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![]() Santiago de Cuba - Juillet |
par Daniel Chatelain
(dernière modification : 20/08/2008)
Les instruments de percussion cubains énumérés et décrits ci-dessous comprennent des tambours à une peau (bongo, conga, bocú, timbalès) ou deux peaux (batas, bombo) et des idiophones variés : cloches (campana), hochets (maracas, chékérés), racleurs (güiro), ou encore idiophones entrechoqués (claves) et pincés (marimbula).
PRÉCISIONS PRÉALABLES :
1. Les percussions cubaines figurant
dans ce lexique sont des instruments de la musique populaire cubaine,
par essence métissée. Des instruments restés proches
de leur origine africaine y figurent également, du fait de leur
intégration assez récente à cette musique populaire
cubaine, à la salsa ou au latin jazz (batas, chékérés...).
De nombreux autres instruments afro-cubains, rituels ou d'usage profane localisé,
n'y figurent pas. Pour une description quasi exhaustive des centaines d'instruments
de percussions cubains, nous renvoyons à l'ouvrage en espagnol : Alén,
Olavo (dir.), Instrumentos de la música Folclórico-popular
de Cuba, 2 vol. et atlas, CIDMUC / Ciencas Sociales, La Havane, 1997.
Le grand nombre d'objets domestiques ou d'ustensiles agricoles récupérés dans l'usage de la musique cubaine n'a pas permis de les intégrer à ce lexique, qui doit garder un caractère plus synthétique qu'exhaustif ; nous avons fait exception pour la "campana" de la conga oriental, jante de camion ou tambour de frein qui a gagné un nouveau nom dans son usage musical.
2. Précisions orthographiques : Le site www.ritmacuba.com adopte plusieurs innovations orthographiques, telles qu'elles ont été proposées par Michel Faligand, fondateur de la revue PERCUSSIONS et du site www.mespercussions.net. Leur principe est de mieux mettre en accord la prononciation francophone de ces instruments et la façon dont ils s'écrivent, d'où :


Le bombo (ou tambora) est
un tambour cylindrique portatif à deux peaux. Le musicien frappe
sur l'une des faces avec une batte et contrôle la vibration de
l'instrument en étouffant périodiquement la seconde peau
avec sa main libre, ce qui lui permet de varier les timbres. Les rythmes
joués sur les bombos (conga, mozambique), sont issus
du répertoire associé au carnaval.
Dans l'Est de Cuba ("Oriente") on utilise plusieurs types de bombos.
Dans la conga orientale on utilise ainsi, selon la taille des instruments
et leur fonction musicale : le pilón (le plus grand diamètre),
la galleta,
le redoblante (dit aussi bombo redoblante ou simplement bombo),
la tambora (de plus petit diamètre). Cette dernière
est probablement issue de l'instrument du même nom commun à la tumba
francesa et à l'ancienne formation de défilé d'influence
franco-haïtienne, la tahona.
Le bongo est constitué de deux petits tambours à une peau accolés : macho ("mâle", tambour le plus aigu) et hembra ("femelle", grave). On joue habituellement le macho à gauche et la hembra à droite (mais c'est habituellement l'inverse dans la tradition du changüí). Les peaux sont montées sur des fûts coniques ou cylindriques, grâce à un système de clés. On en joue généralement assis, l'instrument maintenu entre les genoux, ou posé sur un stand métallique. Dans la musique cubaine, le bongocero joue avec les doigts et les paumes. Dans le son et la salsa, il utilise alternativement cet instrument et la cloche campana. La figure basique du bongo dans le son est le martillo.

Les proportions du bongo de changüí sont
différentes du bongo que nous à légué le son.
Les peaux sont collées, accordées à la chaleur d'une
flamme et jouées moins tendues. La conception du jeu est différente
et il n'y a pas de martillo.
Article plus détaillé : "Du
bongo" par Michel Faligand
Photos : bongos
de changüí (Gallerie)

Chékérés HC © ritmacuba.com
Dans la tradition yoruba en Afrique le shekere désigne uniquement l'instrument entouré de perles (ce qui le relierait à l'orisha Olokún), l'agbe ayant d'autres percuteurs. Cette distinction n'a pas été conservée à Cuba.
Les claves sont
constituées de deux cylindres de bois dur. L'une des pièces
frappe l'autre, tenue horizontalement, alors que la main forme une caisse
de résonance.
La formule rythmique appelée la clave (la clave de son,
la clave de guaguancó etc...), terme dérivé du
nom de l'instrument, sert de guide rythmique pour l'ensemble des instruments
de l'orchestre. L'orthographe "clavé" est incorrecte pour
cette formule, c'est une invention nord-américaine. Dans le son traditionnel,
ou la rumba (guaguancó, yambú, columbia),
les claves sont jouées par un chanteur soliste. Dans la rumba columbia
elle peut ête substituée (ou complétée) par
un idiophone métallique jouant la formule inter-africaine.
Note : Le mot espagnol clave(s) dans ce sens est un archaïsme
pour clavija, "cheville" utilisée dans l'ébénisterie
et la construction navale (clavija est un dérivé de clave).
Ne pas confondre, malgré ce qu'on peut lire ici ou là avec
la clave (clé) de sol ou de fa.

Lien : La construction
des maracas... en chanson - "Las Maracas de Cuba" (Miguel
Matamoros)

Exemple d'acheré © photo Daniel
Chatelain

Elle est clairement d'origine africaine, ce type de grosse
sanza produisant des sons graves se retrouvant aujourd'hui, et sous différents
noms, en plusieurs points d'Afrique (par exemple chez les Mahi de la
République du Bénin qui pratiquent la même alternance
du jeu sur les touches et la frappe du bois*). La marimbula était
utilisée dans les formes anciennes du son cubain, mais
elle y fut remplacée par la contrebasse (ce qui pourrait d'ailleurs
expliquer la propension typiquement cubaine à frapper le bois
de celle-ci), elle a aussi été attestée dans la
rumba. C'est un instrument obligé du changüí traditionnel,
dans lequel son jeu est intriqué avec celui du très et
du bongo. Les lames pincées sont souvent au nombre de 5, mais
ce nombre varie de 3, pour les instruments les plus anciennement connus, à 9,
ce qui est le cas de l'instrument du groupe professionnel Changüí Guantánamo
(innovation de José "Nino" Olivares). Dans le registre
des sons graves, la marimbula a parfois remplacé un aérophone,
la botija, ou botijuela (voir ci-dessous), mais
dans d'autres cas s'est ajoutée à cette dernière.
On retrouve la marimbula en Haïti, en République
Dominicaine, à Puerto Rico, en Colombie et
dans les Antilles néerlandaises (Aruba, Bonaire**).
En principe, il ne faut pas confondre la marimbula avec le marimba,
qui est une percussion à clavier. L'origine étymologique
pour les deux instruments serait la même selon Aka Konin, soit le
radical bantou imba "qui se rapporte à tout ce qui a trait
au chant et à la mélodie. Le terme ma-dimba ou marimba étant
le pluriel de di-dimba, soit "touche" d'un xylophone,
il, peut donc se traduire par les touches". A. Konin
ajoute que différentes langues bantoues indiquent par ce même
nom des lamelles de xylophone ou des touches de lamellophone. ("Héritage
de l'organologie africaine dans les Amériques et dans les Caraïbes" in
2007 : Héritage de la musique africaine dans les Amériques
et les Caraïbes, p.101, éd. L'Harmattan). Cette origine
linguistique commune de deux instruments différents explique que dans le vocabulaire
des changuiseros on appelle indifféremment l'instrument marimbula et marimba et
celui qui en joue marimbulero et marimbero...
*Communication personnelle de Julien Sinzogan.
** A Bonaire elle est jouée suspendue par une courroie au cou de
l'éxécutant (comme chez les Mahi).


![]() Botija du "Changüí Santiago"© Daniel Chatelain Photo prise à Guantanamó devant la maison de feu Elio Revé |
![]() Corneta china © Marc Dinet |
![]() Corneta china (dessous) © Marc Dinet |
![]() Corneta china (détail) © Marc Dinet |
![]() Laúd (origine photo : La Jiribilla) |
![]() Tres (origine photo : La Jiribilla) |

Définitions
de la page : par Daniel Chatelain (inédit)
- Reproduction interdite -
ANNEXE : CLASSIFICATION DES INSTRUMENTS DE PERCUSSIONS CUBAINS*
(correspondance instruments populaires - instruments afro-cubains)
POPULAIRES CUBAINS
|
Classification
|
AFRO-CUBAINS /
AFRICAINS
|
Classification
|
| Arc en terre (tingo talango) | 311.121.211-5 | tumbandera | 311.121.211-5 |
| Marimbula | 122.12 | zanza / sanza | 122.11 |
| Claves | 111.11 | ----- | ----- |
| Maracas | 112.131.2 | Erikundi & cha chá | 112.131.2 |
| Güiro | 112.23 | Cansa | 112.23 |
| Cencerro / campana | 111.242.11 | Ekón & Oggán | 111.242.13 |
| Bongo | 211.251.12-9221 | Makuta | 211.251.12-7 |
| Enkomo** & Tonada*** | 211.251.12-9221 | ||
| Tumbadora / conga | 211.251.12-9221 | Ngoma | 211.251.11-7 |
* Classification
de Sachs & Hornbostel (1914) actualisée par Ana Victoria Casanova
(1988 - Problemática organológica cubana). Tableau
adapté de celui de Lino Neira Betancourt in "Presencia del
antecedente organomógico africano en el surgimiento y evolución
del son en Cuba" (Héritage de la musique africaine dans
les Amériques et les Caraïbes, p.101, éd. L'Harmattan.
2007).
** tambour de l'ensemble abakuáappelé biankomeko
*** Tambour de tonada trinitaria (région cubaine de Trinidad)
En complément : Les équivalences des noms de percussions (auteur : Michel Faligand)
