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![]() Santiago de Cuba - Juillet |
Le rythme pilón n’est pas le plus connu des rythmes
de la musique cubaine, bien que toujours joué aujourd’hui,
en particulier par Pachito Alonso, fils de Pacho. Sa genèse est encore
moins connue. Il court des légendes fantaisistes à ce sujet
(« une danse née dans les plantations de café, en imitant
le geste du mortier – « pilón » - pour
piler le café ») répandues par des popularisateurs du
rythme. Les historiens de la musique cubaine, en général,
ne rendent pas justice à l’inventeur de ce rythme.
PILÓN (RITMO), sym. [espagnol/cu]
Rythme dont le nom est apparu en 1960, créé bien des années auparavant par Hesmerido "Loló" Ferrera, lequel était batteur de l'orchestre Chepín-Chóven de Santiago de Cuba depuis l’enfance. On trouve les caractéristiques du rythme dans les enregistrements de l’orchestre avant que le nom pilón n’apparaisse comme nouveau style, promotionné en tant que tel, dans la musique cubaine.
Ce style est en effet popularisé par les compositions d'Enrique Bonne,
percussionniste de Santiago, enregistrées par son ami Pacho Alonso.
A son tour, Pacho Alonso signa une des compositions les plus connues du
style : "Rico Pilón". L'une ou l'autre de ces deux personnes
ne peuvent être donc créditées de l'invention du rythme
pilón, comme on a pu le lire, malgré leur rôle
décisif dans sa diffusion. Pacho Alonso, résidant à
La Havane depuis 1954, enregistre un premier ritmo pilón
avec Bebo Valdés à La Havane en 1960 et postérieurement
d'autres avec sa formation formée de santiagueros 'Los Bocucos'.
Au sein de cette dernière le ritmo pilón était
réparti entre les timbalés jouées par "Chino Pichón"
et les tumbadoras de "El Kengui". Il semble bien que c’est
à ce dernier qu’on doive la figure rythmique de la tumbadora
dans le pilón, cet instrument ayant été introduit
dans un second temps par rapport au rythme initialement joué par
"Loló" Ferrera à
la batterie seule. Fut ainsi obtenu un partage du rythme entre la batterie
ou les timbalès d’une part et les tumbadoras d’autre
part.
La vogue étant créée, d'autres orchestres de l’île,
en particulier 'La Sonora Matancera', s'emparèrent également
du rythme. Le ritmo pilón a été repris dans
les années '90 par Pachito Alonso, fils de Pacho, et Orlando "Maracas"
Valle lui a rendu hommage dans un récent CD. Le style de danse pilón,
avec son déhanchement et un saut syncopé avec ouverture des
bras simultanée sur le quatrième temps (« un, dos
tres, pi-lón ! »), est postérieur à la création
du rythme musical. Un pas de pilón, où on rejette
un bras – et le pied correspondant - en arrière, s'intègre
aujourd'hui à la danse casino («
salsa cubaine »), en alternative au pas de base de la salsa.
Le rythme pilón est apparenté à la conga,
rythme du carnaval cubain. On y retrouve à la fois une syncope analogue
à celle d’un tambour bimembranophone de la « conga orientale
» de Santiago - appelé précisément "pilón"
(!!!) - et l’accentuation sur le quatrième temps de la «
conga occidentale »). Il partage cet apparentement à la conga
cubaine avec le rythme Mozambique de Pello El Afrokan apparu peu
après lui.
Cette parenté s'explique probablement par les liens nombreux de "Loló" Ferrera avec la Conga de défilé de son quartier (Los Hoyos). Il assistait régulièrement aux répétitions de celle-ci et a systématisé dans son jeu de batterie le placement particulier d'une syncope rythmique de la conga orientale qui constituait une marque quasi-identitaire. Cette marque de fabrique de "Loló" était tellement inséparable de son jeu que les musiciens de La Havane, tels ceux de l'Orquesta Riverside, appelaient ce dernier "Pilón"!
30.04.03 - 01.05.06 © Daniel Chatelain
