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Santiago de Cuba - Juillet

- Documentation de ritmacuba.com : musiciens cubains / percussionnistes-

Un percussionniste cubain injustement méconnu : "LOLÓ" FERRERA,

inventeur du ritmo pilón.


- Hesmerido "LOLÓ" FERRERA (Santiago de Cuba 3/11/1920 - Santiago de Cuba 16/11/1983)

Hesmerido FERRERA dit "LOLÓ" fait partie des innovateurs méconnus de la percussion cubaine. Les attendus d'un étonnant procès en justice sur le rythme pilón atteste qu'il fut le premier batteur-percussionniste à jouer le rythme pilón sur son instrument (la batterie). Ce jugement est confirmé par l'opinion de différents percussionnistes de référence de Santiago. Pourtant, le par ailleurs tès estimable "Diccionario de la música Cubana" de Helio Orovio attribue cette paternité au chanteur Pacho Alonso*. Le très proche collaborateur de ce dernier, et auteur des premiers succès du syle pilón, Enrique Bonne, revendique pour sa part la paternité de ce style. Si les deux derniers cités ont bien été des inventeurs de la mode du pilón et les auteurs de sa popularité, cela ne veut pas dire qu'ils ont créé la tournure ryhtmique du style (on sait que les styles cubains se distinguent par leur rythme, ce qui explique qu'on emploie dans la pratique indifféremment genero - style - et ritmo - rythme -).


Loló (à gauche) en studio. Copyright Daniel Chatelain


"Loló" entre a 12 ans, en 1932, dans "l'Oriente Jazz" qui devient la même année "Orquesta Chepín-Chovén and his boys", ensemble prestigieux de Santiago de Cuba du nom du violoniste leader Electo Rosell Horruitinier ("Chepín") et du pianiste Bernardo García Chauvin ("Chovén"). Il y est d'abord bongocero, puis batteur. Il restera toujours le protégé et ami inséparable de Chepín, figurant à sa droite sur la plupart des photos où pose l'orchestre.


Il participe aux enregistrements du groupe lesquels commencent en 1939) à un moment où, à partir d'un répertoire de jazz band ce répertoire se cubanise (l'Orchestre devenant simplement "Chepín-Chovén") et où, dès la première séance, est enregistré un son d'Electo Rosell dont le titre est à retenir : "Pilón". Il est toujours dans l'Orquestre, quand, à la fin des années '50, celui-ci devient, sans Chovén, "Chepín y su Orquesta Oriental".


La famille Ferrera situe en 1952 la systématisation de la figure rythmique propre au pilón par "Loló", à un moment où l'audience de l'Orquestre était redevenue régionale, sans enregistrement répertorié à ce moment, mais passant toutes les semaines dans le programme le plus écouté de la radio la plus importante d'Oriente, la Cadena Oriental. Le ritmo pilón est d'abord joué à la batterie et sans tumbadora, sans connaître d'abord de danse spécifique. La danse "pilón", avec son déhanchement suggestif et - sur l'un de ses pas - une évocation érotisée de l'utilisation d'un pilon - ne viendra dans un second temps par rapport à la création du rythme musical et semble liée à une diffusion commerciale ultérieure.


Orquesta Chepín Chóven. Loló est le troisième à partir de la droite, le quatrième étant Chepín
(ils sont invariablement côte à côte sur les photos de groupe)


Ce n'est en effet qu'avec les années '60 que le ritmo pilón connaîtra le succès commercial, sur la base des compositions du percussionniste Enrique Bonne créées par Pacho Alonso, lequel avait alors sa formation, les "Bocucos". Tous deux étaient d'ailleurs déterminés a créé une vogue à l'instar des "inventeurs de rythmes " cubains des années '40 et '50


Il est fort possible (ce point demande cependant à être précisé) que la partie de tumbadora a été créée au sein des Bocucos. Dans Los Bocucos (où chantera d'ailleurs Ibrahim Ferrer après une période dans la "Chepín"), le ritmo ritmo pilón se partageait entre les baguettes de "Chino Pichón" qui joue la paila (à qui il revient d'avoir transporté le golpe pilón à La Havane) et les mains nues de "Kengui", qui joue la partie de tumbadora.


Une fois que le procès sur la paternité du ritmo pilón lui ait rendu justice, Loló se désinteressa de la question, ne tirant aucun bénéfice de son invention rythmique.


Loló était un personnage jovial (il ne se départissait jamais d'un air hilare en jouant de son instrument) du quartier de Los Hoyos, lequel est célèbre pour ses traditions afro-cubaines, sa rumba et sa conga de carnaval, tout en étant une pépinière de soneros. Il était entouré socialement et familialement par la musique : il était cousin du défunt trompettiste Pepín Vaillant (qui fit une partie de sa carrière à Paris), cousin également du défunt directeur de la Conga de Los Hoyos Sebastian "Chan" Herrera (les Herrera et les Ferrera étant une seule famille) et oncle du compositeur Rudolfo Vaillant, actuel président de L'Union des Ecrivains et Artiste Cubains du Municipio de Santiago.

Un fils de Loló, Silvio Ferrera, actuellement leader et soliste du groupe de rumba FOLKLOYUMA devint comme lui percussionniste professionnel.


*Pacho Alonso était chanteur de l'Orchestre rival de la Chepín-Chóven, celui de Mariano Mercerón, avant de faire sa carrière solo. Il grave son premier ritmo pilón "Se tambalea", d'Enrique Bonne dans le Lp Discuba 521 “Una noche en el Scheherezada con Pacho Alonso” enregistré à La Havane le 16 octobre 1960 avec l'Orquesta de Bebo Valdés. Chucho Valdés était au piano dans ces enregistrements. La Sonora Matancera surfa rapidement à son tour sur la vague du ritmo pilón.

Sources :
Interviews par Daniel Chatelain (Santiago de Cuba)
Eléments discographiques : Cristobal Díaz Ayala.

30.04.03, 08.11.08 Daniel Chatelain

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