme de confiance, avant de gagner ses galons. Le contre-insurgé de réputation sanguinaire González Boet organisa l'assassinat du paisible père de José Lacret, le colon français, décapité sur son cheval d'un coup de sabre, simplement pour mortifier le fils insurgé***.

José Lacret Morlot
Le général José Lacret Morlot

Un autre exemple de général indépendantiste escendant d'un colon français de Cuba est le général de brigade Carlos Duboys Castillo (1861-1906) né dans le Municipio de Sagua de Tánamo (actuelle province d'Holguín) dans un environnement de plantations de café. Fils du colon français Charles Duboys Revé et de Clara Castillo. Son père était un cultivateur de café de Santa Catalina, ce hato ayant été partagé par des familles de Français pour développer cette production (les Vidaud, Bientz Lagrave, Revé Fousamné, Lamothe, Duboys Revé, Osorio Revé, Casurd, "Lándersen"...). La majorité des familles de San Catalina indique une origine pyrénéenne (Gers, Béarn).

Carlos Duboys
Le général Carlos Duboys Castillo

Il étudie en France et soucieux des influences des idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité, il rejoint l'Armée de libération mambí le 9 mai 1895, influencé par le général Antonio Maceo lors de son passage dans sa région et participe à l'invasion de l'Occident. Lorsque les libéraux se sont soulevés contre le processus de réélection du président conservateur pro états-unien Tomás Estrada Palma, en août 1906, il est reparti "dans la manigua". L'issue devait lui être fatale (comme elle le fut pour le général noir Quintín Banderas découpé à la machete).

Sa mort est survenue alors qu'il était malade de fièvre jaune dans la plantation de café Kentucky, à Alto Songo, le 21 août 1906, persécuté par les forces de l'armée présidentielle. Kentucky, malgré son nom, avait été fondée par des Français de Louisiane après 1809.


2. LE PETIT-FILS ROMULO LACHATAIGNERAIS ET L'AFRO-CUBAIN


Après la mort de Coureau, Flor Crombet avait unit sa vie à la sœur de son camarade de combat, nommée Cecilia. Les déclarations de propriété au consulat français* nous font faire l’hypothèse que les Coureau (parfois écrit Cureau) seraient en fait au départ des Couronneau, (nom bien compliqué à prononcer pour des hispanophones!), ceux qui possèdaient la plantation La Merced.

Flor et Cecilia donnent à leur fille le nom de Flora. Celle-ci se maria à un autre descendant de Français de la province orientale, La Chataignerais, avec qui elle eu cinq enfants, le benjamin, Romulo naissant à Santiago de Cuba le 4 juillet 1909. Un esprit aussi résolu que son grand-père comme nous allons le voir.

Romulo La Chataignerais fait ses études secondaires dans sa ville natale, puis obtient son doctorat en pharmacie à l'Université de La Havane.

Il lutte contre la dictature de Gerardo Machado dans les rangs des étudiants. Plus tard, il rejoint le Parti communiste de Cuba. Il purge une peine de prison pour avoir participé à la grève de mars 1935. Il part grâce à une bourse aux États-Unis et combat pendant la Seconde Guerre mondiale.
Nicolas Guillén le décrit comme "un homme de visage fin et à la voix douce, un jeune intelligent et curieux, confiant en lui-même". 

Quand il commence à publier, peut-être las d’entendre son nom « exotique » maltraité par une prononciation à l’espagnole, peut-être aussi par volonté de ne pas marquer de distance par rapport à son lectorat, il décide de modifier son nom en lui donnant une orthographe castillane « Lachatañeré ». Forcément fier d’être le petit-fils d’un héros de l’indépendance bien éduqué et justement glorifié, qu’il n’a pu connaître directement, il sait qu’il est aussi l’arrière petit-fils d’une esclave dont on connaît très peu de choses. Son approche de la vie populaire, de la religion populaire, c’est-à-dire des cultes afro-cubains, dans les périples peu fortunés de sa vie havanaise l’amène a publier dans ce domaine.

Il collabore aux journaux "Diario de Cuba" (Santiago de Cuba) et "Noticias de hoy" (La Havane) et dans les revues "Estudios Afrocubanos" (où il a publié "El sistema religioso de los lucumís y otras influencias africanas en Cuba"entre 1939 et 1940), "Mediodia " (proche du parti communiste), tous deux de La Havane, et Vision, de New York. Il donne de nombreuses conférences.

Oh, Mio Yemaya

Il publie « Oh mio Yematá, cuentos y cantos negros » (1938), avec une préface de Fernando Ortiz (lequel accepte de la part du jeune chercheur le rejet du terme « brujeria », sorcellerie, pour parler du système religieux lucumí**) et « El Manual de Santeria », qui porte deux sous-titre différents : sur la couverture « Estudios afrocubanos » et dans le texte « El sistema de cultos Lucumí ». Ce dernier livre paraît à La Havane en 1942 (alors qu’il réside déjà depuis deux ans aux Etats-Unis), là encore dans une maison d’édition liée au parti communiste.

Ces deux publications en font un pionnier des études afro-cubaines aux côtés de Fernando Ortiz et Lydia Cabrera. Et aussi un intellectuel révolutionnaire analysant le rôle de la question noire dans la nécessaire transformation sociale et politique.


L’ensemble de ses écrits sur les cultes afro-cubains est réédité à La Havane en 1993 sous le titre « El sistema religioso de los afrocubanos » avec une importante préface de l’historien Isaac Barreal (plusieurs rééditions).

Dans un article d'abord publié en anglais, "Quelques aspects du problème noir à Cuba", l'analyse distanciée des contradictions entre noirs et mulâtres et des divisions entre mulâtres, se joint à la connaissance intime de son milieu d'origine et de sa mentalité, héritée du côté paternel comme maternel :

"Ces divisions, quoique surgies au cours de l'histoire par le caractère particulier de l'économie esclavagiste de la région, ont été aussi influencées par chaque groupe de mulâtres, aussi bien les descendants des Français - à travers des réfugiés qui échappèrent à la révolution haïtienne - que les mulâtres hispanophones. Le premier groupe reçut une éducation "à la française", avec un sens libéral certain, plus complète que celle reçue par les descendants d'espagnols. Ils reçurent des avantages économique sur les seconds, considéraient ceux-ci inférieurs culturellement et s'ils ne se séparèrent pas d'eux, du moins les considéraient avec condescendance. Les mulâtres de culture française, appelés "les Français de la Rue Le Coq" (en français dans le texte), du fait de la coutume reculée dans le temps d'installer leurs commerces dans la rue appellée "calle del Gallo" à Santiago de Cuba, s'efforcèrent de vivre à la manière française et dépréciaient le dialecte dérivé de l'espagnol : "pagnol", préférant parler le patois dérivé du français" (notre traduction)...

calle Gallocalle Gallo
Vers 1900 et en 2020 : Croisement de la rue Gallo et bas de la rue Enramadas (montante). Santiago de Cuba 1. La banderole correspond à l'hôtel historique français "de Lassus". 2. Le symbole du coq à l'origine du nom de la rue (un coq de métal surmontait une maison de Français).

À sa mort dans un accident d'avion à Puerto Rico, en 1951, l'intellectuel engagé en même temps que biologiste (déclassé du fait de sa vie militante) Romulo Lachatañere né Lachataignerais était employé de laboratoire au Columbia University Hospital et membre du Parti Communiste des États-Unis.

© Daniel Chatelain / Ritmacuba. 2020


* Recensement des propriétés de Français à Cuba au Consulat de France de La Havane de 1843
** Ce qui était une critique implicite de Fernando Ortiz qui avait publié un livre au titre plus tard contesté "Los Negros Brujos" (Les Noirs Sorciers).

*** Crónicas de Santiago de Cuba d'Emilio Bacardi Moreau


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