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Santiago de Cuba - Juillet

Mise en ligne  : le 10/11/2017

La page avec tous les textes du site (dont d'autres textes de Daniel Chatelain & Daniel Mirabeau)

- Documentation ritmacuba.com -

LES CHANTS DE TUMBA FRANCESA

LES DIFFÉRENTES FACETTES SENSIBLES D'UNE TRADITION COMMUNAUTAIRE CUBAINE

Article de Daniel Chatelain et Daniel Mirabeau

Traduction des chants et collectage : Daniel Mirabeau

© Daniel Mirabeau & Daniel Chatelain / ritmacuba.com


TF Bejuco 2013
Tambourinaires, chanteuses et chanteurs, société de tumba francesa de Bejuco 2013 © Aracelys Aviles Suarez


TABLE DES MATIÈRES


1. La tumba francesa, une tradition musicale cubaine

2. Les Français en provenance de Saint Domingue

3. Le patois, la langue des Français de Cuba

4. Chants des sociétés de tumba francesa

            4.1 Chants à caractère historique
            4.2 La vie dans la société de tumba francesa
                       4.2.1 Fête et activités
                       4.2.2 Piques et compétitions entre les chanteurs
                       4.2.3 Hommages aux défunts

            4.3 Situations dramatiques et peinture sociale
            4.4 L'homme face à la force de la Nature
            4.5 Chants à connotation religieuse

            4.6 Sur Haiti et les Haïtiens
            4.7 Chansons politiques post-révolution socialiste

5. Bibliographie sélective
6. Discographie sélective
7. Documentaires
8. Vidéos
9. Remerciements
10. Liste alphabétique des chants

 Au lecteur :

- vous trouverez avantage à utiliser les  245 appels de note en lien hypertexte, lesquelles contiennent une bonne partie des informations factuelles sur les termes spécialisés et le noms propres.

- les liens musicaux en mp3 s'ouvrent sur une nouvelle fenêtre ou onglet et vous permettent de continuer la lecture en la confrontant à l'écoute.

Plaque UNESCO, tumba francesa de Santiago de Cuba
Plaque de l'UNESCO, tumba francesa La Caridad de Santiago de Cuba

1. LA TUMBA FRANCESA, UNE TRADITION MUSICALE CUBAINE

Avant le processus de l'inscription au patrimoine immatériel de l'humanité de la tradition de la tumba francesa, abouti en 2008[1], un tout petit nombre d'études détaillées spécifiques sur la musique de la tumba francesa avaient été réalisées :

-       En espagnol : peu avant la Révolution cubaine, d'une part la thèse d'Elisa Tamames La poesia en la tumba francesa , peu utilisée dans la documentation cubaine, à part deux chapîtres publiés au début des années '60 dans la revue Actas del Folkore et d'autre part un fleuron des importantes études musicologiques cubaines réalisé à Berlin : La música de las sociedades de tumba francesa en Cuba d'Olavo Alén (prix de musicologie de la Casa de las Americas, 1986).

-       En français l'article de 24 p. de Daniel Chatelain publié dans deux livraisons de la revue Percussions en 1996, nourri entre autres de ces deux publications et d'étude de terrain faîtes à partir de 1993.

A partir du processus d'inscription par l'UNESCO, paraissent d'autres publications.

Un trait saillant des tumbas francesas est leur apparente double nature :

-       le point d'origine des plantations de café créés à Cuba par les réfugiés de Saint-Domingue, créées par les planteurs de la colonie française pré-révolutionnaire réfugiés, eux-mêmes souvent métissés et de ses compagnons d'exil esclavisés, sinon Noirs et Métis affranchis, avec la transportation de leur créole.  (cf chapître 2)

-       Le résultat qui est une tradition purement cubaine, utilisant ce créole connu pendant un siècle et-demi sous le nom de patuá ou patois, transformé à Cuba par de nouvelles injections de Français et la contamination de l'espagnol ambiant. (cf chapître 3)

Un exemple significatif de cette double nature est dans les instruments utilisés, uniquement percussif. Les membranophones, les tumbas ont des traits qui les rapproche des tambours haïtiens du vodou (tension par des chevilles, vocabulaire utilisé etc…), mais n'ont absolument pas leurs proportions. De sorte qu'un maître-tambour haïtien ne les reconnaît pas comme siens.[2] Ce sont les plus grands tambours de Cuba, non confondables avec d'autres tambours afro-cubains. Pour employer le vocabulaire et concept de Fernando Ortiz, père des études afro-cubaines, ils ont connu à Cuba un processus de transculturation, dont un agrandissement de la taille, qui les rend uniques.

instrumentarium
Instruments et instrumentistes de la tumba francesa La Caridad 2014 © Daniel Chatelain

Pour la description et nomenclature des instruments, qui sont d'ailleurs partie prenante du vocabulaire utilisés dans les chants, nous renvoyons à D. Chatelain 1996 / 2010 et D. Mirabeau 2013 / 2 016 [3] Un exemple est le chant Se mue de Pelayo Terry (cf infra). Pour la description des danses et fêtes de tumba, nous renvoyons aussi à ces deux articles.


A ce stade, observons que la littérature et la presse ont simplifié une autre double nature apparente de la tumba francesa : des danses de Cour européennes (voire « de Versailles » dans une version journalistique) accompagnées par des tambours africains. Pour les tambours nous venons d'évoquer ce qu'il en est, pour les danses  un examen plus attentif permet d'en discerner aussi des composantes africaines, pour les chants —oubliés dans cette simplification — ils rendent compte de leur caractère général métissé avec l'usage conjoint d'un créole spécifique à la terre cubaine et l'espagnol.


Apparente double nature encore : vue de Cuba, la tumba francesa — provenant de personnes appelées « frances » depuis le début du XIXe siècle, qu'ils soient  Blancs, Noirs ou Métis — est généralement présentée comme « franco-haïtienne », mais cette tradition créée par des travailleurs Noirs des plantations, esclaves en majorité, libres quelquefois avant l'abolition, est incontestablement « afro-cubaine »,


habitation de St Domingue XVIIIe s.
Habitation de Saint-Domingue (18e siècle)

Dualité d'une rurale et urbaine de la tumba francesa également. Les réfugiés de Saint-Domingue fuyant les massacres de la future Haïti bouleversent la physionomie culturelle de Santiago de Cuba autour de 1800, Mais créent les plantations de café dès les dernières années du XVIIIe siècle (cf infra). Il sont à l'origine d'un nouveau rapport ville-campagne, où les planteurs, naturalisés espagnols ou non ont leur maison de ville, envoient leur descendance étudier en France, bientôt imités par des bourgeois de la ville, les même qui vont passer des fins de semaine dans ces plantations-jardins reposant sur la main d'œuvre esclave. Les danses des esclaves se référant à celles de leur maîtres se créent sur les étendues planes des séchoirs extérieurs de café (cf infra) où dans de grandes salles à triller la récolte. Mais dès 1803 se crée une tumba francesa dans le Tivoli (cf. Chap. 2), puis à son tour en 1837 la tumba El Cocoyé[4] où ces danses deviennent danses de salon, dans un contexte où la seule institution concédée aux Noirs l'était jusqu'ici par référence à leur provenance ethnique, les cabildos (cf D. Mirabeau, 2014). Ce nouveau cabildo, résultat des relations inter-caraïbes, sans homogénéité ethnique (ni religiosité africaine clandestine) ne se réfère plus qu'à une forme culturelle et finit par accueillir d'autres Noirs et métis en plus de ceux liés à une origine dominguoise. Cette forme culturelle s'insère tellement bien dans le paysage que dans le cabildo Congo, le plus important qui prétend avoir prédominance sur les autres on finira par danser aussi « français ». 


Los negros curros
Los negros curros, Victor Patricio Landaluze, 1881, Musée des Beaux Arts, La Havane

Quand les cabildos seront remplacés par des associations d'entr'aide après l'abolition et le temps venu de l'indépendance de Cuba, les sociétés de tumba francesa ont une autre relation à la société globale que les autres associations de Noirs. Est significatif que Don Facundo Bacardi Moreau, le premier maire de Santiago dans la République réprouve les manifestations culturelles noires d'un temps selon lui révolu, réprime les défilés du cabildo carabali ou de la tahona (venu des mêmes populations que la tumba francesa !) et honore la tumba francesa en venant y danser sa danse la plus européenne, le mason.


Les guerres d'indépendance se soldent par l'incendie des habitations de la part des deux camps, la ruine des caféières et la libération des esclaves qui y étaient attachés. Les nouveaux libres issus de ces plantations « de français » se regroupent dans les villes et se regroupent dans les tumbas francesas et tahonas urbaines.


Les trois tumbas francesa survivantes au XXIe siècle sont deux sociétés urbaines, une à Santiago et l'autre à Guantanamo et une autre rurale isolée, à Bejuco dans l'actuelle province d'Holguín, qui ne s'est jamais constituée en société dont l'existence est passée pratiquement inaperçue tout le long du XXe siècle malgré une relation intermittente avec la petite ville la plus proche (à une quinzaine de taversée de gués de rivière).


Si on se réfère à la thèse d'Elisa Tamamés, qui tente de recenser les sociétés et groupement qui se réunissaient dans des fêtes de tumbas francesa, sont cités 47 foyers de cette activités : 24 à Santiago de Cuba et autour (dont les municipios actuels El Caney, Songo La Maya, Dos Palmas, El Cobre, San Luis, El Cauto etc), 17 à  Guantanamo et autour (5 dans la ville de Guantanamo, 7 à Yateras, 2 à Jamaica, une dans le central San Antonio, une à La Sidra, une à Sempré), avec même un groupement dans la province de La Villas et un autre à La Havane[5]. Pour s'en tenir à la capitale de l'ancienne province d'Oriente, Santiago avait la société El Cocoyé, La Caridad (les deux dans le quartier de Los Hoyos),  le Tivoli, Los Papiantes, Le Tiveré… La liste de E. Tamamés n'est en fait pas exhaustive puisque d'autres sources citent par exemple les centrales sucrières La Esperanza ou Cecilia (actuelle province de Guantanamo)…


carte des implantations

Implantation géographique des sociétés contemporaines de tumba francesa (cercles rouges), Atlas ethnographique de Cuba

 Notre cancionero est basé sur ce que les trois tumbas francesa survivantes ont créé ou conservées. Même si une partie des chants a circulé d'une société à une autre, y compris à travers des déplacements de ses composés[6], il est clair que des centaines de ces chants ont disparu à jamais avec les sociétés, ces disparitions s'accompagnant souvent de la destruction des murs qui les avaient abrités et de leurs traces écrites. Pour prendre comme exemple le cas de l'importante société d'El Cocoyé, nous savons qu'à travers abandon et destructions successives de local, les cahiers où les composés les consignaient ont été détruits.

Les chants usuels des trois tumbas actuelles sont connus les unes des autres, des rencontres régulières entre elles ayant été favorisées par la Casa del Caribe de Santiago de Cuba. Ainsi l'ancienne reine de la tumba de La Caridad "Yoya" exprimait en interview sa reconnaissance de la reprise par les autres tumbas de ses compositions.

la route du café
La route du Café, DR (photo publicitaire)

 

2. LES FRANÇAIS EN PROVENANCE DE SAINT-DOMINGUE


Cuba, l'île la plus étendue des Caraïbes a toujours été, par sa position géographique, un passage stratégique pour tout commerce maritime. Cette porte d'entrée des Amériques a souvent été convoitée par les grands Etats européens. La France et l'Angleterre s'y sont opposées aux Espagnols
[7], qui occupent l'île depuis le XVIe siècle et jusqu'à son indépendance. Cette alternance de  conflits et relations commerciales donneront lieu à des mouvements migratoires vers Cuba, dont la population reste malgré tout peu dense au XVIIIe s., en particulier dans sa zone orientale[8]. La population d'origine française qui s'installera avant 1789  dans la région, est formée d'ingénieurs, de négociants ou de planteurs. Ces derniers trouvent alors une terre agricole encore peu exploitée, à des prix beaucoup plus bas que ceux pratiqués dans les Antilles françaises. A cette époque, l'agriculture et l'élevage bovin sont les principales ressources de l'île. En effet, il y aura peu d'exploitations minières hormis celles de cuivre[9]. Cuba n'est pas une terre riche en métaux précieux et ne répondra pas en cela à sa quête frénétique par l'empire espagnol.

Cette présence française à Cuba reste sporadique et peu significative jusqu'aux troubles à la fin du XVIIIe s. sur l'île de Saint-Domingue. Avec les luttes révolutionnaires et  l'indépendance du jeune Etat d'Haïti s'amorce la débâcle de l'oligarchie créole de l'île. Dans cet exil que la plupart pense momentané sont privilégiées des destinations proches où les conditions économiques et politiques sont les plus accueillantes. Beaucoup partiront au plus près, c'est à dire dans le Sud de Cuba. Nous trouvons également un exil significatif en direction du Venezuela, Trinidad et Tobago, Puerto Rico, en Jamaïque, ainsi qu'en Louisiane et Floride
[10]. Peu rentreront en France, la traversée est aussi coûteuse que risquée. Par ailleurs, beaucoup ont plus le sentiment d'appartenir à cette zone caribéenne qu'à la métropole.
 
La plupart des familles blanches ou métissées qui débarquent dans la baie de Santiago, ou à Baracoa (actuelle Province de Guantanamo) sont désargentées. Elles ont quitté Saint-Domingue à la hâte en abandonnant leurs biens, sauf quelques titres de propriétés et créances, accompagnées par une partie de leur gens de maison et ouvriers, qu'ils soient hommes libres ou esclaves. Parmi eux quelques bossals[11], mais surtout des Noirs créoles, des mulâtres et des quarterons[12].

bateau négrier
Châtiment d'esclaves sur le pont d'un bateau négrier, gravure du XIXe s., Cuba, auteur inconnu

Concernant le regard sur les Noirs venant de Saint-Domingue et les mesures des autorités cubaines prises envers eux, cela diffère en fonction de l'ethnicité et du statut marchand de ces derniers. En effet, les bossals, Noirs fraîchement débarqués d'Afrique sont considérés dociles[13], tandis que Noirs créoles et mulâtres sont présumés indolents et déjà pervertis par les idées révolutionnaires, qu'elles soient celles de la jeune république d'Haïti ou de la Révolution française. Pour les créoles, la descente de bateau en baie de Santiago débute souvent par un séjour à la forteresse del Morro qu'ils soient esclaves ou non, avant la mise en œuvre de leur expulsion. Cependant, malgré la volonté des autorités de contenir la vague migratoire de cette population par des mesures coercitives, ils ne parviennent bientôt plus à en contrôler l'entrée. Sont recensés officiellement en 1808 à Santiago 2457 esclaves Noirs et mulâtres, représentant 33% des Français à Santiago[14].

Au début du XIXe siècle, le développement intensif de l'agriculture, en particulier celle du café chez les planteurs français nécessite une forte main d'œuvre au meilleur coût[15]. Des créoles libres de Saint Domingue sont alors attirés par ces opportunités d'embauches. Certains préféreront suivre leurs anciens maîtres dans leur exil et s'embarquent avec eux pour Cuba. Ce sont ces créoles qui créeront les premières sociétés d'entraide et de secours mutuel pour les « Français ». De ces sociétés de tumba francesa, la première recensée remonterait à 1803[16] à Santiago.

La Isabelica
Cafetal La Isabelica © M. Relloso

Les membres déclarés de ces sociétés sont tous des hommes libres, ou dont la communauté a acheté la liberté[17]. La présence d'esclaves créoles y est très mal tolérée, les autorités craignant une contagion d'idées progressistes issue de leurs fréquentations. L'arrivée des créoles de Saint-Domingue jusqu'en 1809[18] contribuera aux mouvements d'émancipation des Noirs et au marronnage, en particulier dans la zone orientale de Cuba. Nous verrons ultérieurement que bon nombre de chansons de tumba francesa ont pour thème le marronnage, la sédition des esclaves, l'amélioration des conditions de vie des Noirs.

Malgré l'ordonnance royale de 1809, des Français resteront sur l'île. En effet, le gouverneur de Santiago était plutôt enclin à la naturalisation de ces derniers, en particulier pour les riches familles françaises implantées dans l'économie locale[19]. Certaines n'adoptant pas la nationalité espagnole resteront tout de même sur place, le cabildo[20] n'avait pas les moyens humains de faire intervenir la troupe dans les zones reculées de la Sierra Maestra où se trouvaient certaines plantations françaises.

L'aristocratie espagnole de Santiago restera friande de l'aura de raffinement dont est nimbée la culture française de l'époque, s'entourant de précepteurs de France pour l'éducation de sa progéniture, de toilettes de Paris pour ces dames, sort dans les cafés-concerts tenus par des français. Les Blancs vont parfois s'encanailler en assistant aux « danses nègres »[21]. Nous verrons par la suite que les différences musicales et chorégraphiques sont parfois minces entre les contredanses françaises et ce que développent les Noirs créoles des sociétés de tumba francesa.

rue commerçante de Santiago de Cuba, 19e siècle
Rue de Santiago de Cuba, 1846. Panneau en français (et anglais) en haut à gauche

Par ailleurs, une autre partie de l'aristocratie espagnole tolère mal l'arrivée massive des Français ou y est franchement opposée. L'évêque de Santiago, Joaquin Osés de Alzúa y Cooparacio est de ceux-ci, il sera même à l'origine de cabales et troubles anti-français[22]. Ils leur reproche leur manque de religiosité (certains sont des huguenots, ou libres penseurs) et est fermement opposé à l'esclavage. Tout au long du XIXe s. et jusqu'à l'abolition, les planteurs français intensifieront la traite négrière sur la zone orientale de Cuba, le développement des cultures sucrières et du café nécessitant toujours plus de main d'œuvre. Nous voyons dans cette communauté française de Cuba des différences idéologiques et politiques assez marquées avec les métropolitains. Ils sont souvent nostalgiques de la royauté et peu en phase avec les idées abolitionnistes. Ceux abandonnant le statut de réfugié provisoire pour véritablement s'installer à Cuba défendront alors bec et ongle leur patrimoine et statut social, échaudés par le goût amer de la débâcle haïtienne. Des contradictions idéologiques y ont cependant cour, affaiblies au départ par l'intérêt économique. Les premiers Français installés pouvaient chanter à la suite dans leurs réjouissances du café-concert du Tivolí l'hymne de Saint-Louis et la Marseillaise ! Ainsi, en dépit de l'intérêt immédiat des propriétaires d'esclaves, les débats d'idées amènent des membres de la communauté  à favoriser le développement de la franc-maçonnerie, déjà très présente à Saint-Domingue, favorisant par la suite les idées indépendantistes qui germeront en son sein.

Calle Padre Pico
Escaliers de la rue Padre Pico, Santiago De Cuba © Mattand Birgitt

Parmi le multiples influences culturelles françaises dans l'Est de Cuba, il en est une qui concerne directement notre sujet et que nous révèle le voyageur Hippolyte Piron. Il s'agit d'une pratique chorégraphique liée historiquement aux tahonas rurales et actuellement pratiquée dans le salon de la tumba La Caridad de Santiago : le tressé-ruban. La citation suivante n'est pour autant pas reprise dans l'historiographie et c'est pourquoi nous en faisons cas pour terminer ce chapître : "Il y a une trentaine d'années, l'aristocratie et la finance (la fine fleur de la Ville), se déguisaient et s'amusaient avec un excessif entrain. Elles oubliaient tout pour se livrer entièrement au plaisir. Les vives couleurs du satin brillant des costumes plaisaient aux femmes; leur coquetterie y trouvait son compte; elles mettaient un soin passioné à bien se parer. Que de cœurs elles transperçaient ces jours de fête, où elles déployaient toute leur grâce.(...) On allait dans les meilleures maisons; on plaçait au centre de la plus grande pièce la haute perche peinte et dorée qui portait, attachés à la pointe, de nombreux rubans étroits, pendant jusqu'à terre. Chaque masque prenait un bout de ces rubans et dansait en le tressant autour de la perche. Ce divertissement un peu puéril est étrange et pittoresque; il a sa couleur locale, son charme particulier.
Mais depuis quelques années, ces plaisirs étaient abandonnés au monde intermédaire et au peuple. A l'époque dont je parle, c'était encore les masques les plus distingués qui se réunissaient par comparsas et tressaient les rubans." (H. Piron, 1876 pp. 197-198).


Ce témoignage des années 1830 confirme le tressé-ruban ou cinta comme danse française passée par Saint-Domingue dans l'histoire de cette partie de Cuba. Cette tradition était sortie des salons pour être pratiquée dans les tahonas et à leur tour des immigrés haïtiens du XXe siècle la pratiquèrent dans leurs regroupements communautaires ruraux. Grâce à la tumba La Caridad, elle a réintégré le salon de danse dans la deuxième moitié du siècle dernier (cf. le chant "Ven mi morena", partie 4.2.1) et les troupes de folklore afro-cubains professionnelles ou mateur en ont fait à leur tour un moment-phare de leurs spectacles.

Danse de la cinta
Danse du tressé-ruban. Société La Caridad, Santiago de Cuba © B. Secchi

Dans les plantations, d'autres éléments de la culture des maîtres étaient transmis par l'intermédiaire du créole, à l'occasion écrit sur un cahier par le maître lettré épris de culture classique : contes, fables d'Esope, de Virgile ou de la Fontaine et passaient dans la tradition orale...

3. LE CRÉOLE CHEZ LES FRANÇAIS DE CUBA

Les exilés de Saint-Domingue arrivant à Cuba pendant les révoltes et les luttes d'indépendance d'Haïti partagent une langue commune, le créole, quelle que soit leur couleur de peau. Nous avons vu précédemment les différences de ces réfugiés, leurs relations sociales entre eux ainsi qu'avec les Cubains. Ils seront tous considérés par les autochtones comme des Français, ayant un « parlé » commun, qu'ils maîtrisent  avec des degrés divers[23]. Dans la littérature du XIXe et du début XXe siècle, leur langue à Cuba est nommée criollo, patuà, frances, en fonction des auteurs, qui n'établissent pas de différenciations significatives dans l'usage de ces trois termes.

Si l'on compare le français d'usage à l'époque en métropole, la grammaire est simplifiée, les tournures de phrases sont courtes[24] et un vocabulaire parfois suranné. Les français blancs caribéens parlaient souvent deux langues, le français et le créole. La pratique de ce dernier était plus simple pour s'adresser à leurs esclaves, mais il devient progressivement d'usage habituel et plus apprécié que le français, ou une façon de se démarquer de ces Français de France, dont beaucoup se sentent extérieurs. La correspondance entre planteurs est cependant en français châtié.

La transculturation dans l'environnement linguistique espagnol transformera peu à peu le créole originel dominguois des exilés pour donner naissance à un nouveau dialecte vernaculaire, où des expressions cubaines seront de plus en plus présentes.

La fica de mi abuelo

La finca de mi abuela, tableau d'Osmar Peña Clavel, 2015, Santiago de Cuba

Au XIXe siècle, à l'intérieur du groupe des Noirs créoles des nuances sont sensibles entre la langue parlée par les domestiques et celle des travailleurs agraires. En effet, les premiers, en contact permanent avec les maîtres parlent un créole plus francisé que ne peut l'être celui des esclaves des champs, qui pour certains débarquent d'Afrique. On peut imaginer que les bossals[25] de même origine ethnique utilisent encore leur dialecte d'Afrique entre eux[26]. Cependant, nous avons des raisons de penser que le créole était la langue de travail des plantations des Français dès le début du 19e siècle, donc parlée par les contremaîtres, les planteurs et les esclaves, ce qui n'est habituellement pas signalé[27]. Le créole comme langue de travail est un phénomène qui a perduré au XXe siècle dans le cas d'une main d'œuvre composée uniquement de travailleurs agricoles haïtiens et ce jusqu'à la révolution castriste[28].

Les planteurs français s'entourent de domestiques dominguois parlant créole. C'est par l'observation, le partage passif des festivités et de la vie des maîtres, dans des plantations réputées par leur intense vie culturelle, que les gens de maison Noirs créoles vont s'approprier des éléments culturels européens. Cette transculturation à l'intérieur du cadre de la maison coloniale était déjà entamée dans la Saint-Domingue française, futur Haïti avant l'exil de tous en terre cubaine. Elle s'accentuera avec l'installation des français à Cuba, la cellule de la propriété coloniale française étant alors la seule où se pratique le créole. C'est sur les grandes étendues planes en quadrilatère des séchoirs à café et dans les salles à trier le grain qu'auront lieu les premières festivités des Noirs créoles, reproduisant à leur manière les contredanses européennes de leurs maîtres[29]. Les esclaves domestiques seront le vecteur de la transmission du créole à la main d'œuvre esclave des de différentes origines ethniques.

secadero
Séchoir à café d'une exploitation agricole, début XXe siècle. DR .


Parallèlement, l'autorisation d'implantation par les autorités cubaines des premiers foyers de tumba francesa
[30] à proximité des centres urbains va rendre le créole plus perméable avec la langue espagnole. C'est probablement dans cet environnement de la sosyété de tumba francesa, moins isolé que le monde de la plantation, que naît ce créole, dialecte propre à Cuba.

L'évolution de la langue à l'intérieur des sociétés va dépendre des membres la fréquentant. Au départ, les autorités contrôlant et légiférant les activités des cabildos
[31] excluent des sociétés toute autre population que les Noirs créoles libres. Ils seront malgré tout fréquentés par des esclaves et des Noirs libres ne provenant pas de Saint-Domingue, avec les risques de représailles que cela représentait aussi bien pour les persona non grata que pour l'ensemble du cabildo. Jusqu'à l'abolition de l'esclavage et les premières guerres d'indépendance de la fin du XIXe siècle, les sociétés de tumba francesa connaissent des allers-retours entre tolérance et coercition de la part du pouvoir colonial en particulier sur leurs pratiques publiques. Il est vrai qu'elles étaient considérées comme foyers d'émancipation, de marronnage et d'idées révolutionnaires. La proximité avec la jeune république d'Haïti — sur le territoire de laquelle l'esclavage avait été aboli dès 1793 — et la Jamaïque, où ont lieu des mouvements de révolte, entretient la méfiance, les lois et les arrêtés municipaux coercitifs. Pour les chants de tumba francesa les plus anciens nous étant parvenus[32], l'utilisation d'un créole très pur permet d'occulter leur signification aux locuteurs espagnols, ainsi de faire passer à la société des messages de révolte contre la dureté des conditions de vie et des revendications politiques.

Avec la fin de l'esclavage, les cabildos sont supprimés au profit des sociedades où la mixité ethnique est autorisée[33]. Le cas des cabildos de tumba avant la fin de l'esclavage est une exception, car la mixité y existe depuis leur création. Dans leur cas, être un Noir de Saint-Domingue prévaut sur la race d'origine, tous les membres des sociétés étant des créoles.

Les sociétés de tumba francesa  conservent une continuité, ne développant que des pratiques culturelles liées aux « Français ». Après 1886, l'ouverture des sociétés à d'autres personnes que les descendants des noirs français (bossals libérés, espagnols) apporte des changements significatifs au créole, qui se cubanise : ajout d'expressions cubaines, déformation de la prononciation du créole haïtien, jusqu'à parfois créer de nouveaux mots.
Peu après, les sociétés de tumba francesa seront pendant les guerres d'indépendance des foyers de sédition
[34]. Leurs chants l'attestent, le créole étant comme dans les décades précédentes, un moyen de communiquer de manière occulte.

Mambis prisonniers
Mambises prisonniers des forces coloniales, 1895 © Mota, illustration.

Après l'indépendance de Cuba, la perméabilité du créole s'accentue, le besoin d'occulter la signification des chants n'est plus un besoin relevant de la sécurité de la communauté. Il advient pourtant des critiques pamphlétaires osées sur la collusion des dirigeants de la jeune République cubaine avec les Etats-Unis et donc des rapports difficiles avec l'ayuntamiento[35] de Santiago. Après la révolution de 1959, certains chants de tumba francesa à la gloire du castrisme sont quasiment en espagnol cubain. En effet, il s'agit alors d'être compris par le plus grand nombre, dans une forme linguistique prônant l'unification.

Deux autres cadres de pratique du créole existeront en parallèle à celui de la tumba francesa.

— Le premier est celui de la cellule familiale et du regroupement communautaire. Opportunités de travail et volonté de retrouver des proches font se regrouper les Noirs en provenance d'Haïti qui se substituent après l'indépendance à la main d'œuvre esclave. Ils sont tout d'abord logés ensemble dans des baraquements[36] sur les plantations, puis également avec la propension à vivre dans les mêmes quartiers pour les centres urbains. Le créole est donc pratiqué par les individus tant que durent ces regroupements. Avec le métissage et l'éclatement progressif de la cellule familiale, le créole sera de moins en moins parlé au quotidien ou témoigne d'une forte altérité en comparaison à celui d'Haïti.

— Le deuxième cadre est celui pratique religieuse du vodou. Celle-ci, importée de l'île de Saint-Domingue par les Noirs créoles, relève de multiples branches en fonction des ethnies de chacun. Elle sera l'un des moyens pour les immigrants de revendiquer leur racines et identité géographique. A la différence de la tumba francesa, le vodou relèvera du cadre privé. Après les persécutions dont les vaudouisants auront été victime à Saint-Domingue, les immigrants créoles sauront cacher leur pratique religieuse
[37]. C'est entre autre pour cela que les liturgies du vodou à Cuba témoignent d'un créole plus authentique si on le compare avec celui de la tumba francesa. D'autres parts, ces liturgies sont directement importées du pays avec les vagues d'immigration successives, il y aura peu de création en terre cubaine. Il adviendra malgré tout, comme pour les chants de tumba francesa, que la prononciation tendra de plus en plus vers l'espagnol cubain, jusqu'à perdre le sens originel du créole haïtien et de créer de nouveaux mots parfois restant obscur pour le chanteur lui-même.

Si la langue utilisée dans les chants de tumba francesa était nommée par certains patuá, il est à noter que le mot est considéré aujourd'hui par la communauté haïtienne comme discriminant. Il lui sera donc préféré celui de krèyol
[38]ou créole tout au long de notre étude. Face aux manifestations plus ou moins larvées de xénophobie, cela dénote de la part de cette communauté une volonté revendicative de marquer son appartenance à une culture certes minoritaire, mais de la faire reconnaître par le plus grand nombre.

Penchons-nous maintenant sur les mécanismes de création des chants de tumba francesa. Leurs auteurs et compositeurs sont nommés "composé". Ce terme désigne également l'interprète ou le chanteur soliste dirigeant le déroulé d'une exécution musicale (dans ce dernier cas il a cependant coexisté avec le terme plus spécifique de "rey cantador": roi chanteur). Cependant, la compétence linguistique du composé se délitera avec le temps, utilisant un créole de plus en plus mâtiné d'espagnol cubain. Intervient également dans l'époque moderne la volonté d'être compris hors de sa communauté locutrice, avec des chants glorifiant la révolution et ses grands hommes. Dans ce cas, l'utilisation de l'espagnol est massive.

La manière de créer les chants  pour le composé connaissait deux chemins possibles. Soit la véritable écriture réfléchie d'une narration au long cours, soit l'improvisation lors de joutes verbales avec d'autres composés. Dans ce dernier cas, les textes sont plus courts, à l'échelle de quelques vers. Nous trouvons cette idée de compétition sur la capacité d'invention sur le vif dans d'autres musiques folkloriques cubaines (coros de clave, contrapunto cubano, rumba, regina du changüi).

Quant à l'aspect mélodique des compositions, elles sont toutes dans un contexte tonal, majeur ou mineur, se différenciant en cela des mélodies vodou qui évoluent plus sur une modalité pentatonique, comme d'autres traditions cubaines de racine africaine. Si on différencie les différents genres de la tumba francesa, la majorité des chants de mason sont dans des tonalités majeures[39], ceux de yuba et de frenté plus en mineur. Il n'est pas rare que la même mélodie serve à composer plusieurs chants, avec quelques modifications rythmiques et de hauteur en fonction du nouveau texte. Les textes et les mélodies sont également modifiés en fonction des interprètes, que ce soit pour coller à l'actualité de l'époque, ou par volonté créatrice, sinon par oubli.

Pablo Vallier
Pablo Valier célèbre composé de La Pompadour, entouré de ses choristes, société de Guantanamo, années 60. DR

Concernant ce dernier point, la transmission de ce répertoire chanté s'effectue presque uniquement de manière orale. Certains composé on noté toutes leurs créations ou les chants que d'autres ont pu leur transmettre, mais souvent les cahiers se perdent ou ne sont pas transmis aux nouvelles générations. Pour ceux des composé ayant la capacité d'écrire le créole, ils le font de manière très phonétique et avec une graphie approchant plus l'espagnol que le créole haïtien.

C'est en conservant cette notation très proche d'une graphie espagnole que la majorité des chants seront proposés en préalable tout au long de cette étude. C'est également de cette manière qu'il nous a été demandé de transcrire les chants par nos personnes-sources. Pour les chansons les plus anciennes, le temps et les passages de relais d'un composé à un autre, a corrompu la pureté du créole d'origine jusqu'à rendre la signification du texte incompréhensible. Pour appréhender la signification d'une bonne partie de ceux-ci, il nous a fallu retrouver une formulation en créole haïtien, avant d'en proposer une version en français. Certains textes plus récents comprenant beaucoup de cubanismes (espagnol cubain) auront été laissés dans leur jus et directement traduits en français.

Les sujets abordés dans les chants de tumba francesa sont très divers. Au gré de cette étude, nous les avons classés en différentes catégories. Certains narrent le quotidien de l'époque, la vie des sociétés, d'autres sont sur l'actualité politique à Cuba ou Haïti, d'autres encore peignent les hommes face à la puissance de la nature. Beaucoup des chants les plus anciens appellent à l'émancipation des immigrés haïtiens (contre l'esclavage, la xénophobie), la révolte contre les colons espagnols (guerres d'indépendance). Comme dans d'autres répertoires chantés (conga, carabali), la glorification des idéaux révolutionnaires et des grands hommes seront aussi source d'inspiration après 1959.

Concernant la continuité de création chantée dans la démarche des trois sociétés de tumba francesa contemporaines, le constat est assez alarmant. Les dernières créations de connues par nous remontent à plusieurs décennies, par des composé très âgés ou aujourd'hui décédés. Les chants que produisent les sociétés actuelles sont uniquement des reprises.

D'autre part, le patuà fait de plus en plus figure de langue morte. Même quand ils le comprennent parfaitement, les anciens des sociétés de tumba francesa ne le parlent plus au quotidien et ne le transmettent guère aux jeunes générations. Le risque de rupture linguistique est donc grand. Cela ne veut pas dire pour autant que le créole cubain soit définitivement mort! Certaines communautés haïtiennes sont restées très soudées (La Caridad de Ramón en Oriente, Guamaca près de Camagüey, etc...) et sont parfaitement bilingues. Des organismes développent la langue créole (Kiba Banzil) ou œuvrent à la préservation patrimoniale et la recherche (Casa del Caribe), d'autres travaillent à la  promotion culturelle et événementielle autour des cultures haïtiennes (Festival del Caribe, Bwa Cayman, Festival Eva Gaspar).


La tumba francesa de Eduardo Nuñez
"La tumba francesa" de Eduardo Nuñez, exposition Bayate

4. CHANTS DES SOCIÉTÉS DE TUMBA FRANCESA

Les caractéristiques formelles des chants de tumba francesa ont été analysées de la façon suivante par E. Tamames :

- il n'y a pas de recherche de rime.

- le changement de patois à espagnol et réciproquement est fréquent et fait de façon pragmatique, si on considère que ce changement « améliore le rythme ».

- les vers étant émis en une seule émission d'air, il est facile de diviser les vers de la poésie dans la transcription.

- ils ignorent le nombre de syllabes : la principale attention « et peut-être l'unique » est l'effet auditif mis en valeur par la structure rythmique du vers. Notre auteure ajoute : « la musique n'est qu'un moyen que le composé utilise pour dire ses vers ».

Nous ne savons pas si des chants du folklore français ont été repris dans cette tradition, en tout cas aucun n'est parvenu à une trace orale ou écrite au milieu du XXe siècle, période correspondante au premier ouvrage sur les chants de tumba francesa.

Les chants qui suivent ont été relevés auprès de chanteurs à Cuba, à partir d'enregistrements commercialisés, ainsi que de documentaires et vidéos disponibles sur internet. Les traductions et les annotations sont des auteurs. Les chansons comprennent deux ou trois entrées linguistiques : créole cubain, créole haïtien et castillan.
— La version en créole cubain se rapproche de l'écriture ou de la prononciation des transmetteurs, tout en cherchant une uniformisation de l'orthographe.
— La version en créole haïtien se rapproche à l'écriture contemporaine du créole en Haïti[40].
— La version en castillan essaye d'approcher le sens originel du texte.

Les chants sont en italique et avec un espacement lorqu'il s'agit des interventions du chœur.


guerre d'indépendance et libération des esclaves
"Tango". Caricature sur la guerre d'indépendance et la libération des esclaves. Publication de Barcelone. DR


4.1 CHANTS A CARACTÈRE HISTORIQUE

Ay oquendo Maria la O
Compositeur : inconnu.Transmis par Berta Armiñan Linares, Santiago de Cuba
Chant de mason

son Lien audio Maria La O (Berta Armiñan Linares & Cutumba) 
son Lien audio Maria La O (Rafael Cisnero Lescay)

Le chant Maria La O est relié à l'histoire de la fondation des cabildos de tumbas francesa dans la ville de Santiago.
« Dès le XIXe siècle, il y avait à Santiago des organisatrices de comparsa et de formations de percussion (tahonas) à Santiago de Cuba : que l'on pense à Maria La O & Maria de la Luz, dirigeantes du Cocoyé de Los Hoyos » (D. Chatelain "Femmes et percussion à Cuba"  sur www.ritmacuba.com).

Les airs du Cocoyé ont été relevé par Casamitjana (flûtiste, compositeur et directeur d'orchestre d'origine catalane, né en 1805 et établi à Santiago de Cuba en 1832, où il fonda une école de musique et se dédia à la direction d'orchestre et la composition) en 1836 et un de ceux-ci, Maria La O, orchestré dans le pot-pourri cubano de Laureano Fuentes Matons, élève de Casamitjana, en 1847). La musicologue Zoila Lapique relève : « Quelque chose de semblable à ce phénomène contemporain de la conga santiaguera se passa en 1852 quand vint à La Havane la comparsa del Cocoyé avec ses deux dirigeantes, les mûlatresses María de la O Soguendo y María de la Luz, jointes au nommé Manuel qui dansait avec l'Anaquillé, marionnette de carnaval. » (ibid.)

Le compositeur havanais Lecuona donna ensuite le titre de Maria La O à une zarzuela. Son ami Edwin Tolón, impresario de théâtre raconte ainsi comment Casamitjana entendit les airs du Cocoyé, en reprenant des chroniques de Santiago de Cuba : « il était appuyé sur la rambarde de la fenêtre de la maison où il vivait, quand il vit venir une comparsa composée d'un grand nombre de personnes dirigées par deux mulâtresse fastueuses, une était Maria La O et l'autre Maria de La Luz, qui chantaient et dansaient une musique électrisante. Impressionné par leur danse, le compositeur rejoint le piano et rejoua de mémoire les mesures de cette musique anonyme, puis les fit passer au papier à musique » (Tolón 1961).

Maria La O de Lecuona
Affiche du film Maria la O (A. F. Bustamente), 1947.

El Cocoyé fut ensuite le nom porté par une importante tumba francesa de Santiago, située dans l'actuel Paseo Marti, dans un local jouxtant l'actuel Foco de la Conga de Los Hoyos et survécut jusqu'au milieu du XXe siècle (l'emplacement est aujourd'hui une station-service). Des liens historiques unissent les deux sociétés Lafayette et El Cocoyé.

La comparsa de Maria La O et  Maria de La Luz était une version urbaine de la tahona, défilé pratiqué par une population de même origine que les membres des sociétés de tumba francesa. Depuis plusieurs décennies, la société Lafayette s'emploie à préserver dans son local  et pour les traditions de carnaval les traditions de la tahona, incluant une danse de tressage de rubans autour d'un mât reprise par différentes troupes folkloriques.

Le chant Maria La O, faisant référence à un point d'origine des tumba francesas urbaines (si on les oppose aux danses des tumbas francesas des plantations) fait toujours partie du patrimoine de la société Lafayette.

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay oquendo[41]
Maria la O
Oquendo
Oquendo  Maria la O
Maria la O oquendo
          A
y oquendo Maria la O, oquendo
Oquendo  Maria la O
Maria la O oquendo
          A
y oquendo Maria la O, oquendo

Ay okenn dout
Maria la O
Okenn dout
Okenn dout Maria la O
Maria la O, okenn dout
       Ay okenn dout Maria la O, okenn dout
Okenn dout Maria la O
Maria la O, okenn dout
      Ay okenn dout Maria la O, okenn dout

Ah, aucun doute
Maria la O
Aucun doute
Aucun doute, Maria la O
Maria la O, aucun doute
Ah, aucun doute, Maria la O, aucun doute
Aucun doute, Maria la O
Maria la O, aucun doute
Ah, aucun doute, Maria la O, aucun doute

Enterrement du lider insurgé Echenoz

Sous haute surveillance, enterrement d'Evaristo Estenoz en 1912, fondateur du parti de “Rassemblement des Indépendants de Couleur" et meneur insurgé.


Le chant suivant parle de la fin “des affaires de race” à Cuba. Même si en 1868 un décret de la cour espagnole interdit la traite négrière, l'abolition définitive de l'esclavage prendra du temps à Cuba.

En 1868, Carlos Manuel De Céspedes annonce l'émancipation de ses esclaves et lance le soulèvement contre le pouvoir espagnol, déclenchant la “guerre des dix ans” (à cette occasion les esclaves libérés dansèrent « français » dans la plantation de Céspedes, dans l'actuelle province de Granma)[42]. Il faudra attendre 1880 pour qu'une loi déclare l'abolition de l'esclavage à Cuba, celle-ci ne commencera à être appliquée que six ans plus tard. Le traffic négrier continuera illégalement jusqu'à l'orée du XXe siècle. En 1893, l'égalité des droits entre blancs et gens de couleurs[43] est proclamée. Cela donnera rapidement à des bouleversements politiques avec la création en 1908 du parti de “Rassemblement des Indépendants de Couleur”.

A quel évènement précis la chanson suivante fait allusion, nous ne le saurons pas vraiment, mais son thème témoigne en tout cas de son ancienneté.

We aye o (Vois-tu, le passé)
Compositeur : inconnu.Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de mason

son Lien audio We aye o 1 (Andrea)
son Lien audio We aye o 2 (La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

We aye o
Ay mua nuble o llano
Cuman ye?

Ey mue tande
Bay mue lague mamá
Mue tande a safa na sava
Pa mua nube
Cuman u ye
Bay mua nube
Cuman u ye

We aye o
Ay mua nuble o llano
Cuman ye?

Wè ayè o
Ay mou a nou vle o lyann o
Kouman ou nye ?

Ey mwen tande
Bay a mwen lage manman Mwen tande a safar ra sa va
Pa mou a nou vle
Kouman niye
Bay mou a nou vle
Kouman niye

Wè ayè o
Ay mou a nou vle o lyann o
Kouman niye

Voyez-vous, du passé
Nous voudrions que les souvenirs soient moins présents[44]
Comment le nier ?

Eh, j'ai entendu
Maman, que nous allions laisser tomber
J'ai entendu que les affaires de races, c'était fini
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?

Voyez-vous, du passé
Nous voudrions que les souvenirs soient plus ténus
Comment le nier ?


Le chant qui suit est très ancien et daterait de l'époque de l'esclavage. L'ethnologue Laura Cruz Rios le recueille auprès de Trinidad Lamot Robles à Sagua la Grande dans la province d'Holguín (cf. Revue Oralidad N°13). Trinidad était l'une des doyennes et principales chanteuses de la société de Bejuco au début des années 2000. Le texte est clair et liminaire: on parle ici d'une personne de couleur qui se meurt par l'accumulation des sévices et châtiments dont elle est victime. A l'orée de la guerre d'indépendance, sa grand-mère, Ma Piyá s'était enfuie avec ses enfants de la ferme du français Robles, pour être ensuite rattrapée, battue puis vendue par celui-ci à Eugenio Revé, de la ferme La Dolorita. C'est dans cette propriété qu'elle s'initiera à la tumba francesa. Les fêtes y avaient lieu pour la plupart sans l'autorisation du maître. En compagnie de Felipe Revé ainsi que d'autres esclaves marrons, elle s'en s'échappera et se réfugiera dans les dans les montagnes entre Sagua la Grande et Guantanamo, où une fois installés ils créeront le village de Bejuco et la tumba francesa.

Mamá ju mue mori (Maman, mon heure est venue)
Transmis par Trinidad Lamot Robles, tumba francesa de Bejuco.

(graphie et traduction précisées par nous)

Créole cubain Créole haïtien Français
Mamá ju mue mori
U pa bisuen crie pa mue
Tu bien conet
Si Bondie pa touye mue
Cretien ye va jeme mue
Mamá m'pa ye o
M'ap tuye mue
Manman jou mwen mouri
Ou pa bezwen krye pa mwen
Tou bien konèt
Si Bondye pa touye mwen
Kretyen ye va jeme mwen
Manman m'pa ye o
M'ap touye mwen
Maman, ma fin est proche
Inutile de pleurer
Tu le sais bien
Si le Bondieu ne me tue pas
Un chrétien le fera
Maman, je ne suis plus
Je meurs

La révolte gronde. Le lien invoqué, le filleul, semble plus symboliser la solidarité qu'un lien familial. Si l'on se réfère à l'entretien de Laura Cruz avec Trinidad Lamot Robles (revue Oralidad N°13), La tumba francesa de Bejuco fût fondée par des esclaves marrons dont un grand nombre intégreront les troupes de mambises et porteront la guerre contre les espagnols jusqu'aux premiers jours de la République.

E Fillol mue (Eh, mon filleul…)
Compositeur : inconnu.
Transmis par Victoria Robles Videau, tumba francesa de Bejuco

Chant de mason

son Lien audio E Fillol mue

Créole cubain

Créole haïtien

Français

E fillol[45] mue
Mu
ño pa di consa
E fillol mue
Mu
ño pale consa
Siu pa gagne
Seso corporar
Cuman afe sa e

E fiyòl mwen
Moun yo pa di kom sa
E fiy
òl mwen
Moun yo pa di kom sa
Si ou pa ankò gagne
Se sò ankò po ra
Kouman a fe sa e

Ah, mon filleul
Les gens ne peuvent en parler comme cela
Ah, mon filleul
Les gens ne peuvent en parler comme cela
Vous n'avez pas encore gagné
C'est notre destin de s'engager
Comment faire autrement?
[46]


Cette deuxième version du même chant diffère sur quelques mots. Des homophonies permettent de l'écrire et d'aussi le comprendre ainsi. Dans ce cas, le sens perd dans le côté historique de la révolte. Il se transforme en histoire de méfiance en face de la bonne fortune inexplicable d'un membre de la communauté.

E fillol mue
Mu
ño pale consa
E fillol mue
Mu
ño pale consa
Siu pa gagne
Seso corporar
Cuman afe sa e

E fiyòl mwen
Moun yo pale kom sa
E fiy
òl mwen
Moun yo pale kom sa
Si ou pa gagne
Se sò an kòb po ra
Kouman w a fe sa e

Ah, mon filleul
Les gens parlent
Ah, mon filleul
Les gens parlent
Si tu ne l'as pas gagné
Par quel hasard ta tirelire est pleine ?[47]
¿ Cómo explicas esto, eh ?


Ancienne caféière d'Oriente

Caféière en Oriente, photo non datée, XIXe siècle.

Un fugitif de la lutte clandestine se cache la nuit et peut être pris à la lumière de la lune. Le texte peut être resitué dans la guerre d'indépendance ou dans la guérilla révolutionnaire.

La lina menguanto  (La lune…)
Compositeur : inconnu.Transmis par Maria Luisa Barrientos Garbey, Conjunto Folklorico de Oriente
Chant de frenté

son Lien audio La lina menguanto (Maria Luisa Barrientos Garbey)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

La lina menguanto[48]
La lin'clere lese muale so
La lin touné polisi secret
O lesé mualeso

La lina me enguanto
Lese mualé
Kamue pren la tropa mue
Pou mue te soti opera
La lin pable clere
La lin touné polisi secret,
O lese mualeso
La lina me enguanto
Lese mualé

Lalin a menm kònt o
Lalin klèr e èse mwen mou ale sò
[49]
Lalin toune polis isi sekrèt
O lèse mwen mou ale sò

Lalin a menm kònt o
Lès mwen ale
Kanmenm pren la troup a mwen
Pou mwen èt sòti opera
Lalin koupab e klère
Lalin toune polis isi sekrèt
O lèse mwen mou ale sò
Lalin a menm kònt o
Lès le m'mou ale

Ô même la lune est contre moi
Ô la lune est claire, laissez-moi une chance
Si la lune, au détour de la ronde de la police secrète
Pouvait me laisser une chance

Ô mais la lune est contre moi
Laissez-moi partir
La troupe m'a quand même attrapé
Pour ma sortie à l'Opéra
C'est à cause de la clarté de la lune
Si la lune, au détour de la ronde de la police secrète
Pouvait me laisser une chance
Ô même la lune est contre moi
Quand est-ce que je vais pouvoir me faufiler



mambis

Préparation d'un camp de rebelles, 1899 © J.Gomez de la Carrera.

Ce chant critique une imprudence dans la clandestinité (qui peut être celle de cimarrones, d'indépendantiste, ou guérilla révolutionnaire) et avertit du danger de rester regroupé dans un lieu repérable au lieu de se fondre dans la nature. En utilisant l'image  “la nature de la chèvre est de rejoindre la montagne".

La cabra siempre tira pa'l monte (La chèvre toujours revient dans la montagne)
Compositeur : inconnu.Transmis par Rafael Cisnero Lescay, chanteur de Cutumba
Chant de frenté

son Lien audio La cabra siempre tira pa'l monte (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Français

U pral venao camino la cae
Amigo que bobo tu eres
U pral ven a camino la cae
Amigo que bobo tu eres
La cabra siempre tira pa'l monte
Y mas que bobo eres

Vous allez quand même à vingt à la maison[50]
Amis, quel idiot tu fais
Vous allez quand même à vingt à la maison
Amis, quel idiot tu fais
La nature de la chèvre est de rejoindre la montagne
Et plus qu'idiot tu fais



Guillermon Moncada
Guillermon Moncada (1841-1895), général de la guerre d'indépendance cubaine, membre de société de tumba francesa. DR

Guerillero del monte  (Guerrier de la montagne)
Compositeur : inconnu.Transmis par Rafael Cisnero Lescay, chanteur de Cutumba
Chant de mason

son Lien audio Guerrillero del monte (Rafael Cisnero Lescay)
son Lien audio Guerrillero del monte 2 (Cutumba)

Ce chant fait référence à la fin de la guerre d'indépendance contre l'Espagne (1898) et des maquis organisés par les mambises (soldats des forces révolutionnaires; ce terme est plus fréquemment employé que celui de guerillero pour désigner  les révolutionnaires de ce conflit). Parmi les mambises connus pour leur amitiés dans les tumba francesa, les géneraux Quintín Banderas, Guillermón Moncada, et Antonio Maceo étaient membres de la société La Caridad de Oriente (témoignage de Gaudiosa Venet Danger, "Yoya", ancienne reine de la Caridad, in "Testimonios de una misma expresión cultural cubana, la tumba francesa", Revue Oralidad N°13).

Si l'expression “quita te tu pa' ponerme yo” (pousses-toi donc que je m'y mette) a été employée pour moquer le jeu des politiciens prenant la place les uns aux autres (cf. note ci-dessous), elle prend ici un sens révolutionnaire, les mambis ou maquisards prenant la relève de l'ordre ancien.

La reprise actuelle du chant peut lui donner un sens contemporain. N'oublions pas non plus que la guerilla castriste s'est installée précisément dans la Sierra Maestra, une zone autrefois quadrillée par les plantations de café d'où sont originaires les membres urbains de la tumba francesa de Santiago.

Espagnol (Cuba)

Français

Guerillero del monte
A la manigüa derive
[51]
Guerillero del monte
A la manigüa derive
Ya se acabó lo que se daba 
Ay quita te tu
Para ponerme yo

Guerrier de la montagne
Dans le maquis tu dérivais
Guerrier de la montagne
Dans le maquis tu dérivais
Maintenant est fini ce qu'il se devait
Eh, pousses-toi donc
Que je m'y mette


Quitate tu pa' ponerme yo
est une expression utilisée en Espagne en 1935 pour railler “la valse” et l'inefficacité des hommes politiques à la tête du pays. Elle est aussi le titre d'une pièce de théâtre cubaine de 1933, Quítate tú para ponerme yo. Celle-ci est une satire sur les derniers présidents (José Miguel Gomez, Zayas, Menocal, Grau) dont les auteurs raillent entre autres, leur soumission aux Etats-Unis. Cette pièce ne fût représentée qu'une fois, interdite suite aux échaufourrées qu'elle déclencha. Cette expression est reprise en 1971 comme titre d'une chanson de Johnny Pacheco et Bobby Valentín. Ce titre sera l'un des succès de la Fania All Stars, en particulier lors du concert mythique au club Cheetah de New York.

Troupe coloniale

Troupe espagnole à Cuba, 1896. DR

Une variation sur le thème du guerrier. La concision du texte ne nous permet pas de préciser les circonstances de l'action. Est à supposer la brusquerie du dit personnage.

El guerrillero e (Ce guerrier a l'air)
Compositeur : inconnu. Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez de Babul
chant de mason

son Lien audio El guerrillero e (Orlando Aramis)

Créole cubain

Français

El guerrillero e
Ban ga la fu mi la lye[52]
El guerrillero e
Ban ga la fu mi la lye
Yo va la casa Cucú[53]
Ban ga la fu mi la lye
Yo va la casa Cucú
Ban ga la fu mi la lye

Ce guerrier est
Ce gars donne l'air d'être fou à lier
Ce guerrier est
Ce gars donne l'air d'être fou à lier
Il va à la maison de Cucú
Ce gars donne l'air d'être fou à lier
 Il va à la maison de Cucú
Ce gars donne l'air d'être fou à lier



Caricature sur le Parti des indépendants de couleur

Un membre du “Rassemblement des Indépendants de Couleur" demande réparations au pouvoir républicain, suite au massacre de 1912. Gravure de presse © Pío

Un fragment de texte évoquant les membres d'une société plongés dans le désarroi, privés de leur activité de musiques et de danses. Elisa Tamames ayant travaillé directement avec Pelayo Terry, nous transmet les raisons de ce désarroi : l'auteur a voulu transmettre l'état d'incertitude et d'insécurité qui régnait en 1912 dans le pays[54]. Le soulèvement du parti des Indépendants de Couleur en Oriente provoqua une répression sanglante, avec des milliers de morts. Furent particulièrement touchés villes et villages qui avaient des plantations de café et une activité de tumba francesa : El Cobre, El Caney, San Luis et des localité autour de Guantanamo. Les sociétés locales comptaient bon nombre d'activistes et soutien aux Indépendants de Couleur. On sait par ailleurs que cette répression fait partie de la mémoire collective dans la société de tumba francesa de Guantanamo, pour ne parler que d'elle. Leonor Terry Dupuy, reine d'honneur en parle dans un récit de vie : ses grands-parents membres du parti des Indépendants de Couleur furent massacrés en 1912, année de sa naissance : « … en la primera guerra que hubo aquí, en Cuba, mataron a mi papá y mis tías. Como vivían aquí, en Guantánamo, fueron al campo donde vivimos nosotros y trajo a mi mamá, que estaba en estado de mí, porque yo no conocí a mi papá. » (dans la première guerre qu'il y a eu ici à Cuba, mon père et mes tantes ont été tuées. Comme ils vivaient ici, à Guantanamo, ils vinrent dans la campagne où nous vivions et fit venir ma maman, parce que je n'ai pas connu mon papa.)[55]

Ki sa a na fe
(Que pouvons-nous faire ?).

Compositeur: Pelayo Terry[56]. Société La Pompadour, Guantanamo. Collecté auprès d'Emiliano Castillo Guzman
Chant de mason

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay pueblo ki sa a na fe
Ay pueblo ki sa a na fe
Ñun pe crie
Lot pe danse
Sa a na fe
Ay pueblo
                       Ki sa a na fe

Ay pueblo[57] ki sa n'ap fè
Ay pueblo ki sa n'ap fè
Ni moun pe krye[58]
L
òt pe danse
Sa a n'ap fè
Ay pueblo
                     
Ki sa n'ap fè

Hé mon peuple, que pouvons-nous faire ?
Hé mon peuple, que pouvons-nous faire ?
Personne ne peut chanter
Ni danser
Que pouvons nous faire ?
Eh mon peuple
                                  Que pouvons-nous faire ?


Mambises à cheval

Photo : chevauchée d'une troupe de mambis (insurgés) cubains

Un soldat accusé d'abandon de poste, au risque de sanction de la part de son supérieur.

Silencio (Silence)
Compositeur: inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco

Chant de yuba

son Lien audio Silencio (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Coronel ou cone mue, Licia
Coronel pou ki nu rele mue
U bien qui cone usted rete media hora
Pu nu pale ni un parol Bondie
Mue mo rive o silencio ui compose
E silencio ui compose
E silencio ui compose

Ayayay u pa gañe parol pou nou pale
Mue mo rive o silencio ui compose
E silencio ui compose
E silencio ui compose
Ayayay u pa gañe parol pou nou pale

Koronel ou konnen mwen, Licia
Koronel pou ki rele mwen
Ou bien ki konnen w rete demi e
Pou nou pale, ni youn pawol ak Bondye
M' we mo rive o, an silans wi kompose
An silans wi kompose
An silans wi kompose

Ayayay m'pa genyen pawol pou nou pale
M' we mo rive o, an silans wi kompose
An silans wi kompose
An silans wi kompose
Ayayay m'pa genyen pawol pou nou pale

Colonel, vous me connaissez, Licia
Colonel, pourquoi criez-vous après moi
Vous savez bien que je suis resté une demi-heure
Pour tout vous dire, sur la parole de Dieu
Très bien, je me tais, oui composé
Je fais silence, oui composé
Je fais silence, oui composé
Houla là, je n'ai plus de mots pour le dire
Très bien, je me tais, oui composé
Je fais silence, oui composé
Je fais silence, oui composé
Houla là, je n'ai plus de mots pour le dire


soldats de la guerre d'indépendance

Soldats de la guerre d'indépendance cubaine

Payer les taxes et impôts à la couronne royale n'était visiblement pas du goût de tous les habitants de l'île de Cuba, territoire espagnol. C'était l'objet de fanfaronades, voir de soulèvement face à ce pouvoir lointain, bientôt considéré comme usurpé.

Mue mande decir mue pe (Vous me demandez si j'ai peur)
Compositeur: inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Mue mande decir mue pe (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue mande decir mue pe
No no, mue pa pe  
Mue mande decir mue pe

No no, mue pa pe
Mesanmi m'pa gañe lajan
Pu mwen peye gouvernment, no no !

Nu dire li rua yo, chiririco !
Mua pe peye coquillay mwen
U ap provoque mue
Rua yo si mwen tuye li

Pu mue peye li como bueno
Mesanmi m'pa gañe lajan
Pu mue peye gouverrnment
Ay,no no no !

Mwen mande di si mwen pè
No no, mwen pa pè
Nou mande'm si mwen pè
No no, mwen pa pè
Mezanmi m'pa ganye lajan
Pou mwen pèye gouvernmant, no no !
Nou dir eli rwa yo, chiririco

Mwa pe peye an kokiyaj mwen
Ou ap' provoke mwen
Wa yo si mwen touye li an
Pou mwen pèye li tan kou bon

Mezanmi m'pa ganye lajan
Pou mwen pèye gouvernmant
Ay, no no no !

Vous me demandez si j'ai peur
Non non, je n'ai pas peur
Vous me demandez si j'ai peur
Non non, je n'ai pas peur
Mes amis je n'ai pas l'argent
Pour payer le gouvernement, non, non !
Vous direz à leur roi, chiririco[59] !
Je peux payer en coquillages[60]
Vous me provoquez ou quoi !
Roi, s'ils me frappent
Je vais leur payer du bon temps
Mes amis je n'ai pas l'argent
Pour payer le gouvernement
Hélas! non non non !


mambises : gravure
Gravure sur la guerilla des mambises

La guerre et ses ravages, non sans emphase ni licence poétique.

Laren Olay[61] (La reine Olay)
Compositeur: inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Laren Olay (Tumba francesa de Bejuco)
son Lien audio Laren Olay (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Laren Olay la priye
Laprie mama, map fe muri
Lo nu we dlo Kiba dife vini
Change cule
Ou di mue se san
Reconet la justicia
Reconet a die!
Mama map fe muri
O, vandredi dule yo
Sandi la justicia
Reconet a die!
Ay mama
Mama map fe muri

Larènn Olay ap priye
Lapriye manman, m'ap mouri
Lò nou wè dlo Kiba dife vini
Chanje koulè
Ou di mwen se san
Rekonnèt lajistis
Rekonnèt Bondye!
Manman m'ap fe mouri
O vandredi doulè yo
Samdi la jistis
Rekonnèt a Dye!
Ay manman
Manman m'ap mouri

La reine Olay[62] prie
Elle prie maman, je meurs
Or, nous voyons l'eau devenue feu, Cuba
Change de couleur
Vous me dite que c'est le sang
Reconnaissez la justice
Reconnaissez, Bondieu !
Maman je meurs
Ô, vendredi des douleurs
Samedi de justice
Reconnaissez, oh Dieu !
Hélas Maman
Maman je meurs


Bertha Armiñán

Berta Armiñán Linares, 2011 © Miguel Ángel Gaínza Chacón

Un chant qui marque la fin de la guerre d'indépendance et le retour à la paix. Mais tout est loin d'être réglé… « Beaucoup de tués pour l'égalité » : mettre à bas la colonie aurait coûté la vie à un homme valide sur six.

Mesa mi lo fe con tan[63] (Mes amis l'ordre me rend heureux)
Compositeur: Pablo Valier. Transmis par Berta Armiñan Linares
Chant de yuba

son Lien audio Mesami lo fe con tan (Cutumba & Berta Armiñan Linares)
son Lien audio Mesami lo fe con tan  (Rafael Cisnero Lescay)
son Lien audio Mesami lo fe con tan  (Inconnu)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mesa mi lo fe con tan
Siyen ello te vini o
Dime li que firmó la paz
Pero la manie fallo
La bara cupe con tan
Si en ello te vini o
Dime li que firmó la paz
Pero la manie fay o
Apre la paz que mun qui va con pa
Familia tuye
La laye yo peye cri
E quiba cai sa
Union di mue
Lu tuye egalite
Union con pa yo pe con peli
Si a la hora fe pa con tan
Ninguno vaya peye li

Mezanmi lòd fè'm kontan
Siyen yo tè vini o
Di mwen li que firmo la paz
[64]
Pero
[65] la manyè fay o
La barak ou pe kontan
Siyen yo ote vini o
Di mwen li que firmó la paz
Pero la  manyè fay o
Apre la pè ke moun Kiba kon sa
Fanmi li a tiye
La laye
[66] yo peye kri
E Kiba kay sa
Unyon di mwen
Lou tiye egalite
Unyon kont pa si yo pèp kanpe li
Si alor fè pa kontan
Nil gou nou bay a pèye li

Mes amis l'ordre me rend heureux
Ils ont enfin signés
Je l'avais dit qu'ils signeraient la paix
Mais la manière a ses failles
Votre baraque
[67] peut être contente
Ils ont enfin signés
Je l'avais dit qu'ils signeraient la paix
Mais la manière a ses failles
Après que le Cubain eût obtenu la paix
(Après) le meurtre de son peuple
En dansant il paye crûment
[68]
Ça c'est le peuple cubain
C'est l'union, dis-moi
Beaucoup de tués pour l'égalité
L'union ne compte pas si le peuple la rejette
Alors s'il n'est pas heureux
Aucun goût il aura à la conserver



fugitifs

Esclaves fugitifs à Cuba, gravure fin XIXes., auteur inconnu

On peut voir dans ce chant un parallèle entre la lutte anti-impérialiste et indépendantiste d'un côté et l'affranchissement de l'esclave qui ne veut plus « être attaché ».

We kongo wa coje la dos
(Regardez congos comment nous avons courus)
Compositeur : inconnu. Transmis par Rafael Cisnero Lescay de Cutumba

Chant de yuba

son Lien audio We kongo wa (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Wè kongo wa
Coje la dos
Dale li un parol m'ap fè pale
Wè kongo wa
Coje la dos
Dale li un parol m'ap fè pale
Li gaña piti met o qui pote

Ni ule noue pa menm
Li gaña pitit mèt o
Prend nu wè en si la
Mwen pa vle nue
O du Bondie

Wè kongo nou a
Kouri la di o
Di ale li moun pawol m'ap fè pale
Wè kongo nou a
Kouri la di o
Di ale li moun pawol m'ap fè pale
Lig gayant pitit mèt o ki bòde
[69]

Nil oule noue pa menm
Lig gayant piti mèt o
Prend nou wè en isi la
Mwen pa vle noue
O dou Bondie

Regardez congos[70]
Comment nous avons couru
Allez porter ces mots que je vais prononcer
Regardez congos
Comment nous avons couru
Allez porter ces mots que je vais prononcer
La ligue
[71] est gagnante
Ô, petits maîtres devant qui nous courbions l'échine
Aucun de nous voulons être noués
La ligue est gagnante ô petits maîtres
Nous faire prendre, nous verrons d'ici là
Je ne veux pas être noué
[72]
Ô doux Seigneur


fête de la tumba de Bejuco
Fête de la tumba de Bejuco, 2013  © Aracelys Aviles Suarez

4.2 LA VIE DANS LA SOCIÉTÉ DE TUMBA FRANCESA

4.2.1 FÊTE ET ACTIVITÉS

Ce premier chant clame la fierté et l'optimisme face aux possibles adversités. La crainte exprimée peut être reliée aux interdictions de rassemblement dont pouvaient être victimes les sociétés, de la part des autorités coloniales au XIXe siècle. Nous avons trouvé peu de témoignages tangibles sur les premiers rassemblements festifs des "fransé", à l'époque où ils n'étaient pas encore constitués en "sociétés". Pour autant, on sait que les réunions esclaves autorisées dans le cadre de la plantation étaient réglementés à l'échelle du pouvoir politique local. Le ban de police de Santiago les autorise jusqu'à 20h et principalement les dimanches (cf. A. Renault, p. 360-61). En 1817, le propriétaire d'une plantation de Santiago et les participants à une fête créole non autorisée sont condamnés à de lourdes peines, de l'amende aux travaux forcés, ou à l'expulsion (Cf. "Una tempranía cofradía vodú en Santiago de Cuba", Olga Portuondo Zuñiga, Del Caribe N°55, 2011).

danse à la Casa Dranguet
Danse du pont (puente) pendant la séquence du mason, société La Caridad de Oriente, 2017 © Roberto Loo Vazquez pour la Casa Dranguet

Jusqu'à 1880 et la loi d'abolition des cabildos de nation, les sociétés de tumba francesa ne sont pas reconnues par les autorités, même si en figurent certaines auparavant sur les registres épiscopaux[73]. Ces interdictions de rassemblement des sociétés de tumba francesa existèrent aussi dans la jeune République, de même que pour les comparsa carabali à Santiago de Cuba[74]. La presse locale justifie les interdictions de défiler par les troubles et échauffourrées que provoquaient les sorties de ces sociétés[75]. 

Novedad, no hay novedad
(Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles)
Compositeur: inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de mason     

son Lien audio Novedad, no hay novedad (Cutumba)
son Lien audio Novedad, no hay novedad (La Caridad de Oriente)

Espagnol (Cuba)

Français

Novedad, no hay novedad
Arriba mi pueblo
No hay novedad

(Coro)
Novedad, no hay novedad
Arriba mi pueblo
No hay novedad

Trabajadores no hay novedad
Mi societe no hay novedad
Arriba mi pueblo pueblo no hay novedad

(Coro)
Novedad, no hay novedad
Arriba mi pueblo
No hay novedad

Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles[76]
N'ayez crainte mes amis
Il n'y a pas de nouvelles

(Chœur)
Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles
N'ayez crainte mes amis
Il n'y a pas de nouvelles

Travailleurs, il n'y a pas de nouvelles
Ma société, il n'y a pas de nouvelles
Venez mes amis, il n'y a pas de nouvelles

(Chœur)
Des nouvelles, il n'y a pas de nouvelles
N'ayez crainte mes amis
Il n'y a pas de nouvelles


Les paroles de Société Florindo justifient une direction forte et sans relâchement de la société récréative et d'entr'aide pour éviter les dérives à craindre dans un milieu marqué par la pauvreté.

Societe Florindo
Compositeur : inconnu.Transmis par Rafael Cisnero Lescay, Cutumba
Chant d'introduction avant un mason

son Lien audio Societe Florindo (Maria Luisa Barrientos Garbey)
son Lien audio Societe Florindo (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Societe Florindo[77], Ay!
Si mue tamugui
Muna mandeso
La fronego

Ay societe la pleito la premie
Calixto mue bambose
Si mue tamugui
Muna mandeso
La fronego

La fronego

Sosyete Florindo ay!
Si mwen ta mou guid
M'ou nan mande sò
La frod nèg o          

Sosyete la prèt o la premie
Kalisto mwen mambo se
[78]
Si mwen ta mou guid
M'ou nan mande sò
La frod nèg o          

La frod nèg o          

Société Florindo, eh!
Si je te dirigeais plus souplement
Je vous le demande
Ici, de la fraude il y aurait, ô mon gars

Société, ô ma prêtresse, la première
Calixte, c'est ma mambo
[79]
Si je te dirigeais plus souplement
Je vous le demande
Ici, de la fraude il y aurait, ô mon gars

Ici, de la fraude il y aurait

 

Ibrahim Baque
Ibrahim Baqué Sagarra, composé de la Pompadour, Guantanamo. DR

Sito dice[80] (“Sitôt dit” ou Sixto dit”)
Compositeur : Ibrahim Baqué Sagarra
Chant de mason

Le chant « Sito dice » témoigne de la plasticité de la tradition orale. En voici une version attribuée à Ibrahim Baqué Sagarra, composé de La Pompadour où le protagoniste objet d'une satire est nommé sous le nom de Sixto :


Sixto Reyes
Que li vle fe composé
Sixto Reyes
Que li vle fe composé
Sixto penye tet ou
                       Y vini chante apre
Sixto netoye soulye ou
                       Y vini chante apre

Cette version, que tout indique être l'originale, est parfaitement logique, toujours connue localement.
Mais ce chant circule aussi à Santiago de Cuba, transmis par différente personnes liées à la tradition de tumba francesa (La Caridad…) ou appartenant à des troupes folkloriques (Folklorico de Oriente, Cutumba…) selon la version enregistrée transcrite ci-dessous. La lignée maternelle de l'interprète de l'enregistrement appartenait à la tumba disparue El Cocoyé et a par ailleurs longtemps appartenu au Ballet Folklorico d'Oriente.


son Lien audio Sito dice (Nancy Garcia Vinent & Galibata)
son Lien audio Sito dice (Rafael Cisnero Lescay)

Espagnol (Cuba)

Français

Dice sito[81] que quiere ser composé
S
ito dice que quiere ser composé
Sito peina tu cabeza
Y ven a bailar despues
Sito peina tu cabeza
Y ven a bailar después

Sitôt dit qu'il voudrait devenir composé[82]
Sitôt dit qu'il voudrait devenir composé
Sitôt, peignes-toi déjà la tête
Et viens donc ensuite danser
Sitôt, peignes-toi déjà la tête
Et viens donc ensuite danser




Couple de danseurs de La Pompadour, années '80 © Barban

Le composé est un personage central des tumbas francesas, il ou elle écrit les textes conformément aux codes de la tradition et les chantent en soliste. Autrefois il fallait improviser lors des controverses. On ne s'improvise pas composé, il faut avoir fait ses preuves et passer des étapes. Il faut aussi avoir la prestance et le paraître d'un personnage central de la fête. Une fois que le personnage aura obtenu l'apparence digne de la fonction centrale de composé, il pourra venir danser (“bailar” dans la version de Santiago) ou chanter (“cantar” dans la version de Guantanamo) le dernier cas étant  conforme à la fonction de chanteur soliste – outre d'auteur/compositeur – du composé. Peut-être le sens de la version de Santiago est que même ainsi ce ne sera toujours pas suffisant pour prétendre à être composé!

Bel vasay mue
(Mes fidèles vassaux)
Compositrice:  Ernestina Lamot Vegué, société La Pompadour, Guantánamo.
Chant de mason

Introduction de soirée, chant de bienvenue.

son Lien audio Bel vasay mue (Amado Gonzales Duruthy & La Pompadour)

Le texte suivant met en résonnance la qualité vestimentaire nécessaire aux danses de figure de la tumba francesa et la promenade où on se montre à son avantage avec un souci d'élégance et de bonne apparence, comme en témoigne le détail aujourd'hui bien désuet de la montre à gousset. Il commence par des civilités où il n'est pas indifférent d'employer des mots français, signe de bonne éducation. On retrouve ce thème de la bienséance plus loin dans un autre chant de bienvenue : “Mue rive yo di la” et son “bonsoir”.

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mesa mi
           
Bonsoa
Cuman uye?
           
Bien
U contan?
           
Ui
Nu pral feyo bel mason
Con nu tu danse
Pu nu tu con vo que
U contan?
           
Ui
Bel vasay
mue nu pu ale promene
Bel vasay mue nu pu ale promene
Nou soti la monta bui
           
Nu pu ale promene
Nu pase por la cai cuman
           
Nu pu ale promene

Mes zanmis
                       Bonswa
Kouman ou ye?
                       Byen
Ou kontan?
                       Wi
Nou pral fè yon bèl mason
Kon nou tou danse
Pou nou tou konvoke
Ou kontan?
                       Wi
Bèl zanmi mwen nou pou ale pwomene
Bèl zanmi mwen nou pou ale pwonene
Nou sòti la mont a bou wi
                       Nou pou ale pwomene
Nou pase por
[83] la kay kouman
                       Nou pou ale pwomene

Mes amis
                       Bonsoir
Comment allez vous ?
                                   Bien
Etes vous contents ?
                                   Oui
Nous allons faire un beau mason
[84]
Comme nous tous danser
Pour nous tous convoqués
Etes vous contents ?
                                   Oui
Mes vassaux
[85] nous nous en allons promener
Mes vassaux nous nous en allons promener
Nous avons sorti la montre à gousset
[86]
                               Pour s'en aller nous promener
Nous passerons par la maison comment?
                              
En allant nous promener




Cucú, composé de Guantanamo
Emeregildo Videaux "Cucú", composé de Guantanamo


Sur la même mélodie que le texte précédent, le composé nous conte ici son envie de voyager. Il est fréquent que la même mélodie serve à plusieurs textes, surtout s'il s'agit d'inventer sur le moment. L'usage de l'espagnol renforce l'idée que le composé puise dans une série de phrases préparées dont il définit l'ordre au dernier moment. Cet exercice proche de l'improvisation nécessite une parfaite connaissance de la langue, il sera plus aisé de le réaliser dans la langue la plus usuelle.

Mañana me voy (Demain je m'en vais)

Compositeur : Juan Gualberto Vichi Gibert « Bebé » (né en 1918), société La Pompadour, Guantanamo
Chant de mason

son Lien audio Mañana me voy

Castillan

Français

Bien temprano mañana yo me voy
Ay tempranito mañana yo me voy
Yo me voy pa' Nicaragua
Mañana yo me voy
Ay por la mañana temprano

Mañana yo me voy
Eh, yo me voy para Tiragüa

Mañana yo me voy
Mañana yo voy pa' Francia
Mañana yo me voy
Ay yo me voy pa' La Habana
Mañana yo me voy
Yo me voy para Matanza
Mañana yo me voy
Yo me voy para Baracoa
Mañana yo me voy

De bonne heure demain je m'en vais
De très bonne heure demain je m'en vais
Je m'en vais pour le Nicaragua
Demain je m'en vais
Demain matin de bonne heure
Demain je m'en vais
Hé, je m'en vais pour Tiragua
Demain je m'en vais
Demain je pars pour la France
Demain je m'en vais
Je m'en vais pour La Havane
Demain je m'en vais
Je m'en vais pour Matanzas
Demain je m'en vais
Je m'en vais pour Baracoa
Demain je m'en vais


Guantanamo années '70
Société La Pompadour, Guantanamo, années '70. DR


Chant de début de soirée, après la présentation de la cour[87] au public et les politesses d'usage.

Mesami o ay fet pe cumanse[88] (Le spectacle peut commencer)
Compositrice: Ernestina Lamot Vegué, société La Pompadour, Guantanamo.
Chant de mason

son Lien audio Mesami o ay fet pe cumance (Amado Gonzales Duruthy & La Pompadour)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mesa mi o ay fet pe cumanse
Mesa mi o ay spectac pe cumanse
Ay fet pe cuman se
Mesa mi a nu danse

Mes zanmis o ay fèt pe kòmanse
Mes zanmis o ay fèt pe kòmanse
Ay fèt pè kòmanse
Mes zanmis a nou danse

Ô mes amis, ah, la fête peut commencer
Ô mes amis, ah, la fête peut commencer
Ah, la fête peut commencer
Mes amis à nous de danser



Ponpadou
(Pompadour)
Compositeur:
Emiliano Castillo Guzmán (Chichi). Société La Pompadour, Guantanamo

son Lien audio Ponpadou (Emiliano Castillo Guzman)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Tumba France Ponpadou
Ponpadou na France
Ponpadou na Afrik
Ponpadou na Cuba
Ponpadou na Ayití
Nou tou isit
Nou selebre li
Nan sosyete nou
Pun pun pata
Pun pun pata pata
Mason ki poute
Li nanke nou
Yuba ki tou you
Na nan la vie nou
Frente ki rete
Nan pie nou
Mesie ki danse 
Vole pouse
Premier ki bat tanbou
Pru pru pra pra
Putun pata pata pata
Tumba France Ponpadou
Santa Catalina da Ricci

Tumba France Ponpadou
Ponpadou nan France
Ponpadou nan Afrik
Ponpadou nan Cuba
Ponpadou nan Ayití
Nou tou isit
Nou selebre li
Nan sosyete nou
Pun pun pata
Pun pun pata pata
Mason ki pou ou te
Li nan ke nou
Youba ki tou youn
Nan la vi e nou
Frente ki rete
Nan pye nou
Mesie ki danse 
Vole pouse
Premie ki bat tanbou
Pru pru pra pra
Putun pata pata pata
Tumba France Ponpadou
Santa Catalina da Ricci

Tumba Francesa Pompadour
Pompadour de France
Pompadour d' Afrique
Pompadour de Cuba
Pompadour d' Haïti
Nous sommes tous ici
Nous allons la célebrer
Dans notre société
Pun pun pata
Pun pun pata pata
Le mason est pour vous
Il est dans notre coeur
Le yuba qui est un tout
Dans notre vie
Le frente qui nous habite
Jusque dans nos pieds
Monsieur qui danse 
Vole, pousse
Le premier
[89] qui bat le tambour
Pru pru pra pra
Putun pata pata pata
Tumba Francesa Pompadour
Santa Catalina da Ricci



Andrea Quiala Venet
Andrea Quiala Venet, présidente de La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba, 2009 © D.Mirabeau

Le texte suivant dicte les règles de bienséance en société, où l'incompréhension de la langue ne doit pas être un frein à la politesse.

Mue rive yo di la (Il m'arrive de dire)
Compositeur: Luis Garzón[90]. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de mason

son Lien audio Mue rive yo di la (Andrea Quiala Venet)
son Lien audio Mue rive yo di la (Andrea Quiala Venet & La Caridad)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue rive yo di la
Pu mue saluda vasallos mue
Va sa ya mue bonsoa
Si nu pa comprend
Que parol mafe
Pale nu la
Respondan
Digan bonsoa


Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lo lo lo, yo lo lo lo
Yo lo la

Mwen rive yo di la
Pou mwen salwe vasal yo mwen
Va eseye mwen bonswa
Si ou pa konprann
Ke pawòl m'ap fe
Pale m'ou la
W'lès ponn dan
M' di gan bonswa

Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lo lo lo, yo lo lo lo
Yo lolo la

Il m'arrive de dire
Pour saluer mes sujets
[91]
D'essayer “bonsoir”
Si vous ne comprenez pas
Que ce je vous dis
Pour m'adresser à vous
Permettez-moi d'insister
De vous dire un grand “bonsoir”

Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lo lo lo, yo lo lo lo, yo lo lo
Yo lolo la


Compagnie Babul
Babul, Guantanamo, 2017 © L. Escalona Furones

Dans la même veine que le chant précédent, où les salutations —expression d'une valeur des sociétés de tumba francesa : la civilité—  sont la base des bonnes relations.

Buenos dias como estas?
(Bonjour comment allez-vous?)
Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babúl, Guantanamo
Chant de mason

 
son Lien audio Buenos dias como estas? (Orlando Aramis)

Espagnol (Cuba)

Français

Ay compañeros
Buenos dias como estan ?
Ay compañeros
Buenos dias como estan ?
La tradicion de mi pueblo
Buenos dias como estan ?
Tradición guantanamera
Buenos dias y como estan ?

Hé,mes amis
Bonjour comment allez-vous?
Hé, mes amis
Bonjour comment allez-vous?
La tradition dans mon village
Bonjour comment allez-vous?
De tradition à Guantanamo
(Je te dis) bonjour et comment allez-vous ?



Estrellas campesinas
Groupe de changüi Estrellas Campesinas, Guantanamo, années '90. DR

La mélodie de la chanson suivante est un patron qui est souvent utilisé par les composé pour leurs créations[92]. Le sujet ici est la fête de changüi, l'un des genres musicaux les plus populaires à Guantanamo. La connivence entre le composé et les joueurs de changüi s'explique également par des relations de voisinages. En effet, la Casa del Changüi se situe en face du foyer de La Caridad.

Compañeros cuando yo sale de aqui
(Compagnon quand je sortirais d'ici)
Compositeur : inconnu. Societe La Pompadour, Guantanamo
Chant de mason

 
son Lien audio Compañeros cuando yo sale de aqui (Société La Pompadour)

Espagnol (Cuba)

Français

Compañeros cuando yo sale de aqui
Compañeros cuando yo sale de aqui
Yo me voy con los muchachos
          Pa' la peña del changüi
Ay, yo me voy con toda la gente
         Pa' la peña del changüi
Me lleva Nin y Mendoza
         Pa' la peña del changüi
Llleva Nino Marimba
         Pa' la peña del changüi
Yo me voy con el Tabera
         Pa' la peña del changüi

Mes amis quand je sortirai d'ici
Mes amis quand je sortirai d'ici
Je m'en irai avec les petits
A la fête du changüi
Ah, je m'en irai avec vous tous
A la fête du changüi
J'amènerai Nin et Mendoza
A la fête du changüi
J'amènerai
Nino Marimba
A la fête du changüi
J'irai avec Tabera
A la fête du changüi


Préparation au frente

Préparation à la danse du frente, Bejuco 2013 © Aracelys Aviles Suarez

Les fêtes de la tumba francesa cherchent la precision chorégraphique et il est y est de la première importance de faire les bon choix de style (mason, yuba, frenté…) au moment adéquat. Et le fait d'être à Bejuco en pleine campagne n'y change rien!

Vye mama lape mande yuba
(L'ancienne nous demande un yuba)
Compositeur: Dioniso Lamot Robles[93]. Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Vye mama lape mande yuba (Elivania Lamot Robles)
son Lien audio Vye mama lape mande yuba 2 (Tumba francesa de Bejuco)

Patois cubain

Créole haïtien

Français

Vye mamá[94] la pe mande yuba
Yuba fam la
Mue yuba nom la
Mi mamá la pe mande yuba ae
O rua yo, mue mande yuba e e

Vièj manman nap' e mande youba
Youba fanm la
Mwen youba nonm la
Men manman li ape mand e youba ae
O wa yo mwen mande youba e e

L'ancienne nous demande un yuba
Un yuba pour les femmes
Mon yuba pour les hommes
La vieille nous demande un yuba
O ciel
[95], elle me demande un yuba, e eh!



La Pompadour par Céline Malarange

La Pompadour © Céline Malarange/Ritmacuba


On entre ici plus précisément dans le respect des codes et les exigences de présentation demandées aux aux participants des danses de figure avec leur dimension théâtrale, selon le rang et le rôle dévolu. Sous réserve de recherches ultérieures, on peut présumer d'une ancienneté particulière de ce chant.

Pu entre dan sosiete (Pour rentrer dans la société)
Auteur & compositeur inconnus, société de Bejuco
Chant de mason 

son Lien audio Pu entre dan sosiete (Tumba francesa de Bejuco)
son Lien audio Pu entre dan sosiete 2 (Tumba francesa de Bejuco)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Pu entre dan sosiete
Pu mande cote vasal
[96] layé
Pu entre dan sosiete

Pu mande cote vasal layé
Vasallo te prepare
Te prepare pu bien danse
Vasallo te prepare
Te prepare pu bien danse

A la madam a la madam e
A la mand a muo
A la madam a la mandam e
A la mandam ou o

Vasallo e te prepare
Te prepare pu bien danse
Vasallo e te prepare
Te prepare pu bien danse

Pou antre dan sosyete
Pou mande kote vasal a ye
Vasal yo te
[97] prepare
Te prepare pou byen dans e
A la madanm a la madanm e
A la amand a m'ou o
Vasal yo te prepare
Te prepare pou byen dans e

A la madanm a la madanm e
A la mand a muo
A la madanm a la mandanm e
A la mand a muo

Vasal yo te prepare
Te prepare pou byen dans e
Vasal yo te prepare
Te prepare pou byen dans e

Pour rentrer dans la société[98]
Pour demander à devenir un vassal
Pour rentrer dans la société
Pour demander à devenir un vassal
Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement
Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement

Ah là là Madame, ah là là Madame!
A l'amende ô je vous mets
Ah là là Madame, ah là là Madame!
A l'amende ô je vous mets

Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement
Les vassaux étaient préparés
Etaient préparés pour danser correctement


préparation à la fête

Elivania Lamot Lara (au centre) et les choristes de Bejuco en préparation vestimentaire pour la fête de tumba francesa © 2013 Aracelys Aviles

Les traditions doivent être respectées au sein de la société de tumba francesa. Toute innovation peut être vu comme un relâchement ou faute de goût.

Mue mande yo kouman a fe sa e (Je demande, comment font-ils cela?)
Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Mue mande yo kouman (Elivania Lamot Lara)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue mande yo cuman na fe sae
Mue mande yo cuman na fe sae
Ay mujeres que no tienen se so corporar
Mue mande yo cuman na fe sae
Pitit moun yo toca misik yo
Yo di m' consa
Yo baila sa gan gou yo
Pitit moun yo toca chacha
Yo di m' consa
Ay mujeres que no tienen se so corporar
Ay mue mande
Ay mujeres que no tienen se so corporar
Mue mande yo cuman na fe sae

Mwen mande yo kouman nan fe sa e
Mwen mande yo kouman nan fe sa e
Ay fanm ki pa genyen nanm nan kó
Mwen mande yo kouman nan fe sa e
Pitit moun yo jwe mysik yo
Yo di m' konsa
Yo danse sa k'nan gou.yo
Pitit moun yo jwe chacha
Yo di konsa
Ay fanm ki pa genyen nanm nan kó
Ay mwen mande
Ay fanm ki pa genyen nanm nan kó
Mwen mande yo kouman nan fe sa e

Je me demande, comment cela est-ce possible ?
Je me demande, comment cela est-ce possible ?
J'ai vu des femmes qui n'ont aucune âme[99]
Je me demande, comment cela est-ce possible ?
Leurs petits jouent leur musique
Je leur dis :

Hélas, comment peut-on danser comme cela ?
Leurs petits jouent les cha-cha
Je leur dis :
Hélas, ces femmes dansent sans âme
Je me demande
Hélas, ces femmes dansent sans âme
Je me demande, comment cela est-ce possible ?


Paraître à son avantage peut mener tout droit au chant de séduction où le séducteur ne se prive pas de jouer malicieusement avec les mots.

Maria Luisa[100]
Compositeur: inconnu. Transmis par Rafael Cisnero Lescay & Cutumba
Chant de mason

son Lien audio Maria Luisa (Rafael Cisnero Lescay)
son Lien audio Maria Luisa (Cutumba)

Espagnol (Cuba)

Français

Ay Maria Luisa pone en hora tu reloj
Ay Maria Luisa pone en hora tu reloj
Tu dices que son las una
                                              
Yo digo que son las dos
Maria Luisa hace una risa
                                              
Yo digo que son las dos

Eh, Marie Louise, mets donc ta montre à l'heure
Eh, Marie Louise, mets donc ta montre à l'heure
Tu dis qu'il est une heure
                                        Je te dis que deux heures ont sonnées
Marie Louise fais-moi un sourire
                                        Je te dis que deux heures ont sonnées

Emiliano Castillo

Emiliano Castillo Guzman années '90. DR


Ce chant témoigne des actuels évènements où les trois sociétés de tumba francesa[101] se réunissent pour faire la fête.

Gran Anivese
(Le grand anniversaire)
Compositeur & auteur: Emiliano Castillo Guzmán, société La Pompadour, Guantánamo

Chant de mason

Pas de lien audio

 

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Anne sa a
Nou sonje
Yon gran anivese
Sosiete nou
Anne sa a
Nou selebre li
                       Yon gran anivese
                       Sosyete nou
Nan Ponpadou
Vini vizite nou
Nan sosiete Bejuco
Nan La Caridad

Nan Ponpadou
Nou selebre li
                       Yon gran anivese
                       Sosyete nou
Nan monn kabri
Nou selebre li
                       Yon gran anivese
                       Sosyete nou

Ane sa la
Nou sonje
Yon gran anivèse
Sosyete nou
Ane sa la
Nou selebre li
                       Yon gran anivèse
                       Sosyete nou

Nan Ponpadou
Vini vizite nou
Nan sosyete Bejuco
Nan La Caridad

Nan Ponpadou
Nou selebre li
                       Yon gran anivèse
                       Sosyete nou

Nan monn kabrit
Nou selebre li
                       Yon gran anivèse
                       Sosyete nou

Cette année
Nous songeons
A un grand anniversaire
Pour notre société
Cette année
Nous allons la célebrer
                                   Un grand anniversaire
                                   Dans notre société

Dans la Pompadour
Venez faire une visite
Dans la sociéte de Bejuco
Dans la Caridad

Dans la Pompadour
Nous allons célebrer
                                   Un grand anniversaire
                                   Dans notre société

A la Loma del Chivo[102]
Nous allons faire la fête
                                   Un grand anniversaire
                                   Dans notre société



Andrea Quiala Venet 2012

Andrea Quiala Venet après une représentation de tumba francesa, 2012 © Daniel Chatelain/Ritmacuba

Dans cette chanson, Andrea Quiala Venet, la compositrice, nous raconte ses souvenirs familiaux. Elle cite des noms associés à d'anciennes exploitations caféicoles. Nous voyons ici que la tumba francesa a été un genre indissociable de la route du café, une manifestation culturelle pas uniquement implantée à proximité des zones urbaines. Il existait dans ces fêtes une véritable compétition entre les chanteurs solistes, tel que dans les controversias campesinas. Le texte suivant nous indique également des bribes d'un autre élément: le caractère véhiculaire de certains chants, servant à agrémenter le trajet pédestre du cortège se rendant à une fête de tumba francesa.

Salimos desde Palmar
Compositrice : Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet
Chant de mason

son Lien audio Salimos desde Palmar (Andrea Quiala Venet)

Castillan

Français

Salimos desde Palmar[103]
Entramos en la finca del Limonar[104]
Salimos desde Palmar
Entramos en la finca del Limonar

Amigos si yo le cuento
Lo que paso en este lugar
Los ruiseñores
Salieron cantando y yo me quedé
Ver le sa da
Ese es un pajo que canta bonito
Ese es un pajo que canta bonito

Amigos si yo le cuento
Lo que paso en el lugar
Salieron cantando y yo me quedé
Ver le sa da

Le, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola
Ole, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola

Nous sortions depuis Palmar
Pour entrer dans la ferme de Limonar
Nous sortions depuis Palmar
Pour entrer dans la ferme de Limonar

Mes amis, si je vous raconte
Ce qu'il se passa dans cet endroit
Les rossignols[105]
Sont sortis en chantant et je me suis arrêté
Pour voir ce qu'ils donnaient
Ça c'est un oiseau qui chante bien
Ça c'est un oiseau qui chante bien

Mes amis, si je vous raconte
Ce qu'il se passa dans cet endroit
Ils sont sortis en chantant et je me suis arrêté
Pour voir ce qu'ils donnaient

Le, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola
Ole, ole, yo lele
Ole yo lo lele lole lola


Les trois sociétés de tumba francesa actuelles se réunissent de manière plus ou mois régulière, au gré de rencontres provoquées pour un festival, une étude ethnographique, la réalisation d'un documentaire. Ce sont, au dire de leurs membres, des moments très appréciés qui marquent l'ensemble des participants. Ces rencontres donnent parfois l'occasion de créer des chansons pour la circonstance.

Sosyete La Caridad
Compositrice : Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet
Chant de mason

son Lien audio Sosyete La Caridad (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Societe La Caridad
Ay nu tande sa nu pe ri
Societe La Caridad
Ay nu tande sa nu pe ri
Tralali tralala
Viva La Caridad

La union es buena
En todo y en cualquier lugar
Union fraternidad para esta sociedad
Viva La Caridad

Sosyete La Caridad
Ay nou tande sa nou pe ri
Sosyete La Caridad
Ay nou tande sa nou pe ri
Tralali tralala
Viva La Caridad

[106]La union es buena
En todo y en cualquier lugar
Union fraternidad para esta sociedad
Viva La Caridad

Société La Caridad
Ay, vous entendez comment cela nous met en joie?
Société La Caridad
Ay, vous entendez comment cela nous met en joie?
Tralali tralala
Vive La Caridad!

L'union est une bonne chose
Dans tout et quel que soit le lieu
Union et fraternité pour cette société
Vive La Caridad!



Deux reines, La Pompadour

Société La Pompadour. de gauche à droite: Freddy Martínez Brooks, Leonor Terry Dupuis, Ofelia Jarrosay, années 2000. DR


Le chant suivant est une variante sur le précédent.

Guantanamo el mana
Compositeur : inconnu.
Chant de mason

son Lien audio Guantanamo el mana (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Societe Guantánamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nu
Societe Guantánamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nu
Tralali, tralala
Guantánamo el maná[107]
La union es buena en todo
Y en cualquier lugar
Union felicidad para las dos sociedad
Guantánamo el maná

Sosyete Guantanamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nou
Sosyete Guantanamo
Ay m'ou tande, sa n'a pedi nou
Tralali, tralala
Guantanamo el mana
La union es buena en todo
Y en cualquier lugar
Union felicidad para las dos sociedad
Guantánamo el maná

Société de Guantanamo
Hé, écoutez ce que nous avons à dire
Société de Guantanamo
Hé, écoutez ce que nous avons à vous dire
Tralali, tralala
Guantanamo le « mana »
L'union en toujours une bonne chose
Et où que ce soit
Union et joie pour les deux sociétés
Guantanamo le « mana »


Si on suivait l'avis de la famille Venet Danger, ce chant étant de tahona et non de tumba francesa, ne devrait pas figurer ici. En même temps cette famille a fait un travail de récupération de la tradition de la tahona et présente celle-ci dans son local, avec entre autres la danse de la cinta. Bien sûr cette récupération ne doit rien au hasard, les danses de salons de la tumba francesa et les déambulations de tahona provenant de la même communauté, avec les mêmes caractéristiques linguistiques. Il n'y a ni tahona ni cinta dans les tumbas francesa de Guantanamo & Bejuco.

Adios mis amigos (Adieu mes amis)
Compositeur: José Rufino Venet.
Chant de tahona

son Lien audio Adios mis amigos (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Espagnol (Cuba)

Français

Adios mis amigos
Ya no'vamo' a retirar
Adios mis amigos
Ya no'vamo' a retirar
Hasta el año venidero
Que no'vuelve a encontrar
El año que viene
Si no hay novedad
Nou reuniré mi tumberos
Volveremos por acá

Adieu mes amis
Maintenant nous allons nous retirer
Adieu mes amis
Maintenant nous allons nous retirer
Jusqu'à l'année à venir
Nous reviendrons pour la rencontre
L'année prochaine
Si il n'y a pas de nouvelles
[108]
Nous réunirons nos tambourinaires
Et reviendrons par ici


Là où il est encore question de la danse de la cinta, originaire des groupes itinérant de tahona. La Caridad l'a intégré à son répertoire, en évitant par cela la disparition du genre. L'auteure préfère le castillan au créole pour que la chanson soit entendue par le plus grand nombre.


Danse de la cinta

Danse de la Cinta, La Caridad, Santiago de Cuba © René Silveira


Ven mi morena
Compositrice : Andrea Quiala Venet , société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet

Chant de tahona

son Lien audio Ven mi morena 1 Andrea Quiala Venet solo (documentaire d'Olaf Geisler 2016)
son Lien audio Ven mi morena 2 Andrea Quiala Venet avec La Caridad de Oriente (2006)


Castillan

Français

Ven mi morena nos vamos a bailar
Ven mi morena nos vamos a gozar
Morena si quieres ir a bailar
Que ya la rumba va a comenzar, oyé !
Trajemos la cinta[109] para tejer
Hacemos un toune[110] para pasar
Morena si quieres ir a bailar
Que ya la rumba[111] va a comenzar, oyé !

Viens ma métisse nous allons danser
Viens ma métisse nous allons nous faire plaisir
Métisse si tu veux aller danser
C'est maintenant, la rumba va commencer !
Nous portons le mât à rubans pour tresser
Nous faisons des tours pour passer
Métisse si tu veux aller danser
C'est maintenant, la rumba va commencer !

tambourinaires de La Pompadour '70

Tambourinaires de La Pompadour, années 70: Emeregildo Videau Cucú (tamborita), Chicote (cata), Ibrahim Baqué, Mandinga, Sayou (tumbas)


Chant d'ironie amère sur le manque de réprocité. Si vous utilisez tous mes talents êtes-vous prêts à m'écouter quand c'est moi qui ai des besoins. Le composé ne se prive pas au passage de faire étalage de ses nombreuses capacités ! Une critique de ceux qui oublient le caractère d'entr'aide des sociétés de tumba.

Se mue
(C'est moi)
Compositeur: Pelayo Terry, société La Pompadour, Guantánamo. Transcrit par Elisa Tamamés[112].
Chant de yuba


Pas de lien audio

Créole cubain

Français

Al falta de un catayé
Se mué
Al falta de un tocador
Se mué
Al falta de un bulayé
Se mué
Al falta de un buen cantor
Se mué
Ma pe luchà a ve yo
No me quieren ver

S'il manque un catayé[113]
C'est moi
S'il manque un soliste
C'est moi
S'il manque un bulayé[114]
C'est moi
S'il manque un bon chanteur
C'est moi
Mais quand c'est moi qui ai des problèmes
Les mêmes ne veulent pas me voir


Le nom de cette partie rythmique de la yuba (yuba cobrero) parait intimement lié avec le sens du texte ci-dessous.
Cobrero est un cubanisme désignant une personne apte à prêter de l'argent, ou usurier. Pour aller à la fête de la tumba ce participant demande à l'usurier de lui prêter de l'argent pour pouvoir tenir son rang pour avoir par exemple un costume de bon niveau.

Après la Révolution, cette question n'a plus été posée dans les mêmes termes, la pratique fut d'avoir des costumes fabriqués à partir de tissus délivré par les instances culturelles municipales, à l'instar par exemple des groupes de carnaval.

Mue pale balinche
(Je ne vais pas au bal l'air riche)
Ballet Folklorico Cutumba, Santiago de Cuba
Partie cobrero de la yuba

son Lien audio Mue Pale balinche (Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue pale balinche
Mue pale balinche
Mue pale balinche
Ay ye ki ye de mue
Ye ye ye
Ye ye ye
 Ay ye ki ye de mue

Mwen pa ale an bal rich è
Mwen pa ale an bal rich è
Mwen pa ale an bal rich è
Ay ye li kriye èd mwen
Ye ye ye
Ye ye ye
Ay ye li kriye èd mwen

Je ne vais pas au bal l'air riche
Je ne vais pas au bal l'air riche
Je ne vais pas au bal l'air riche
Hélas, il le supplie “aides-moi”
Hélas, hélas, hélas
Hélas, hélas, hélas
Hélas, il le supplie “aides-moi”


La chanson suivante est une variante sur le texte et la mélodie de la précédente. Aucun élément ne nous permet de définir laquelle serait à l'origine de l'autre. Andrea Quiala Venet nous donne sa signification ce court chant en disant: “Le chanteur dit qu'il va enlever les mauvaises herbes de son chemin”. Il faut le prendre au sens figuré, car l'aide de Dieu est sollicitée. Peut être faut-il comprendre le texte sous l'angle du danseur soliste s'apprêtant à exécuter le frenté. Il se donne du courage et implore l'aide divine. La séquence du cobrero est courte et fait le lien entre le yuba, danse collective, et le frenté, danse individuelle et masculine. C'est donc au moment du cobrero que le danseur se prépare à réaliser sa performance, à se montrer le plus brillant possible dans le frenté.

Ma pua le balise
Compositeur : inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet
Partie cobrero de la yuba

son Lien audio Ma pua le balise(Andrea Quiala Venet)
son Lien audio Ma pua le balise (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ma pua le balise
Ma pua le balise
Ma pua le balise
Bondie valide mue
Lay la la la
Lay la la la
Lay la la la
Ay Bondie valide mue

M'ap pou ale balize
M'ap pou ale balize
M'ap pou ale balize
Bondye valide mwen
Lay la la la
Lay la la la
Lay la la la
Ay Bondye valide mwen

Je vais défricher
Je vais faire place nette
Je vais défricher
Dieu aidez-moi
Lay la la la
Lay la la la
Lay la la la
Ah Dieu aidez-moi!


L'indifférence où se trouve plongée une reine vieillissante et sa rancoeur face à ce manque de reconnaissance

Mue mande cote secret mua ye
(Je me demande où est passé mon secret d'hier)
Compositeur : inconnu
Chant de mason

son Lien audio Mue mande cote secret (Andrea Quiala Venet & La Caridad)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue mande
Cote secret a mua ye
Ay mue pa ue li
Mue mande
Cote secret a mua ye
Ay pa ue li

Pale la ba vasay mue
Li gañe pa la indiferans o
Pa la se mal so mue
Pale se manton pa di u conte
Dire li a
Yo lolo lole lole
Yo lolo lole lole
Yo le lola

Mwen mande
Kote sekrè a mwen aye
Ay mwen pa wè li
Mwen mande
Kote sekrèt a mwa ye
Ay mwen pa wè li

Pale laba bèl vasay mwen
Li ganye pa la indiferans o
Pa la se mal so mwen
Pale se m'antan pa di ou konte
Dire li a
Yo lolo lole lole
Yo lolo lole lole
Yo le lola

Je me demande
Où est mon secret de jadis
Ah, ils ne me voient pas
Je me demande
Où sont est passé mon secret de jadis
Ah, ils ne me voient pas

Je parle à nos chers vassaux[115]
Ils m'ignorent
Quel mauvais sort s'est abattu sur moi?
Je leur parle ils ne m'entendent pas, je vous le dis
Dites leur!
Yo lolo lole lole
Yo lolo lole lole
Yo le lola


La notion d'argent est souvent présente dans le champ sémantique de la séquence du cobrero. L'utilisation de ce mot est aussi lié au rapport entre l'emprunteur et l'usurier .

Mamarracho
(Fêtard)
Compositeur : inconnu.Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babul, Guantanamo
Chant de cobrero

son Lien audio Mamarracho (Orlando Aramis Brugal Suarez)

Créole cubain

Français

Mamarracho[116] paga tua pa mue
O mamarracho paga tua pa mue
Paga tua pa mue
Paga tua pa mue
Tonbe lajan

Fêtard, paies pour moi
Allez fêtard, paies pour moi
Paies pour moi
Paies pour moi
Lâches tes sous


Les ravages d'un abus de fête. Un maquillage outrancier peut être démasqué à la faveur de la lune.

Ay Caridad (Oh, Caridad!)
Compositeur : inconnu.Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babul, Guantanamo
Chant de cobrero

son Lien audio Ay Caridad (Orlando Aramis Brugal Suarez)

Créole cubain

Français

Ay Caridad
Ay ay Caridad
Fe tua atension la luna si te das
Ay Caridad
Fe tua atension la luna si te das
Mamarranión tu estas pintón
Ye ye ye ye ye ye ye
Ay Caridad

Oh, Caridad!
Oh là, Caridad!
Fais attention si la lune t'éclaire
Oh, Caridad!
Fais attention si la lune t'éclaire
Fêtarde, tu es bien fardée
Houla houla houla la
Oh, Caridad!


Tambour de La Caridad

Tumba de La Caridad (détail), Santiago de Cuba, 2017

4.2.2 PIQUES ET COMPÉTITIONS ENTRE LES CHANTEURS

Les chants suivant parlent du rôle tenu par le composé dans la société de tumba francesa. Quel que soit l'évènement public, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'une rencontre avec une autre société, il faut être le meilleur chanteur possible. Défi et compétition dans les séquences de controverses improvisées ont aujourd'hui disparus. Cette attitude entre les chanteurs est similaire dans le regina du changüi et d'autres genres du folklore afro-cubain (rumba columbia).

Au temps de l'esclavage, le goût de la puya a conduit au risque du châtiment corporel pour l'avoir osé. Un exemple est donné dans le roman d'Emilio Via Crucis avec un chant d'une fête de plantation de café, moquant le goût des Blancs pour les esclaves noires, qui n'usent de leur légitime que « comme oreiller » (cf 4.3.)

Par le passé ce type de chant a probablement été le plus nombreux. Il supposait un nombre suffisant de composés masculins potentiellement rivaux, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Ces chants se multipliaient naturellement : une satire entraînait une réponse, et ainsi de suite. Leur caractère étant par nature éphémère, peu ont été conservés par la tradition, à moins que la joute fût  effectivement… mémorable.

Encore, dans les années '50 du XXe siècle, il n'y a aucun composé femme dans le collectage d'Elisa Tamames. Il en ira différemment à l'époque de l'ouvrage d'O. Alén dans les années '70.

A la fin du processus domine un petit nombre de composés, en particulier femmes, « sauveuses de mémoires » et on ne relève pas de nouveau chant de « puya ».

Le composé Nego

Nego, composé de la Pompadour et chanteuses du choeur, Guantanamo. DR

Le chant qui suit a connu plusieurs versions, relativement similaires de par la mélodie et le texte. La première version est vraisemblablement la plus ancienne et a été collecté par Olavo Alén[117]. Nous noterons les railleries et coup bas qui fusent dans ce combat de prose chantée.

Ey la Mangles o (Ô, hé là Mangles)
Compositrice: Andrea Herrera. Collecté par Olavo Alén[118]
Chant de frenté

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ey la Mangles o
Y chanté, chanté ambil o en
E ma la Mangles o
Y chanté, chanté ambi lo
Ele peru pa gañe puá
Tanbe ri deño
Ga lo le leño chante na pue ye

Ay la Mangles a ri o
Y chante, chanté ambil o e
U ma la Mangles o
Y sambre y chante ambil o
E le Teri pa gañe puá
Chanté ruiseñór
Cabá ruiseñór chanté na poyá e

Ey la Mangleso li vule
Y lai le la cai buchuá
Y chanté tan pié bambú
Pene pa la negué
Chante lui pene pa la ñegüá
Chanté ruiseñór
Chanté ruiseñór chante na poe ye

Ey la Mangles o
Y ou chante, chante anpil o byen
E m'a la Mangles o
Y chante, chante anpil o
E li pe rou[119] pa ganye pouwa
Tande ri deyè ou
Ga li o lele ni ou chante n'a peye

Ay la Mangles a ri o
Y chante, chante anpil o e
Ou mal la Mangles o
Y semb vre y chante anpil o
Elèv Teri pa ganye pouwa
Chante ruisenyo
Kaba ruiseyo chante ni a poya e

Ey la Mangles o li voule
Y lay lè la ka y bouch ou a
Y chante tan pye banbou
Pèn e pa la nèg e
Chante li pèn e pa la ni e gou a
Chante ruisenyo
Chante ruisenyo na pòv e ye

Ô, hé là Mangles[120]
Tu chantes beaucoup et bien
Ô, là mon Mangles
Tu chantes et chantes beaucoup
Tu peux te pavaner, tu ne gagneras pas le pouvoir
On entend des rires derrière toi
Votre gars il pleure, il ne chante pas, il ne se fera pas payer[121]

Ah Mangles ça rigole
Et toi de chanter et chanter
Tu es mal là, ô Mangles
Tu sembles vrai et chantes beaucoup
Elève de Terry[122], tu ne gagneras pas le pouvoir
A chanter comme un rossignol
C'est fini, le chant du rossignol, pauvre de toi
 
Ô, hé là Mangles, tu voulais....
Et lorsque comme toi on a la bouche qui sent l'ail
Et de chanter en haut d'un bambou[123]
Tu peines mon gars
Tu peines, et par là on n'a pas le goût à t'écouter
A chanter comme un rossignol
C'est fini, le chant du rossignol, pauvre de toi



Rafael Cisnero Lescay

Rafael Cisnero Lescay, chanteur soliste de Cutumba, 2011 © Elena Olivo

Cette deuxième version est celle encore pratiquée par les chanteurs actuels.

Ay dio Namangles o (Ô mon dieu, Namangles!)
Compositeur: inconnu.
Chant de yuba


son Lien audio Ay dio Namangles o (Berta Armiñan Linares)
son Lien audio Ay dio Namangles o (Maria Luisa Barrientos Garbey)
son Lien audio Ay dio Namangles o (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay dio Namangles o
Se vre u chante ampil güi Namangles
Ay dio Namangles o
Se vre u chante ampil güi Namangles
Ay meno paga ñe brua
Sambre ruiseñor
Ay meno paga ñe brua
Sambre ruiseñor
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Ay dio Namangles o, u bole
U campe nan fle bambu
U du bondie mesie mujua
Ay meno paga ñe brua
Sambre ruiseñor
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Ey Namangles
U chante ampil güi Namangles
Ey Namangles
U chante ampil güi Namangles
Meu pa capa shante sambre
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Namangles o
U monte ajo fle bambu
U di use mujua
Ruiseñor di
U pa mujua Namangles

Namangles o
U monte ajo pinote
U di use mujua
Ruiseñor di
U pa mujua Namangles

Se bien vre u shante ampil güi Namangles

Meu pa capa shante sambre
Llamé ruiseñor chante yo peyeli

Ay dios[124] Namangles o
Se vre chante anpil gou wi Namangles
Ay dios Namangles o
Se vre chante anpil gou wi Namangles
Ay menm o pa gagne vwa
Semb vre ruiseñor
Ay menm o pa gagne vwa
Semb vre ruiseñor
Jamè ruiseñor chante yo peye li

Ay dios Namangles o, ou bo lè
Ou kanpe nan flè banbou
Ou dou Bondye mesye nou wa
Ay menm o pa gagne vwa
Semb vre ruiseñor
Llame ruiseñor chante yo peye li

Ey Namangles
Ou chante anpil gou wi Namangles
Ey Namangles
Ou chante anpil gou wi Namangles
Men ou pa kapab chante sa m'vre
Jamè ruiseñor chante yo peye li

Ô Namangles
Ou monte anwo flè banbou
Ou di ou se nou wa
Ruiseñor di
Ou pa nou wa Namangles

Ô Namangles
Ou monte anwo pin o tè
Ou di ou se nou wa
Ruiseñor di
Ou pa nou wa Namangles

Se byen vre ou chante anpil gou wi
Namangles
Mèn ou pa kapab chante sa m'vre
Llame ruiseñor chante yo peye li

Ô grand Dieu, Namangles
C'est vrai que tu chantes bien, oui Namangles
Ô grand Dieu, Namangles
C'est vrai que tu chantes bien, oui Namangles
Ah, même haut tu ne gagnes pas en voix
Tu ressembles à un vrai rossignol
Ah, même haut tu ne gagnes pas en voix
Même s'il ressemble à un vrai rossignol
Jamais le chant du rossignol ils paieront

Ô grand Dieu, Namangles, que ton air est beau
Tu peux te poser sur une fleur de bambou
Toi gentil Dieu, Monsieur notre roi
Ah, même haut tu ne gagnes pas en voix
Tu ressembles à un vrai rossignol
Jamais le chant du rossignol ils paieront

Hé, Namangles
Tu chante bien certes, Namangles
Hé, Namangles
Tu chante bien certes, Namangles
Mais tu n'es pas capable de me le chanter vrai
Jamais le chant du rossignol ils paieront

Ô Namangles
Tu peux monter sur une fleur de bambou
Tu te dis notre roi
Le rossignol dit
Que tu n'es pas notre roi Namangles

Ô Namangles
Tu peux monter en haut d'un pin
Tu te dis notre roi
Le rossignol dit
Que tu n'es pas notre roi Namangles

C'est bien vrai que tu chantes finement Namangles

Mais tu n'es pas capable de me le chanter vrai
Jamais le chant du rossignol ils paieront



Le composé vante ici sa capacité d'endurance à chanter et sa réputation. Par sa vantardise, il cherche à affirmer son autorité face à d'éventuels concurrents. Il est également question d'argent demandé à une personne importante de l'assemblée, en mesure de pouvoir rémunérer sa future performance vocale.

Don Joaquin mi historia no tiene fin
(Sieur Joaquin, mon histoire est sans fin)
Compositeur: José Batalla[125]. Collecté par Elisa Tamames[126]
Chant de yuba


Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Don Joaquín
Mi historia no tiene fin
Vine tande mua chante
U va pelle mue

Don Joaquín
Mistuá mi li long
Don Joaquín
Munio pra mue
Yo valise mue
Yo secle mue
Yo pra mue
Yo llete mue si
Yo llete mue la ba
Mu tene campe
Dibu tance
Vie tande mue chante
U va pelle mua

Don Joaquin
Mi historia no tiene fin
Vini w tande mwa chante
Ou va pèye mwen

Don Joaquin
M'istwa mwen li long
Don Joaquin
Moun yo pran mwen
Yo valise mwen
Yo sekle mwen
Yo pran mwen
Yo jete mwen si
Yo jete mwen laba
M'ou toune kanpe
Di bout danse
Vi e tande mwen chante
Ou va pèye mwa

Sieur Joaquin
Mes histoires sont sans fin
Vous êtes venu m'écouter chanter
Allez-vous me les payer ?

Sieur Joaquin
Mes histoires sont nombreuses
Don Joaquin
Les gens me les ont prises
Ils les ont fait voyager
Ils les ont tondues
Ils me les ont prises
Ils les ont galvaudées par ici
Ils les ont galvaudée par là-bas
Je me suis retourné pour m'arrêter
Arrivait la danse
Vous m'avez vu et entendu chanter
Allez-vous me les payer ?


Zaida Rosa Vichi

Zaida Rosa Vichi, composé de La Pompadour, 2001 © Buda music

Les deux chansons qui suivent sont issues d'une même base dont nous n'avons pas avec certitude l'auteur, car beaucoup reprise et transformée par chaque interprètes.
Le premier texte est issu du chansonnier d'Emilio Castillo Guzman "Chichi" qui nous a été donné de consulter. Le fichier son que nous lui avons adjoint est très proche, ici interprété par Zaida Rosa Vichi Gibert (née en 1932) et La Pompadour.

Palmarito Cauto[127] (Palmarito Cauto)
Compositeur: Amado González Duruthy, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de yuba

son Lien audio Palmarito Cauto (Zaida Rosa Vichi Gibert)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

La ba Palmarito Cauto[128]

Conpose ki pe chante
La ba Palmarito Cauto
                     Se mue
Conpose ki vle
Konne mue
                      
Yo me doy a conocer
Yo jelen campeón de Oriente
                      
Se mue se
Ki comande

La ba Palmarito Cauto

Konpose ki pe chante
La ba Palmarito Cauto
                     Se mwen
Konpose ki vle
Konnen mwen
                      
Yo me doy a conocer
[129]
Yo jele chanpyon de Oriente
                      
Se mwen se
Ki komande

Là bas à Palmarito Cauto

Le composé qui peut chanter
Là bas à Palmarito Cauto
[130]
                       C'est moi
Composés qui voulez
Me connaître
                      Ils doivent le savoir
Ils pleurent le champion de l'Orient
[131]
                       C'est moi
Qui commande


Compose sa qui chante laba (Le composé qui peut chanter là-bas)
Compositeur: inconnu.
Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez, Conjunto Folklorico Babul, Guantanamo
Chant de mason

son Lien audio Compose sa qui chante (Orlando Aramis Brugal Suarez)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Compose sa qui chante laba
Santa Catalina Palmarito
Jusqua Pilon de Cauto[132]
            Se mue
Compose qui pa cone mue
           Yo me doy a conocer
Mue jele mue campeon de Oriente
            Se mue sel qui comande

Compose sa ki chante laba
Santa Catalina Palmarito
Jusqu'a Pilon de Cauto
Se mwen
Compose ki pa konnè mwen
Li ta dwe konnen mwen 
Mwen jele mwen champyon de Oriente
Se mwen sèl ki komande

Le composé qui peut chanter là-bas
De Santa Catalina Palmarito
Jusqu'à Pilon de Cauto
C'est moi !
Le composé qui n'a pas entendu parler de moi
Il se doit de me connaître
Je lui dis que je suis le champion d'Oriente
C'est moi seul qui peut commander

  

Pou ki nou jele mue (Pour quelle raison m'appellent-ils?)
Compositrice: Ernestina Lamot Vegué
, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de mason

Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi
Presidant yo pe jele mue
Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi

Presidant yo pe jele mue
M'pa kone si se pou chante
M'pa kone si se pou dance
Pou ki nou pjele mue
Mezanmi president
                       Pu ki nou pe jele mue
Ato pue
                       Pu ki nou pe jele mue

Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi
Prezidan yo pe jele
[133] mwen
Nan sosyete Ponpadou
Mezanmi

Prezidan yo pe jele mwen
M'pa konnen si se pou chante
M'pa konnen si se pou danse
Pou ki nou pe jele mwen
Mezanmi rezidan
            Pou ki nou pe jele mwen
At
ò pwen
            Pou ki nou pe jele mwen

Dans la société Pompadour
Mes amis
Leur président peut m'appeler
Dans la société Pompadour
Mes amis

Leur président peut m'appeler
Je ne sais pas si c'est pour chanter
Je ne sais pas si c'est pour danser
Pour quelle raison ils m'appellent
Mes amis résidents
[134]
            Pour quelle raison m'appellent ils?
Point à tort
            Pour quelle raison m'appellent i


Se acabo la chorizera[135] (La plaisanterie est finie)
Compositrice: Zaida Rosa Vichí. Transmis par Amado González Duruthy. Société La Pompadour, Guantanamo
Chant de yuba

son Lien audio Se acabo la chorizera (Amado Gonzales Duruthy)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Bon bo camarad
Se acab
ó la chorizera
Ese negro esta loco

Bon bo camarad
Se acabo la chorizera
Ese negro esta loco

Ey, yo di un contan
Mue pe chante avek ou
Mue pa konne
A ki le un pouvua al fin
Compo ki pe chante ave mue
Mue di pa cap fe 'l compose
Porque a lo bueno es loco

Bon bo kamarad
Se acabo la chorizera
Ese negro esta loco
[136]

Bon bo kamarad
Se acabo la chorizera
Ese negro esta loco

Eh, yo di mwen oun kontan
Mwen pe chante avek ou?
Li mwen pa konnen
A ki lè oun pouwa anfen
Kompose ki pe chant avek mwen
Mwen di pa kap fe li kompose
Porque a lo bueno es loco
[137]

Mon bon et beau camarade
Il n'y a plus de charcuterie
Ce gars est dingue
[138]

Mon bon et beau camarade
Il n'y a plus de charcuterie
Ce gars est dingue

Il me dit qu'il serait content
“Je peux chanter avec vous?”
[139]
Je ne le connais pas
A quelle heure pourra enfin
Chanter ce composé qui veut rivaliser avec moi
Je dis qu'il n'est pas capable de faire composé
Au mieux, il est dingue



Amado Gonzalez

Légende : Amado Gonzalez Durruthy, années '80. DR

A nou we band hipocrito
Compositeur: Amado González Duruthy, société La Pompadour, Guantanamo
Chant de yuba
 

son Lien audio A nou we (Amado Gonzales Duruthy)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

A nou we band hipocrito
Nou pe gade mue
Mue pe gade nou
A nou we band hipocrito
Nou pe gade mue
Mue pe gade nou
                                   Soley soti mue la
                                   Viene Guararré
                                   Se mue mem qui la

An nou wè band ipokrit o
Ou pe gade mwen
Mwen pe gade ou
An nou wè band hipocrito
Nou pe gade mwen
Mwen pe gade nou
                       Soley s
òti men la
                       Viene Guararé
                       Se mwen menm ki la

Nous voyons bien, ô bandes d'hypocrites
Vous pouvez me regarder
Je peux vous voir aussi
Nous voyons bien,
ô bandes d'hypocrites
Vous pouvez me regarder
Je peux vous voir aussi
        Le soleil est sorti maintenant
[140]
        Il vient Guararé
[141]
        C'est moi même qui suis là
[142]


Elivania Lamot
Dionisio Lamot Robles (composé),  Emergaldo Robles, Victoria (choeur). DR

Addie (Ma poule)
Composé: Humberto Tito Robles “Yuyó”.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de mason

son Lien audio Addie (Elivania Lamot Lara)
son Lien audio Addie (Société de Bejuco)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Addie[143] a mason a mue
Se mue mem qui rua yo
Addie a mason a mue
Se mue mem qui rua yo

Nu we s'tande ni un compo
Se mue mem qui brigadie
Se mue mem qui comando yo
Se mue mem qui rua yo
Ele mamá frenn
Addie mamá mason a mue

Se mue mem qui rua yo

Poul mwen mason a mwen
Se mwen menm ki wa yo
Adye a mason a mwen
Se mwen menm ki wa yo

Nou we s'tande ni youn kompo
Se mue mem qui brigadye
Se mue mem qui komand o yo
Se mwen menm ki wa yo
Ele manman frenn
Poul mwen manman mason a mwen
Se mwen menm ki wa yo

Ô ma poule, pour le mason
C'est moi même qui suis le roi
Ô ma poule, pour le mason
C'est moi même qui suis le roi
Vous voyez, il n'y a aucun chanteur
C'est moi le brigadier
Ô c'est moi qui les commande
C'est moi même qui suis le roi
Hola chérie, freines !
Ô ma poule chérie, pour le mason
C'est moi qui suis le roi

Frente années '70

Danse de frente. Avec Chichita, Pablo Arnaux (danseurs de dos), Calixto Cambrón (catá), Clara Terry (la reine, sur la droite), Guantanamo années '70 © Barbán


4.2.3 HOMMAGES AUX DÉFUNTS

La vie des Société se doit d'intégrer les défunts qui lui son chers. Les hommages aux personnes disparues ne sont pas loin de constituer un genre en soi. Voici des exemples avec les reines Clara Terry et Leonor Terry ou Elio Revé.

Les habitants de Guantanamo revendiquent le musicien Elio Revé (1930 -1997) comme l'un des leurs et d'autant plus Emilio Castillo qui a des liens de parentés étroits avec les Revé. Le changüi et la tumba francesa ont toujours évolué de pair, et même si les les uns ne jouent pas la musique des autres, ils sont voisins ou de famille et vivent dans le même milieu socio-culturel (une statue d'Elio Reve est d'ailleurs exposée dans la Casa del changüi faisant face au local de La Pompadour). De plus Elio Revé avait été tambuyé (joueur de tambour) dans la tumba francesa avant de devenir timbalero (d'où certaines particularités de son jeu aux timbalès)…

Elio Revé
(Elio Revé)
Composé: Emiliano Castillo Guzmán, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de mason
Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Elio se rua changüí
Se met ou pa kap blye
Se mizisyen enpotan jame ou pa kap blye li
Nan monn kabrit
                      
Ou pa kap blye
Pove  Elio
                      
Ou pa kap blye
Elio Revé se fanmi mue
                      
Ou pa kap blye

Elio se rwa changüí
Se mèt w pa kap blye
Se mizisyèn enpotan jamè nou pa kap blye li
Nan monn kabrit
                      
Ou pa kap blye
P
òv Elio
                      
Ou pa kap blye
Elio Revé se fanmi mwen
                      
Ou pa kap blye

Elio c'est le roi du changüi
C'est le maître que vous n'êtes pas prêt d'oublier
C'est le musicien important que jamais nous ne pourrons oublier
A la Loma del Chivo
[144]
                       Vous n'êtes pas prêt d'oublier
Le pauvre Elio
                       Vous n'êtes pas prêt de l'oublier
Elio Revé, c'est ma famille
                       Vous n'êtes pas prêt de l'oublier

Elio Revé

Elio Revé (1930 -1997). DR

Il est courant à l'époque moderne que les chants aux disparus soient en castillan, le but recherché étant d'être compréhensible par le plus grand nombre, non pas seulement par les locuteurs de patuá de la société[145]. Clara Terry Dupuy (1908-2007) fut l'une des reines et composé de la Pompadour.

Clara Terry
(Clara Terry)
Composé: Ernestina Lamot Vegué, société La Pompadour, Guantánamo. Transmis par Emiliano Castillo Guzman
Chant de mason

Pas de lien audio

Espagnol (Cuba)

Français

Clara Terry tu voz no se oye mas
Clara Terry tu voz no se oye mas
Que dios te tenga en la gloria
Y te lleve a descansar
Compa
ñero le brindo la tradición
Compa
ñero le brindo la tradición
Tradición guantanamera, le brindo la tradición
Compañero le brindo mi tradición
Compañero le brindo mi tradición
Tradición guantanamera, le brindo la tradición
Compañero, quien no llegaba llego
Compañero, quien no llegaba llego
Llego quien no llegaba
Compañero, quien no llegaba llego
Compañero, quien no llegaba llego

Clara Terry ta voix en s'entend plus
Clara Terry ta voix en s'entend plus
Que Dieu te tienne dans sa gloire
Et t'amènes le repos
Un compagnon lui a offert la tradition
Un compagnon lui a offert la tradition
Une tradition de Guantanamo, je lui offre la tradition
Un compagnon lui a offert la tradition
Un compagnon lui a offert la tradition
Une tradition de Guantanamo, je lui offre la tradition
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé
Il est arrivé, celui qui n'arrivait pas
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé
Le compagnon, qui n'arrivait pas est arrivé


Leonor Terry Dupuy

Leonor Terry Dupuy © Dialnet


Ce texte fût chanté lors des funérailles de Leonor Terry Dupuy, le 28 octobre 2013 à Guantanamo. Leonor succéda à sa soeur Clara, comme reine de La Pompadour jusqu'en 2007. Elle y rentra comme danseuse en 1961, après avoir fait partie de la Carabali de Guantanamo. Au sujet de Leonor Terry, lire la monographie de Greysi Perez Martinez (cf. Bibliographie).

Leonor Terry (Leonor Terry)
Composé: Amado González Durruthy, société La Pompadour, Guantánamo. Collecté par Manuel Coca Izaguirre et cité dans sa thèse (cf. bibliographie)

Espagnol (Cuba) Français
Leonor Terry, no puede bailar masón
Leonor Terry, no puede bailar masón
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Leonor Terry, su voz no se oye más
Leonor Terry, su voz no se oye más
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Que Dios la tenga en la gloria
Y la lleve a descansar
Leonor Terry, on ne peut danser le mason
Leonor Terry, on ne peut danser le mason

Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)
Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)
Leonor Terry, sa voix ne s'entend plus
Leonor Terry, sa voix ne s'entend plus
Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)
Que Dieu la tienne dans sa gloire
Et la laisse reposer (en paix)


Dans cette création, l'auteure rend hommage aux défunts de sa famille : sa grand-mère (Yoya), sa mère (Melina) et sa tante (Tecla). Toutes trois ont jouées un rôle important dans la vie de la société Lafayette. Yoya a aussi été hommagée dans une chanson de l'album Para Yoya du pianiste disparu Alfredo Rodriguez, où on retrouve aussi son surnom familier (« Yoya, Yoyita… »).

M'ap jele Yoyi
Compositrice : Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente. Transmis par Andrea Quiala Venet
Chant de yuba
son Lien audio M'ap jele Yoyi (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

M'ap jele Yoyi[146]
Yoyi vini ede mue chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ede mue chante
La yuba mue
Mama, m'ap jele Yoyi u pa ue li

Mue le Melina li pa tande mue
Mue le Tecle[147] y pa respond mue
Mue le Melina li pa tande mue
Mue le Tecle y pa respond mue

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ede mue chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Vini ede mue chante
La yuba mue
Mama, m'ap jele Yoyi u pa ue li

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ède mwen chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ède mwen chante
La yuba mwen
Manman, m'ap jele Yoyi, ou pa wè li

Mwen lèd Melina li pa tande mwen
Mwen le Tecle y pa respond mwen
Mwen lèd Melina li pa tande mwen
Mwen l'èt klè y pa respond mwen

M'ap jele Yoyi
Yoyi vini ède mwen chante
Oye Yoyita

M'ap jele Yoyi
Vini ède mwen chante
La yuba mwen
Manman, m'ap jele Yoyi, ou pa wè li

J'appelles Yoyi
“Yoyi, viens m'aider à chanter”
Ohé, Yoyita?

J'appelle Yoyi
“Yoyi, viens m'aider à chanter
Mon yuba”
Maman, j'appelles Yoyi, ne l'as tu pas vu?

Je demande de l'aide à Melina qui ne m'entends pas
Je demande à Tecla, elle ne me répond pas
Je demande de l'aide à Melina qui ne m'entends pas
Je demande à Tecla, elle ne me répond pas

J'appelle Yoyi
“Yoyi, viens m'aider à chanter”
Ohé, Yoyita?

J'appelle Yoyi
“Yoyi, viens m'aider à chanter
Mon yuba”
Maman, j'appelle Yoyi, ne l'as tu pas vu?


Yoya Venet Danger

Yoya Venet Danger, 1993 © Daniel Chatelain


4.3 SITUATIONS DRAMATIQUES ET PEINTURE SOCIALE

Parfait exemple de créole cubain, du XIXe siècle, le fragment de chant de tumba francesa le plus anciennement transcrit est—en admettant son authenticité— une satire sociale. Périlleuse car visant un maître pouvant user de tous les droits sur sa "dotation". Mais d'autant moins contestable pour les offensé(e)s que parmi celle-la, il y avait souvent des descendants illégitimes du maître! Il a été publié par Emilio Bacardi Moreau, d'ascendance paternelle catalane et maternelle franco-dominguoise, longtemps maire de Santiago sous la jeune République et auteur de chroniques sur sa ville qui mettent entre autres en valeur l'héritage culturel des réfugiés de Saint-Domingue. Ceci dans un roman où les planteurs descendants de Français sont confrontés à la guerre d'indépendance cubaine, Via Crucis, paru en deux parties en 1910 & 1914. Il est inséré dans une page décrivant une fête de tumba francesa dans une plantation de café du temps de l'esclavage (traduction de la page dans D. Chatelain, 1996, p. 20).

Blan la yo (transcrit par Emilio Bacardi Moreau)

Créole cubain
Créole haïtien
Français
Blan la yo qui sorti en Frans, oh jelé...!
Yo pren madam yo servi sorelle!...
Pu yo caresé neguès...!
Blan la yo ki sòti nan Frans O jele
Yo pran Madanm yo servi zòrye
Pou yo karese nègès
Ces blancs qui viennent de France, il faut le dire!
Prennent leurs dames pour servir d'oreiller
Pour mieux caresser les négresses...

A la suite du chant, Bacardi Moreau écrit : "Et vibra dans l'espace la dernière syllabe, longue, prolongée, plaintive, haletante, comme un “ay! qui va se perdre dans les airs ; imprécation contre l'asservissement, protestation d'impuissance et plainte de rejeté de l'humanité. Ce chant, défoulement innocent et pathétique à la fois, se vengeait du maître par les paroles contenant l'idée qui blesse la race opprimée, accompagnant les notes de musique d'un chant de douleur infinie."

Cafetal Le Potosi
Caféière le Potosi, photo de 1863, actuelle province de Guantanamo. Appartenant à la famille de José Maria de Heredia Girard (le poète français) © Marie José "Pepita" Delrieu


De l'ingratitude des jeunes générations.

La jenes o (Ô, la jeunesse!)
Compositeur: José Caridad. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba.
Chant de mason

son Lien audio La jenes o (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

La jenes o
Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife

La jenes o
Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife o

Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife
Quite muale sime mue

Se intrus mue
La jenes qui mete mue la
Se intrus mue
La jenes qui mue te mue la
Ay la jenes qui mete mua bua dife
Yo cremua se m'bua dife
Quite muale sime mue

Lajenès o
Ay la jenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife

Lajenès o
Ay la jenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife o

Ay lajenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife
Kite mwen ale simityè mwen

Se intrus mwen
Lajenès ki mete mwa bwa dife
Se intrus mwe
La jenès ki mete mwa bwa dife
Ay lajenès ki mete mwa bwa dife
Yo kre mwa se m'bwa dife o
Kite mwa ale simityè mwe

Ô les jeunes
Ah les jeunes qui font de moi du petit bois
Ils croient que je ne vaut plus grand chose

Ah les jeunes
Ô les jeunes
Ils croient que je ne vaut plus grand chose

Ah ces jeunes qui font de moi du petit bois
Ils peuvent croire que je ne vaut plus grand chose
Laissez-moi mourir en paix

Ils me voient comme un intrus
Les jeunes qui font de moi du petit bois
Ils me voient comme un intrus
Les jeunes qui font de moi du petit bois
Ah ces jeunes qui ne me croient plus capable de rien
Ô ils font de moi du petit bois
Laissez-moi mourir en paix


Elivania Lamothe
Elivania Lamot Lara, 2014 © Aracelys Aviles Suarez

Délogé au milieu de la nuit, le propriétaire crie l'injustice dont il est victime. Un conflit de société rurale, comme l'est le village de Bejuco.

Bartolo

Compositeur: inconnu.Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de yuba

son Lien audio Bartolo (Elivania Lamot Lara)
son Lien audio Bartolo (Société de Bejuco)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay ma rele Bartolo
Fillol mue
Douvanjou Bondye maman
Meprise mue lakay li
Ay ma rele Bartolo
Fillol mue
Ay si mwen condane
Bondie qui conen
Macome para mue pu chen
Si mue achte terren mue
Se pou mue gade cabri mue
Pu mue gade muton mue
Pu mue gade cheval  mue

Ay m'a rele Bartolo
Fiyòl mwen
Douvanjou Bondye manman
Meprize mwen lakay li
Ay m'a rele Bartolo
Fiyòl mwen
Ay si mwen kondane
Bondye ki konnen
Makomé para mwen pou chen
Si mwen achte terrèn mwen
Se pou mwen gade kabrit mwen
Pou mwen gade mounton mwen
Pou mwen gade cheval mwen

Ay, j'appelle Bartolo
Mon filleul
Au milieu de la nuit, mon Dieu!
Je méprise votre maison
Ay, j'appelle Bartolo
Mon filleul
Si je suis condamné
Dieu seul le sait
Ma commère, ils me prennent pour un chien errant
Si j'ai acheté ce terrain pour moi
C'est pour que j'y élève mes chèvres
C'est pour que j'y élève mes moutons
C'est pour que j'y élève mes chevaux


Chant de satire sociale. Le moment délicat de payer l'adition autour d'une table. Le protagoniste incite une femme, qui croyait peut-être être galamment invitée, à partager les frais.

Mamá ue lele
(Maman, on a besoin d'aide!)
Compositeur : Luis Garzón Heredia.
Chant de prélude

son Lien audio Mamá ue Lele (Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ello mamá[148] ue le[149]
Si a la tu a mue
Si a la tu a mue
Yo mamá ue led le
Si a la tou la mue
Ay mamá mira a Changuito
Que cuenta vamo a dividir          
Que cuenta vamo a dividir
Sin la división no toco nada conformidades
Vamo a dividir

E yo manman wè l'èd
Si a la tou a mwen
Si a la tou a mwen
Yo manman wè l'èd le
Si a la tou la mwen
Ay manman mira
[150] Changuito
Que cuenta vamo a dividir
[151]
Que cuenta vamo a dividir
Sin la división no toco nada conformidades[152]
Vamo a dividir

Eh maman, on a besoin d'aide
Si là aussi c'est tout à moi
Si là aussi c'est tout à moi
Maman, c'est l'heure de nous aider
Si là aussi c'est tout à moi
Ah ma mère regarde Changuito
Quelle addition on va se partager
Quelle addition on va se partager
Sans le partage, cela ne va pas
Nous allons partager


Sur le même genre de situation, le moment de payer une addition salée et de la partager équitablement.

Que cuenta vamos a dividir (Quelle addition nous allons partager)
Compositeur: inconnu.
Chant de mason


son Lien audio Que cuenta vamo a dividir (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Espagnol (Cuba)

Français

Ey, vamo a dividir ya
Que cuenta vamo a dividir
Ey, vamo a dividir ya
Que cuenta vamo a dividir
Si la division no toco nada conformidad eh
Vamo a dividir

Hé, nous allons partager maintenant
Quelle addition nous allons nous partager
Hé, nous allons partager maintenant
Quelle addition nous allons nous partager
Oui, la division n'est pas tout à fait conforme, hé !
Nous allons partager



années '90
Société La Pompadour, Guantanamo. De gauche à droite: Ernestina Lamot (reina), Amado Gonzales Durruthy (composé), Virgen Aguilera (mayor de plaza), années 90. DR

Comme pour la chanson précédente, la beuverie et le rhum sont au centre des moqueries et saillies comiques du texte suivant.
Il s'agit ici d'une chanson où le narrateur est visiblement en état d'ébriété. Les deux versions audio nous montrent que selon les interprètes et les circonstances, le texte peut être adapté d'un mason à un yuba.


Asi na'ma' tradicionero (Il suffit, traître!)
Compositeur: Amado González Duruthy, société La Pompadour, Guantanamo
Chant de mason


son Lien audio Asi na ma (Amado González Duruthy)
son Lien audio Asi na ma (La Pompadour)

Créole cubain

Français

Asi na'ma' traicionero
Asi na' ma'
Asi na'ma' traicionero
Asi na' ma'
Mue pa fe gagne
Ou vle touye mue
Ou mete nan wanga tafiya
Pou mue mouri nou tande
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'

Oyelo
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'
                                   Asi na'ma' traicionero
                                   Asi na' ma'
Como es

Comme cela il suffit, traître
Comme cela il suffit
Comme cela il suffit, traître
Comme cela il suffit
Je ne vais pas te laisser m'avoir
Tu veux me tuer ?
As-tu mis des saloperies
[153] dans le rhum
Tu veux me faire mourir ou quoi?
                                   Comme cela il suffit, traître
                                   Comme cela il suffit
                                   Comme cela il suffit, traître
                                   Comme cela il suffit
Écoutes-bien!
                                   Comme cela il suffit, traître
                                   Comme cela il suffit
                                   Comme cela il suffit, traître

                                   Comme cela il suffit
Comment cela est



Un protagoniste dans l'indigence mendie sa pitance, sans trouver personne pour l'aider. Encore un chant qui reflète les tensions sociales.

Mue viv an anvian lemond (Je vis en enviant le monde)
Compositeur: inconnu.
Transmis par Elivania Lamot Lara, société de Bejuco
Chant de mason

Pas de lien audio

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue viv an anvian lemond
Compose tande mundo
Ou
pe chache yun boujua
Li pa trouve
Lu ale cote comesan an
Comesan di no
Ou ale kote sapantie 
Sapantie di non se pa pou ou
Mue viv an anvian lemond
Konpe ou tande
Ou pe chache yun boujua
Li pa trouve

Mwen renmen nan mond lan
Kompose tande m' mond lan
Ou pe chache youn boujwa
Li pa trouve
L'ou ale kote komèsan an
Komèsan n'di no
Ou ale kote bòs chapant
Bòs chapant di non se pa pou ou
Mwen renmen nan mond lan
Konplis ou tande
Ou pe chache youn boujwa
Li pa trouve

Je vis en enviant le monde
Composé entendez, le monde
Tu peux chercher un bourgeois
Tu ne le trouves pas
Vous allez là où il y a un commerçant
Le commerçant vous dit non
Vous allez au charpentier
Le charpentier dit: non c'est pas pour toi
Je vis en enviant le monde
Compère, tu entends?
Tu peux chercher un bourgeois
Tu ne le trouves pas


frente à La Caridad

Danse du frenté, Flavito à la danse, Argelis au premié, société La Caridad de Oriente, 2012, © D. Chatelain


De la solidité du ménage et des infidélités d'un mari.

Mue di no mue a fe comue pa we cle (Ma commère, dans cette affaire, j'ai rien vu venir!)
Compositeur : inconnu
Chant de prélude

son Lien audio Mue di no mue a fe comue pa we cle (Andrea Quiala Venet & La Caridad)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue di no mue a fe comue
Mue pa we cle
Mue tande, mun yoyo
Vle cuyene mue

Eh mue a fe comue
Mue pa we cle
Mue tande, mun yoyo
Vle cuye ne mue
Yo vle cuye neg gason me ya tu se
Mun yoyo[154] vle cuyene mue

Niu niu vendredi
Se pase mue tande fam la
Di li nom la
Clere comue
Gade pie mue
Ale leve mue mari mue lache me nu

Mwen di no mwen afè komè
Mue pa wè klè
Mwen tande moun yoyo
Vle kouyone mwen

E mwen afè komè
Mwen pa wè klè
Mwen tande moun yoyo
Vle kouyone mwen
Yo vle cuye nèg gazon men ya tu se
Moun yoyo vle kouyone mwen

Ni ou ni ou vandredi
Se pase mwen tande fanm la
Di li nonm la
Klèr e komè
Gade pye mwen
Ale leve mwen mari mwen lache me nou

Ma commère, dans cette affaire
Je n'ai rien vu venir
J'ai entendu que mon queutard de mari
Voulait me couilloner

Hé, ma commère, dans cette affaire
Je n'ai rien vu venir
J'ai entendu que mon queutard de mari
Voulait me couilloner
Il voulait me tromper ce nègre, tu sais
Mon queutard de mari voulait me couilloner

Ni un ni deux, vendredi
J'ai attendu cette femme là
Je lui est dis que cet homme
Clairement, ma commère
Regardes mon pied
Tu vas t'en prendre un coup si tu ne lâche pas mon mari



Le malheur de parents dont la fille s'est mariée à un marginal de mauvaises fréquentations. Elle a subi un mauvais sort.

Bondie José Miguel
(Bondieu José Miguel !)
Compositeur : Pelayo Terry.
Chant de yuba

son Lien audio Bondie Jose Miguel (Rafael Cisnero Lescay & Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Bondie José Miguel
Ue Helena ye
Tue touye tolere o inocente
Ay dio bondie
Bondie José Miguel
Ue Helena ye
Tue touye tolere o inocente

Ma pele Pedro imole
Ma pele mari cuente lo

Ay Bondie que libe o so
Que libe mue

Bondye José Miguel
Ou wè Helena yè
Tou wè tiye tolere ou inosant Ay dou Bondye
Bondye José Miguel
Ou wè Helena yè
Tou wè tiye tolere ou inosant e

M'ap elve pe dwòl ni mò le
M'ap elve mari kou antrene li o

Ay Bondye ke libere nou sò
Ke lib e mwen

Bondieu José Miguel
As-tu vu Hélène hier?
Tolères-tu toi aussi le meutre d'une innocente?
Hélas Bondieu!
Bondieu José Miguel
As-tu vu Hélène hier?
Tolères-tu toi aussi le meutre d'une innocente

Je crains qu'elle ne dise plus de drôleries
Je l'ai élevée, c'est les fréquentations de son mari qui l'ont entraînée

Oh Bondieu, libère nous de nos souffrances
Libérez-moi!


Il s'agit dans la chanson suivante de dénoncer un règlement de compte crapuleux. Sous un regard contemporain, le texte est polémique car il utilise un adjectif raciste pour parler de la cupidité de l'un des protagonistes. Andrea Quiala Venet a elle une version plus consensuelle de la même chanson (voir plus bas).

Ay, we israelitas
(Hélas, regarde ces juifs)
Compositeur: José Venet Danger. Chanteuse: Consuela Venet Danger
Chant de yuba
Enregistrement de 1979, Société Lafayette et Pompadour réunies, Guantanamo


son Lien audio Ay we israelitas (Consuela Venet Danger)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay we israelitas yo estaban chache
Lajan pou yo tuye muen

Larjan para que chelbe ou
Ay israelitas estaban chache
Larjan pou yo tuye muen                        

Larjan pa' kit a nu chelbe ou
Lajan sa nou fe chelbe
Ya tuye muen

Ay wè israelit a yo estaban[155] chache
Lajan pou yo touye mwen

Lajan para que[156] chèlbè ou
Ay wè israelit a yo estaban chache
Lajan pou yo touye mwen

Larjan pa' kit a nou chèlbè ou
Larjan pa' kit a nou chèlbè ou
Y a touye mwen

Hélas regarde, ces juifs[157] sont allés chercher
L'argent pour m'assassiner
[158]

L'argent pour que votre cher et beau
Hélas regarde, ces juifs sont allés chercher
L'argent pour m'assassiner

L'argent pour que nous quitte votre cher et beau
L'argent pour que nous quitte votre cher et beau
Ils vont me tuer!

Oye Israelita (Ecoutes, Israelita!)
Compositeur: José Venet Danger.
Version et graphie d'Andrea Quiala Venet (2010)

son Lien audio Oye Israelita (Andrea Quiala Venet)

Oye Israelita[159] yo tape chache larjan
Po ya touye mue
Larjan si u quite yo chembe u no
Oye Israelita yo tape chache larjan
Po ya touye mue
Larjan si u quite yo chembe
Pou yo touye mue


Les règlements de comptes, dénonciations et vols son fréquents dans les chansons de tumba francesa

Ou we lajan muen pedi (Voyez-vous, l'argent que j'ai perdu)
Auteur: Pablo Valier. Compositeur: Juan Gualberto Vichi[160]. Transmis par Emiliano Castillo Guzman, société La Pompadour, Guantánamo
Chant de yuba
Pas de fichier audio


Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ou we lajan muen pedi
Bandolero ki vodlo
Lajan mue
Se pou sa mpjele policía
                      
Policía sila
                       Pou yo chanbeli

Ou wè lajan mwen pèdi
Bandolero ki vol o
Lajan mwen
Se pou sa m'pe jele lapolis
                      
Lapolis si la
                       Pou yo chant bèl e

Voyez-vous l'argent que j'ai perdu
Ces bandits qui me l'ont volés
Mon argent
C'est pour cela que j'ai appelé la police
                       Oui, la police
                       Pour vous je chante ce bel air

 


Pablo Valier

Pablo Valier


Il y a une crainte obsessive des mauvaises langues dans les milieux populaires cubains, conjurées derrière les portes des maisons par des illustrations sans équivoques. Le récitant prend Dieu à témoin de la fausseté des accusations diffamantes d'alcoolisme faîtes à dessein pour le marginaliser et l'ostraciser.

Señor se klè (Seigneur, c'est clair!)
Compositeur & interprète : Pablo Valier, Société La Pompadour, Guantanamo
Enregistrement de 1976
[161]
Chant de yuba

son Lien audio Señor se klè (Pablo Valier & La Pompadour)

Créole haïtien

Français

Señor se klè
Di que moun di m'ke pale demèn
Mande yo que es eso?
Señor se klè
Di que moun di m'ke pale demèn
Mande que eso es?
Aprè yo wè l'èt Bondye
Pou Bondye padòne yo
Digalo
[162] pou mwen se tro tar
Konble la lotè'l

E ye ye ye ye
Ye moun ki ke moun ki la pitit m'
Ki pale akòz li pale mal ki pale alkòl imè m'
Pale a ou fanmi li
Ou pwe mete m' gan sousi isi
Catalina mi palabra le vea aca
[163]
Chache alkòl pale manti
Movè lavi kiye la vol kite
Se pou sa ou wè ke gwo dwòl ke kòm ou wè ke trennen kòm koulèv atè
Trime gan nou ofisyèl isi malediksyon men koule o ni ke bay a fol a li pale manti


Di que moun di m'ke pale demèn
Mande yo que es eso?
Di que moun di m'ke pale demèn
Mande yo que es eso?
Aprè yo wè l'èt e Bondye
Pou Bondye padòne yo
Digalo pou mwen se tro tar
Konble la m'otè li

Seigneur, c'est clair
Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais “qu'est ce que cela?”
Seigneur, c'est clair
Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais “qu'est ce c'est que cela?”
Après avoir vu comme ils sont Bondieu
Pour que le Bondieu les pardonne
Dis-leur que pour moi c'est trop tard
De ces auteurs, ras le bol

Eh, hélas hélas hélas,
Hélas les gens qui, ces gens qui sont les miens
Qui parlent à cause de, qui persiflent, qui parlent de mon état d'ébriété
Parlez-en maintenant devant l'assemblée
Vous pouvez me mettre dans de grands soucis
Catherine, mes paroles écoutes-les
Que je soit allé chercher de l'alcool est un mensonge
Mauvaise la vie qui est basée sur les larcins
Allez, tu le vois bien, c'est une belle connerie, tu vois bien que je me traine à terre comme une couleuvre
Je trime dur c'est sûr, je m'enfonce, si seulement cette folle retirait ses mensonges

Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais “qu'est ce que cela?”
Quoi qu'ils me disent à l'avenir
Je leur demanderais “qu'est ce que cela?”
 Après avoir vu comme ils sont, éh Bondieu,
Pour que le Bondieu les pardonne
Dis-leur que cela me semble trop tard
J'en ai ma claque de ces auteurs


La disgrâce et les rumeurs, maintenir sa réputation quelque soit ses moyens financiers est une préoccupation majeure dans les chansons afro-cubaines[164].

Pove bebecito
(Pauvre Petit!)
Compositeur: Juan Gualberto Vichí, société La Pompadour, Guantanamo
Chant de yuba

son Lien audio Pove bebecito (Amado Gonzales Duruthy)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Nou we pove bebecito
Na catia la li
Pgañe sami
Ki va prale pou li
La desgracia tombe
De je li
Mue va touye li
La degracia tombe
Deye li
                       Yo di cuchillo con el
Ou we la ba
An el charco del infierno
Tu nu fe sami mue
Pu yo pale
Malanjo mue
Yo te pa se consa a
Pa ti gañe nu Bondye
Ki ta sa pale pou mwen
                       Yo di cuchillo con el
La degracia tombe
Deye li
                      
Yo di cuchillo con el


Nou wè pòv bebe
Nan ka ti la li
Ti ga nye zanmi
Ki va prale pou li
La desgracia
[165] tonbe
Deyè li
Mwen va touye li
La degracia tonbe
Deyè li
            Yo di cuchillo con el
[166]
Ou wè la ba
An el charco del infierno
Tou nou fe m'zanmi mwen
Pou m' yo mal pale
Malandre
[167] mwen
Yo te pase konsa la
Pa ti ganye nou Bondye

Quita sa pale pou mwen
            Yo di cuchillos con el
[168]
La degracia tonbe
Deyè li
           
Yo di cuchillo con el

Vois-tu, petit
Dans ton cas ici
Tu n'as aucun amis
Qui va parler pour toi
Contre la disgrâce dans laquelle tu es tombé
Derrière, ils
Je vais les faire taire
[169]
La disgrâce dans laquelle tu es tombé
Derrière ils
                       Ils te plantent des couteaux dans le dos
Vois-tu là bas
En traversant les enfers
Mes amis, ils m'ont tout fait
Pour mal parler de toi
Mes malandrins
Ça s'est passé comme cela
Ces petits n'ont pas encore gagné le paradis
Qu'ils arrêtent de me parler
                       Ils te plantent des couteaux dans le dos
La disgrâce tombe
Derrière toi
                       Ils te plantent des couteaux dans le dos



We aye o (Voyez-vous, hier)
C
ompositeur: inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de mason

son Lien audio We aye o (Andrea Quiala Venet)
son Lien audio We aye o (Andrea Quiala Venet & La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

We aye o
Ay mua nube o llano
Cuman u ye ?
E y mue tande
Bay mue lague mamá
Mue tande a safar na sava
Pa mua nube
Cuman u ye
Bay mua nube
Cuman u ye
We aye o
Ay mua nube o llano
Cuman u ye ?

Wè ayè o
Ay mwen w vle o andeyò
[170]
Kouman ou ye
Ey mwen non tande
Bay mwen lage manman
Mwen tande a safar nan sa va
Pa mou a nou vle
Kouman niye
Pa mou a nou vle
Kouman niye
Wè ayè o
Ay mwen w vle o andeyò
Kouman niye

Vois-tu, hier
Hélas, j'aurais souhaité ta companie dans la campagne
Comment vas-tu ?
Je n'aurais pas cru
Que tu me laisse tomber, chérie
Je croyais que l'affaire était entendue
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?
Nous le voulions vraiment
Comment le nier ?
Vois-tu, hier
Hélas, j'aurais souhaité ta compagnie dans la campagne
Comment le nier ?


Tumberas

Tumberas de La Pompadour, années 2000


La jeunesse se contente de voir passer la conga et prendre du bon temps, mais il faut gagner sa vie et la solution du protagoniste est d'aller chercher des bœufs dans la région d'élevage de Camagüey. Ce chant serait antérieur à la Révolution (après laquelle le commerce de viande de bœuf est interdit). La question est posée d'une version antérieure en créole, étant donnée l'existence d'une version créole des derniers vers (voir la note de la fin du texte).

A la juventud vengan a ver
[171] (Ils viennent voir la jeunesse)
Compositeur: inconnu.

Chant de mason

son Lien audio A la juventud (Nancy Garcia Vinent & Galibata)
son Lien audio A la juventud (Cutumba)

Créole cubain

Français

(Introduction sans tambours)

A la juventud vengan a ver hombre
Vengan a ver
Que laso
[172] poy a poy[173] a de San Pedrito
Vengan a ver

(Chant accompagné)
E mamí que nos vamo'
[174]dako men mue
Mamí que nos vamo' dako men
[175] mue
Me voy para Camagüey a buscar los bueyes que estan allá
Ako mand o?

Ako mand o los bueyes de Camagüey
Ako mand o los bueyes de Camagüey
Yo voy para Camagüey a buscar los bueyes que estan allá
Ako mand o?
[176]

E nan mise la
Bua le bua le companion mue

E nan misè la
Bua le bua le companion mue
Me voy para Camagüey a buscar los bueyes que estan alla

(Introduction sans tambours)

La jeunesse ils viennent voir monsieur
Ils viennent voir
L'assaut de mes collègues de San Pedrito
[177].
Ils viennent voir

(Chant accompagné)
Eh chérie, nous allons nous mettre d'accord
Chérie, nous allons nous mettre d'accord
Je m'en vais à Camagüey chercher les boeufs qui sont là-bas
Ô j'ai ton accord?

Ô me donnes-tu ton accord pour les boeufs de Camagüey?
Ô me donnes-tu ton accord pour les boeufs de Camagüey?
Je m'en vais à Camagüey chercher les boeufs qui sont là-bas
Ô j'ai ton accord?

Eh, dans la misère
De la boire, de la boire, mon gars

Eh, dans la misère
De la boire, de la boire, mon gars
Je m'en vais à Camagüey chercher les boeufs qui sont là-bas
[178]


Le chant qui suit est très proche de l'un des paragraphes du précédent. La mise en regard des deux textes permet d'envisager les changements sémantiques induits par d'infimes variations de prononciation.

Coman do bueyes de Camagüey
(Comment faire pour les bœufs de Camagüey ?)
Compositeur: inconnu.Transmis par Berta Armiñan Linares, du Conjunto Folklorico de Oriente
Chant de mason


son Lien audio Coman do bueyes de Camagüey (Berta Armiñan Linares)
son Lien audio Coman do bueyes de Camagüey (Andrea Quiala Venet)
son Lien audio Coman do bueyes de Camagüey & tumba La Caridad

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Coman do bueyes de Camagüey
Coman do bueyes de Camagüey
Mue pa capa compañe mue
A bucar los bueyes que estan allá
Mue pa capa compañe mue
A bucar los bueyes que estan allá

E damisela
Bruale bruale compañe mue
E damisela
Bruale bruale compañe mue
Mue pa capa compañe mue
A bucar los bueyes que estan allá
Coman do

Kouman do bueyes de Camagüey
Kouman do bueyes de Camagüey
Mwen pa kapab akonpaye mwen
A buscar los bueyes que estan allá[179]
Mwen pa kapab akonpaye mwen
A buscar los bueyes que estan allá

E demwazèl a
Pou ale pou ale compañe mue
E demwazèl a
Pou ale pou ale compañe mue
Mwen pa kapab akonpaye mwen
A buscar los bueyes que estan allá
Kouman do

Comment faire pour les bœufs de Camagüey ?
Comment faire pour les bœufs de Camagüey ?
Serais-tu capable de m'accompagner
Pour aller chercher les bœufs qui sont là-bas ?
Serais-tu capable de m'accompagner
Pour aller chercher les bœufs qui sont là-bas ?

Hé ! Mademoiselle
Pour m'accompagner
Hé ! Mademoiselle
Pour m'accompagner
Serais-tu capable de m'accompagner
Pour aller chercher les bœufs qui sont là-bas ?
Comment faire ?


Une situation dramatique. Le malheur, l'abandon perfide par celle qu'on croyait la plus proche.

Mue contan (Je suis content)
Compositeur : inconnu.
Chant de mason

son Lien audio Mue contan (Société La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Mue contan
A la mue tande
Li a verla mue contan bien
A diab!
La verla mue contan
Ay mue tande la bel a mue
Contan tiye
O oy oy oy
Que la ve contan tiye
La bela mue contan
Qui pa delivre mue
La bela mue contan
Ye di mue Bondie

Mwen kontan
A la mwen tande
Li a ver
[180] mwen kontan byen
A dyab!
La ver la mwen kontan
Ay mwen tande la bèl a mwen
Kontan tiye'm
O woy woy woy
Ke la wè kontan tiye'm
La bèl a mwen kontan
Ki l'pa delivre mwen
La bèl a mwen kontan
Yo di mwen Bondye

Je suis content
De ce que j'ai entendu
Elle est satisfaite de me voir
Ah diable!
De la voir ici je me réjouissais
Hélas je l'ai entendu, ma belle
Serait satisfaite que je sois tué
Ô houla houla houla
Que vous la verriez satisfaite que je sois tué
Ma belle est contente
Qu'ils ne m'aient pas libéré
Ma belle est satisfaite
Je vous le dis, Bondieu


Le thème du chant suivant est proche de "Patriot mwen"[181], mais sans les mentions des esprits congos. Le texte n'explique pas pourquoi le narrateur a été atrappé ni par qui. Il parle des membres d'une communauté (vodouisant, de tumba francesa, ethnique) et leur supplie de payer, car sinon il sera assassiné[182].

P
adrino mue inocente (Ils m'ont cueillis, je suis innocent!)
Compositeur : inconnu.
Chant d'introduction à un mason

son Lien audio Padrino mue inocente (Cutumba)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Queyi padrino mue inocente
Ay dios ay dios keyi
Padrino mue inocente
Ay dios bondie mama mue
Me les lajan mua pe touye mue

Keyi yo m' padrino[183] mwen inosant
Ay dios
[184] ay dios keyi
Padrino mwen inosant
Ay dou Bondye manman mwen
Me lès lajan m'ou apè tiye mwen

Ils m'ont cueillis parrain, je suis innocent
Oh mon Dieu, oh mon Dieu, ils m'ont cueillis
Parrain, je suis innocent
Hélas sainte mère de Dieu
Mais laissez-moi l'argent, ou sinon ils me tueront[185]


Yo di mue contan
Compositeur : inconnu. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de yuba

son Lien audio Yo di mue contan (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Yo di mue contan
Mue pa capaz contan ay no
Mue pa capaz ri no
Yo di mue contan
Mue pa capaz contan ay no
Moun yo ape fe
Comedi pou mue ri
No mou vle ri
Nou ve se li ou kap
We laye mue

Yo di mwen kontan
Mwen pa kapa kontan ay no
Mwen pa kapa ri no
Yo di mwen kontan
Mwen pa kapa kontan ay no
Moun yo ape fe
Comedi pou mwen ri
Ou mou vle ri
Nou wè se li ou kap
W wè la ye mwen

Ils me croient content
Je ne peux l'être, hélas non
Je ne peux rire
Ils me croient content
Je ne peux l'être, hélas non
Ils essaient de faire
Des plaisanteries pour me faire rire
Vous voulez me voir rire un peu
Nous voyons ce que vous cherchez,
Mais regardez mes yeux
[186]

 


récolte de café par des esclaves

Récolte de café par des esclaves vers 1880. DR

Tout laisse supposer que les premiers chants de tumba francesa aient été composés dans les plantations de café et les premières danses ont évolué sur les installations spécifiques de celle-ci (séchoirs de plein air, salle à trier). Le lien historique entre la récolte de café et la tumba est revitalisé par ce chant.

An nou ranmase kafe
(Nous irons ramasser le café)
Auteure et compositrice: Ernestina Lamot Vegué, société de Bejuco
Chant de mason

son Lien audio An nou ramase kafe (Amado Gonzales Duruthy & La Pompadour)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Makonme mue
Apre demen nou prale
Makonme mue
Apre demen nou prale
                      
An nou ramase kafe
Apre denme nou prale si bondye vle                          An nou ramase kafe

Makomè mwen
Apre demen nou prale
Makomè mwen
Apre demen nou prale
                      
An nou ramase kafe
Apre demen nou prale si bondye vle
                      
An nou ramase kafe

Ma commère
Après demain nous irons
Ma commère
Après demain nous irons
                                   Ramasser le café
Après demain nous irons si Dieu le veut
                                   Ramasser le café


Ti arriba
Travail collectif sur un séchoir de café (Ti Arriba)

Les chants de cobrero sont caractéristiques dans leur concision. L'urgence de la situation décrite ci-dessous est en accord avec le cadre de ce genre.

Bondie socorrero (Bondieu, au secours)
Compositeur: Inconnu. Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez de Babul, Guantanamo.
Chant de cobrero

son Lien audio Bondie socorrero (Orlando Aramis)

Créole cubain

Français

On va apele lo socorrero
Bon ami yo
Bondie socorrero
On va apele lo socorrero
Bon ami yo
Bondie socorrero

On va appeler à l'aide
Mes bons amis
Bondieu, au secours
On va appeler à l'aide
Mes bons amis
Bondieu, au secours



Paysage
Paisaje, Antonio Rodriguez Morey, huile sur toile, 1913, Musée des Beaux Arts La Havane

4.4 L'HOMME COMPARÉ A LA PUISSANCE DE LA NATURE

A première vue, le thème de ce chant est la rivière qui déborde, le Baconao, une zone aujourd'hui partagée entre réserve naturelle et parc de loisir, correspond, sur ses hauteurs à un des lieux pionnier des caféières créées au début du XIXe siècle par les français, lieu d'origine, nous l'avons-vu des danses de tumba francesa. En fait, il y a un sens caché, comme nous l'a expliqué Andrea Quiala Venet[187]. On ne parle de nature que pour parler de comportements humains. La plaie naturelle est une image pour un malheur humain : le mari trompé dont la rage explose. Quand il parle de trois courants, c'est qu'il est convaincu que sa femme a trois amants et le fleuve de sa colère déborde.

Rivie deborde (Le fleuve a débordé)
Auteur & compositeur: José Soler. Transmis par Andrea Quiala Venet, société La Caridad de Oriente, Santiago de Cuba
Chant de yuba

son Lien audio Rivie deborde (Andrea Quiala Venet)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay ma pue mande
Qui nu ve mue tan de
E ni a Baconao, oye
Rivie deborde

Ay ma pue mande
Qui nu ve mue tan de
En ya va con ao, oye
Rivie deborde
Con tre corriente
Mama ri deborde

O yo lo lo lo olo
Olo yo lo le
Yo le rivie deborde

Ay m'ap wè w mande
Ki nou vle mèt tande
Lènmi a n'Baconao, o ye
[188]
Riviè deborde

Ay m'ap wè w mande
Ki nou vle mèt tande
Henn ye a Baconao, o ye
Riviè deborde
Kontre kouran antre
Manman riv deborde

O yo lo lo lo olo
Olo yo lo le
Yo le riviè deborde

Ah, j'aimerais vous demander
Que nous voulez vous, Seigneur, entendez!
Notre ennemi le Baconao
, ô bien connu
Le fleuve a débordé

Ah, j'aimerais vous demander
Que nous voulez vous, Seigneur, entendez!
Le Baconao est haineux, ô il l'est!
Le fleuve a débordé
Contrer l'entrée du courant (il nous faut)
Mère, les berges ont débordées

O yo lo lo lo olo
Olo yo lo le
Le fleuve a débordé



Baconao
Crue du fleuve Baconao, région de Guantanamo, années 2010. DR

Le composé conte ici une “pluie biblique” qui lui est littéralement tombée dessus. La violence des pluies tropicales le conduit à une exagération qui confine au “réalisme merveilleux” cher à Alejandro Carpentier.

Se ribe mue chante ampil
(Ce qui m'est arrivé, je l'ai beaucoup chanté)
Compositeur : inconnu.Transmis par Rafael Cisnero Lescay, chanteur de Cutumba, Santiago de Cuba
Chant de yuba

son Lien audio Se ribe mue (Rafael Cisnero Lescay)

Créole cubain[189]

Français

Se rive mue chante ampil yo mue compose
Que buen baño me tome hay dios
Compose la menm mande mue
Donde te bañaste por dios
En la fuente Babilonia
Compose la menm mande mue
Donde te bañaste por dios
Mi cerebro le mando e
Coji un globo subi al cielo me tire en
Paracaidas y nada me sucedio
Coji un globo subi al cielo me tire en
Paracaidas y nada me sucedio

Ce qui m'est arrivé, je l'ai beaucoup chanté mon composé
Quelle saucée j'ai pris mon dieu
Je me demande alors mon composé
Où es-tu allé te baigner?
Dans la source de Babylone
Je me demande alors mon composé
Où es-tu allé te baigner?
Mon esprit cherche toujours
Je jetais un oeil vite-fait au ciel et ils me jetèrent
Un parachute et dès lors plus rien ne m'arriva
Je jetais un oeil vite-fait au ciel et ils me jetèrent
Un parachute et dès lors plus rien ne m'arriva



Pluie Diluvienne
Pluie dilluvienne, Santiago de Cuba, années 2010


Après les évènements climatiques, les catastrophes sanitaires : une épidémie touche toute la population. La narratrice, témoignant de son impuissance, en appelle à la clémence divine.

Ay Bondie maladi ( Ah Seigneur, la maladie)
Compositeur : inconnu.
Chant de cobrero

son Lien audio Ay Bondie maladi (La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ay Bondie
Maladi gate el mundo mama
Maladi se consa u a te va nyar[190]
Maladi sa ou fe mue
Maladi move
Ay Bondie
Maladi gate mundo

Ay Bondye
Maladi gate mond o manman
Maladi se consa ou atè va refize
Maladi sa ouk fe mwen
Maladi movè
Ay Bondye
Maladi gate mond o

Ah, Seigneur
La maladie a atteint tout le monde maman
C'est comme ça, tu ne peux le nier
Cette maladie qui m'atteint aussi
Cette maladie est mauvaise
Ah, Seigneur
La maladie a atteint tout le monde



autel pour Erzili
Autel pour cérémonie d'Ezili loa blanch à Pilon de Cauto © Grete Viddal 2010


4.5 CHANTS A CONNOTATION RELIGIEUSE

Il existe peu de traces du religieux au sein des sociétes de tumba francesa actuelles. Les plus tangibles sont les artefacts, images chromolithographiques et statues de la sainte patronne protectrice. La loi de 1880 sur la transformation des cabildo de nación en sociétés récréatives et de secours mutuel a quasiment éradiqué toutes représentations religieuses autres que chrétiennes. Dès 1955, Elisa Tamames nous dit qu'il n'existe plus de prières et invocations. A cette époque, des louanges à la sainte patronne amorçait parfois les fêtes, les couples de danseurs s'inclinant face à la statue de la sainte avant d'exécuter le mason.

Le chant suivant ressemble par moments aux prières en direction des anges gardiens dans les confréries spirites[191]. Il est aussi une autocritique sacarstique de l'auteur sur son autosuffisance.

Señores, ay que gloria (Messieurs, quelle gloire !)
Compositeur : Pelayo Terry, société La Pompadour, Guantanamo. Collecté en 1955 par Elisa Tamames[192].
Chant de yuba
Pas de lien audio

Castillan[193]

Français

Señores, Pelayo llegó
Señores, ay que gloria
Me estoy cayando y me estoy levantando
Señores, ay que gloria
Salvador, liberador, Jesus Cristo
Liberame de todo el mal
Como libero a Jonn[194]
Que dentro una baleina
Que limpio entró
Ay que limpio salió
Me estoy cayando y me estoy levantando
Señores, que gloria
Caballeros, Pelayo rive[195]
Ni que gloria
Ma pe tombe, ma pe leve[196]

Messieurs, Pelayo est arrivé
Messieurs, quelle gloire
Je me prosterne et me relève
Messieurs, quelle gloire
Jésus Christ sauveur et libérateur
Libère-moi du mal
Comme tu as libéré Jonas
Du ventre de la baleine
Quelle propreté y entra
Ah, quelle propreté en sorti
Je me prosterne et me relève
Messieurs, quelle gloire
Messieurs, Pelayo est arrivé
Quelle gloire
Je me prosterne et me relève

 

Cérémonie pour le nouvel an

Cérémonie vodou pour la nouvelle année à Violeta (province de Ciego de Avila) Cuba 2010 © Grete Viddal

Il n'est pas d'usage que les chants de tumba francesa fassent référence au vodou, mais en même temps cette occurrence n'est pas surprenante. Les sociétés de tumba francesa ont étés créées par les immigrés de l'île de Saint Domingue qui pour beaucoup pratiquaient le vodou. Les autorités cubaines et les familles tenant les rênes de l'économie subissaient plus qu'elles n'acceptaient la forte vague migratoire des créoles français. Ceux-ci ont sû occulter leur pratiques religieuses, fort de leur vécu de répressions à Saint Domingue. De plus, les premières sociétés de tumba francesa étaient considérées comme des foyers de troubles et rébellions[197]. Deux raisons suffisantes pour que les sociétés observent la plus grande prudence, leur membres privilégiant le domaine familial pour la pratique du vodou.

E dile no hay peligro (Dis-lui qu'il n'y a pas de danger)
Compositeur : inconnu.
Chant de yuba

son Lien audio E dile no hay peligro (Nancy Garcia Vinent & Galibatá)

Créole cubain

Français

E dile no hay peligro
                                              
Pa fe kongo sel[198]
                                               Capitan Beno mue
[199]
Bondie mesa mi no hay peligro
                                              
Pa fe kongo sel
                                               Capitan Beno mue

Ay adelante dile kita kongo
[200] mue
                                              
Dile que diga cay e
E dile no hay peligro
                                              
Pa fe kongo sel
                                               Capitan Beno mue

Eh, dis-lui qu'il n'y a pas de danger
                            Pour faire le kongo sel
                            Capitaine, je le mentionne

Bondieu mes amis, il n'y a pas de danger
                             Pour faire le kongo sel
                            Mon capitaine, je le mentionne

Dis-lui en face pour ma danse kita mon kongo
                            Dis-lui ce qu'a décidée l'assemblée
[201]
Eh, dis-lui qu'il n'y a pas de danger
                            Pour faire le kongo sel
                            Capitaine, je le mentionne

 

Percussionnistes dans une cérémonie vodu

Leonardo Lionel Martinez et son fils, percussionnistes de Caidije lors de la cérémonie vodou pour la nouvelle année  Cuba 2010 © Grete Viddal


Nicanor bouque (Nicanor est fatigué)
Compositeur : inconnu. Société La Pompadour, Guantánamo
, enregistré en 1972
Chant de yuba

son Lien audio Nicanor bouque (société La Caridad de Oriente)

Créole cubain

Français

E Nicanor bouque
Gade negra ya le change
Le wanga
[202] cai[203] Criminel[204]
Pou libe sen mue
Wi nil ou l'se bri que Nicanor bouke
Gade negra ya
[205] le change le wanga (nan) cai Criminel
Pou libe sen mue
Kriminel n'ap dirige a sove sen nganga
[206] m'a 
Kriminel n'ap dirige a te la simityè
Anm de Miguel habla
[207] com sa
Sa mue feliz
[208]

Y nil ou se Nicanor bouque
Gade negra ya le change le wanga cai Criminel
Pou libe sen mue
Criminel n'ap dirige a sove sen nganga ma 
Criminel n'ap dirige a te la simityè
Anm de Miguel habla com sa
Sa mue feliz

E Nicanor est las
Regardes le temps s'écouler femme!
C'est l'heure de Criminel
[209]dans le temple
Pour me libérer la scène[210]
Il n'y a nul bruit dont Nicanor ne se lasse
Regardes le temps s'écouler femme, (tout) ce temps au temple pour
Criminel
Pour me libérer la scène
Criminel reprend les choses en main pour que notre magie opère
Criminel reprend les choses en main ici au cimetière
[211]
Quand l'esprit de Miguel parle comme cela
Cela me rend heureux

Et nul ne sait à quel point Nicanor se fatigue
Regardes le temps passer femme, tout ce temps au temple pour Criminel
Pour me libérer la scène
Criminel reprend les choses en main pour que notre magie opère
Criminel reprend les choses en main ici au cimetière
Quand l'esprit de Miguel parle comme cela
Cela me rend heureux

 

 Le houngan Pablo Milanes
Pablo Milanes prêtre du vodou dans son office à Pilon de Cauto  © 2012 G.Viddal

Patriot mue (Mon patriote)
Compositeur : inconnu.
Chant de yuba

son Lien audio Patriot mue (Cutumba)

Ici, plusieurs thématiques se mêlent : luttes des ethnies et cabildos entre elles, les autorités montant l'une contre l'autre en rémunérant les dénonciations d'éléments séditieux[212]. Le narrateur recherché est membre d'une société de tumba francesa, sinon d'une confrérie vaudou.

Créole cubain

Créole haïtien

Français

E ye
Patriot mue di yo sengle
Ay dios ay dios que ye
Patriot mue di yo sengle
Ay dios ay dios
           
Ay dios bondye manman mwen
            Se lès layan
          Gou a ble touye mwen
Ou kue mete kouche la a cama mue
           
Se lie
Yoble kongo a ver porque buke mue
Ou kue men escuche la a Camagüey
           
Se lie
Yo kue kongo a ver y a cantar nu e
           
Ay dios bondye manman mwen
            Se les layan
           Gou a ble touye mwen

E ye
Patriòt mwen di yo sengle
Ay di ou ay keyi'm
Patriòt mwen li di o se vre
Ay di o ay di o
            Ay dou Bondye manman mwen
            Se lès lajan
          Gou a vle tiye mwen
Ou kwè mèt kouche la kay mwen
            Sèl m' lye
Yo vle kongo a wè poke bouke mwen
Ou kwe mèt kouche la kay a mwen
            Sèl m' lye
Ou kwè kongo a wè ak antrav nou e
            Ay dou Bondye manman mwen
            Se lès lajan
           Gou a vle tiye mwen

E, hé!
Mes patriotes, dit-il, cinglés
Hélas je vous le dit, hélas, je suis cueilli
Mes patriotes, dit-il, c'est vrai
Hé, je vous le dis, hé, je vous le dis
                Hélas ma Sainte mère de Dieu
                 Leur cupidité les poussent
                 A vouloir me tuer

Vous croyez, maîtres, avoir couché ma maison
[213]
Seul je suis, attaché
Ils veulent voir les kongos me briser, me fatiguer
Vous croyez, maîtres, avoir couché ma maison
                Seul je suis, attaché
Croyez-vous, kongos, les voir nous accuser
                Hélas ma Sainte mère de Dieu
                C'est à cause de leur cupidité
                Qu'ils veulent me tuer



prêtre vodou possédé

Le hougan Tomas Pol possédé par Towo, La Caridad de Ramon (province de Santiago de Cuba) © G.Viddal

Le protagoniste de cette chanson en appelle à un esprit de la Guinée pour pourvoir à s'évader.

Pe krye ou (Vous pouvez pleurer,...)
Compositeur : inconnu.Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez
, Conjunto Folklorico Babúl, Guantanamo
Chant de cobrero


son Lien audio Pe krye (Orlando Aramis)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Pe crie pe crie pe crie o
Mue pral se lui Lagine o
Pe crie pe crie pe crie ou
Mue pral sel lui Laguine a
On a anchene
Mue pral sel lui Laguine a
Crie se Guine a cote
Guine Andre

Pe krye pe krye pe krye o
Mwen pral se li Lagine o
Pe krye pe krye pe krye o
Mwen pral sel li Lagine a
O n'anchene
Mwen pral sel li Lagine a
Krye se w Ginen a kote
Ginen Andre

(On) peux crier, peux crier, peux crier ô
Moi je vais laisser (agir) la Guinée ô
Peux crier, peux crier, peux crier ô
Moi je vais laisser la Guinée ah
On nous a enchaînés
Moi je vais laisser agir la Guinée ah
Vous pouvez crier vers la Guinée
C'est l'esprit Guinée André[214]



Temple vodou

Temple vodou, La Clarita (province de Santiago de Cuba) 2011 © G.Viddal
De gauche à droite: Alexis Alarcón (ethnologue, Casa del Caribe), Enrique Fernandez Hernandez "Chichi" (hougan de La Clarita)


Comme souvent également dans les chants de carnaval, les esprits et démons sont évoqués pour jouer à se faire peur.

M'a ele Agüe (Agoué vient pour moi)
Compositeur : inconnu.Transmis par Orlando Aramis Brugal Suarez
, Conjunto Folklorico Babul, Guantanamo
Chant de mason

son Lien audio M'a ele Agüe (Orlando Aramis)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

Ma ele Agüe
Ma ele Agüe
Ma ele Agüe
Diab la vini pu mange mue
Diab moun diab moun
Diab moun diab moun

M'a ele Agwe
M'a ele Agwe
M'a ele Agwe
Dyab la vini pou manje mwen
Dyab moun dyab moun
Dyab moun dyab moun

Agoué vient pour moi
Agoué vient pour moi
Agoué vient pour moi
Ce démon vient pour me manger
C'est un démon, un démon !
C'est un démon, un démon !

 


Défilé des communautés haitiano-cubaines

Défilé des communautés haïtiennes au Cobre © Miguel Rubiera Justiz 2011

4.6 CHANTS SUR HAÏTI & LES HAÏTIENS

La tumba francesa La Pompadour est située dans le quartier de la ville de Guantánamo nommé « Loma del chivo » (la colline de la chèvre, ou la mont kabri en créole)[215]. C'est un quartier populaire, à l'origine excentré, qui a été fondé par des esclaves libérés venus des plantations de café fondées par des français, puis a réuni des classes populaires et recueilli au début du XXe siècle les travailleurs immigrés, en particuliers haïtiens. S'y côtoient les traditions de tumba francesa, de changüi, les groupes de traditions afro-haïtiennes de culture vodou, des religieux santeros. Cette coexistence et ces frottements, la proximité linguistique entre le « patuá » rescapé du XIXe siècle et la transmission du créole par les Haïtiens fixés à Cuba et ayant échappé à des rapatriements massifs forcés, ont favorisé l'existence de thèmes haïtiens dans les chants de tumba francesa du XXe siècle, ce qui n'est pas le cas à Santiago. Les conditions d'évolution furent différentes pour les pichones[216] de la capitale d'Oriente, proportionnellement moins nombreux en ville. Leur vie culturelle paraît avoir été plus surveillée et ségréguée par les autorités coloniales, puis par la jeune République.

Ces textes collectés à Guantánamo reflètent une sensibilité aux événements haïtiens, meurtres politiques, révoltes contre les dominants, injustice sociale et violence envers les immigrés haïtiens à Cuba (avant la Révolution). Le local de la tumba francesa La Pompadour a accueilli pendant longtemps d'autres groupes culturels, comme la Comparsa Carabalí, ou le groupe de vodú Lokosia.

tambourinaires vodou rada

Tambourinaires vodou rada et membres de la communauté haïtienne de Cuba, 2011 © Grete Viddal

Le texte de la chanson suivante narre des faits historiques de la vie politique contemporaine d'Haïti. Il est notable que l'auteur lui-même a donné différentes versions du texte, l'entraînant vers des histoires complètement différentes. La version la plus moderne, qui n'est pas la suivante, raconte la mort d'Ernesto Che Guevara en Bolivie. C'est encore actuellement cette dernière qui est la plus connue dans la société La Pompadour.

Kamarad Kiba kay sa (Camarades cubains)
Compositeur et auteur: Pablo Valier, société La Pompadour, Guantanamo
Enregistrement de 1976
[217]
Chant de yuba

son Lien audio Kamarad Kiba kay sa (Pablo Valier & La Pompadour)

Créole Haïtien

Français

Ey kamarad Kiba kay sa
Moun yo pe di mwen yo touye Etyènn
Moun yo kontan nou pe kon pè yo peri
Si apa pè le te kom sa
Nou tou lwa peye

E dyab kamarad Kiba kay sa
Moun yo di mwen nou touye Etyènn
Oigan bien
[218] kamarad Kiba kay sa
Moun yo di mwen ke nou touye Etyènn
Si apa pè le te kom sa
Nou tou lwa peye

Ey ye ye ye mezanmi
Bagay si gan li pa byen
Ou wè si politik a mènt e
Si epè molès te
Nou resist en byen
Pinga n'fiziye
Pinga e lou nou mèt
E nou tambou konsentrasyon
Pa ki demèn ofri èd
Lènmi kap Hayiti lou
Nou pral lou touye
Fanmi ou mande kote o mete ou pa vle ki kote li
Nou se reuni, nou pa pale manje
Bagay si la yo di pou li dèmen pou lòd
Ya wè lòd
Paske se kom sa lavi Hayiti
Bal nadie se escapa
[219]

Moun yo kontan yo pe kanpe
Yo peye kri

Si a pa pèp la èt e kom sa
Nou tou lwa peye

Eh camarades, foyers cubains
Les gens disent qu'ils ont tués Etienne
[220]
Les gens sont rassurés, nous avons tant eût peur de le perdre
S'ils étaient moins timorés
A nos esprits nous rendrions hommage

Au diable camarades, foyers cubains
Les gens disent que nous avons tués Etienne
Ecoutez bien camarades, foyers cubains
Les gens disent que nous avons tués Etienne
S'ils étaient moins craintifs
A nos esprits ils rendraient hommage

Hélas mes frères
L'affaire est si importante qu'elle n'est pas bien engagée
Vous voyez si la politique est mensonge
Si la mollesse est épaisse
Nous sommes résistants
Prenons-garde de pas nous faire fusiller
Prenons-garde à nos lourdauds de dirigeants
Et à nos rassemblement de tambours
[221]
Demain ne nous est pas favorable
L'ennemi de Cap Haïti est puissant
Nos pertes seront importantes
Demandez-vous où mettre les vôtres, pas là où il veut
[222]
Nous sommes réunis, nous ne mangerons pas notre parole
S'ils lui disent quelque chose demain pour l'ordre
Tu vois l'ordre
Parce que c'est comme cela la vie en Haïti
Personne n'échappe aux balles

Ils sont contents, ils sont debout
Ils vocifèrent
Si le peuple était moins craintif
A nos esprits nous rendrions hommage


Deuxième version de Pablo Valier, transmise par Orlando Aramis Brugal Suarez, chanteur du Conjunto Folklorico Babul et ancien élève de Valier.

son Lien audio Kamarad Kiba kay sa (Orlando Aramis)

Créole cubain

Créole haïtien

Français

E ye Kiba kay sa
Unyon pe di w mue
Verite rite
E ye Kiba kay sa
Unyon pe di mue
Verite linche
Unyon yoyo konte peye li
Y a la hora de contar
Okun va peye li

E ye Kiba kay sa
Unyon pe di w mwen
Verite rite
E ye Kiba kay sa
Unyon pe di mwen
Verite pandye li
Unyon yoyo konte m' pèye li
Y a la hora de contar
Okun va pèye li

Eh foyers cubains
L'union, je peux vous le dire
C'est la vérité
Eh foyers cubains
L'union, je peux vous le dire
C'est la vérité, ils l'ont pendu
L'union, foutre, je peux le raconter, il paie
Et à l'heure de faire les comptes
Personne ne paiera pour lui


Gérard Vergniaud Etienne

L'homme de lettre et activiste Gérard Vergniaud Étienne. DR

Texte sur l'exploitation des immigrés haïtiens et la répression violente contre les protestations et les liens de la famille comme facteur de résistance.

Larjan sere
(Pauvreté)
Auteur & compositeur: Juan Gualberto Vichí, société La Pompadour, Guantanamo
Enregistrement de 1976
[223]
Chant de yuba

son Lien audio Larjan sere (Pablo Valier & La Pompadour)

Créole cubain

Français

Nou m'la pitit di ke lajan sere
Mande li lajan sila ak kote li pran li
Li peye jamè trabay se pa gwo habitual
[224]
Si ou ke lajan sere kòm do lè a vol a li

E ye ye ye ye
Ou wè sa ki pase negra
Di keyi nou prend ki dirèk tèt pwòp kay li
Nonm la de pijon gason pa ajan travay
Pa apa li ke tenyen deter a nou

Alò fè gan bagay si la
Igual
[225]ke se ni isi la kite pwòp lakay
Li kote li leve

Nou li mouri kite twa pitit
A gwo brav fanm la w
Gouvèn nil valè travay
Pou reyisi kouraj nesesite li
Pase jou pase semèn
Pase moua pase lannè

Nou m' la wè li kontan
Nou marye pou mwen ki wè
Li a fè pitit ou
Fanm la di li kòm sa
Kouman nou va hacer si nou konn ouk depi tan
Nou de jèn gason pa travay
Yo di ou di mwen kom sa
Kou marye a wè ki moun
Mwen jèn twa pitit tan ou brav mwen
Gouvern ke bon travay kòm o nou tenyen li
A tonm a mèt e li
Oun lòd chay a ou mò no puede ser
[226]
Nonmen le atire kontan èt ou te equivoca
Porque
[227] lajan peri

Nou m'la pitit di ke lajan sere
Mande li larjan sila ak kontempl pran li

Vous voyez mes enfants, que je suis dans la gêne
Demandez-leur où donc ils ont pris cet argent
Il ne paye jamais le travail, très peu comme à ses habitudes
Si la gêne persiste, quand il aura le dos tourné, je lui le volerais

Et hélas, hélas, hélas!
Tu vois ce qui se passe chérie
Ils vont nous cueillir directement à la tête de notre propre maison
[228]
Beaucoup d'immigrés haïtiens
[229]